SCÈNE PREMIÈRE
SWIFT, TISDAL, entrant ensemble du foud.
SWIFT, sérieux et préoccupé.
Merci, Tisdal !... (il lui serre la main.) Je croyais que ces dames nous suivaient...
T SD AL, appuyant sur le mot.
Madame Swift est rentrée un instant chez elle.
SWIFT
Ma femme!... Marié ! je suis marié! Eh bien! si c’était à recommencer, j'agirais de même. J'ai tenu le serment que j’avais prêté à sir William Temple.
TISDAL.
Vous avez fait votre devoir.
SWIFT
Comment hésiterait- on, mon ami, quand on vous a pour conseil... et pour modèle? " ,
TISDAL.
M. Swift, il ne vous reste plus qu’à avancer d'un jour votre départ.
, Pourquoi donc? Quelle hâte avez-vous d’être débarrassé de moi?
68 LE DOVKN DE SAINT-PATRICK
TISDAL.
Vous ne pouvez le croire. C’est de l'ennui de voire nouvelle installation que je voudrais vous voir délivré, monsieur le doyen de Saint-Patrick.
* SWIFT
Que ce soit aujourd’hui ou demain, peu importe! Mais non, vous avez raison, et j’ai été lent à comprendre. Mon pauvre ami, j’abuse de votre courage, de votre générosité. Vous avez fait plus que votre devoir, vous, en consacrant notre union, et il es par trop cruel de vous imposer la vue de notre bonheur. (Avec 1 mélancolie.) Et, cependant, il n’est pas fait pour inspirer de la jalousie ! (Il s’assied près du bureau.)
TISDAL.
Je ne suis point jaloux, docteur; et, pourtant, j’aurais besoin de vous laisser croire à cette jalousie pour avoir un prétexte de vous éloigner... Mais, je ne veux pas qu’un soupçon, qu’une ombre passe sur notre amitié... c’est pour vous, pour vous seul que j’ai hâte de vous voir partir.
SWIFT
Pour moi?
TISDAL. .
Pour madame Swift... le voisinage de miss Vanhomrigh !...
SWIFT
Ah! Tisdal! ne prononcez pas ce nom... Ce qui est fait est irrévocable ! elle en prendra son parti.
• TISDAL.
Le pensez-vous ?
SWIFT
D’ailleurs, ne m'a-t-elle pas elle-même contraint de choisir? Ne s’est-elle pas armée d’un aveu pour frapper sa rivale? Oh r les femmes!... Je liens à rester, au contraire, pour lui dire...
TISDAL.
Prenez garde ! je redoute votre violence !
SWIFT
Ma violence!... Oh! oui, j’aime ce reproche. Je n’ai pas eu assez d’empire sur moi-même, n’est-ce pas? Je n’ai pas assez réfréné mon cœur, osez le dire!... J'ai usé au contraire de ménagements infinis. Est-ce que je suis responsable d’une fatalité inouïe ?