‹ Le doyen de SaintPatrick drame en cinq actes, en prose de MM. Leon de Wailly et Louis UlbachChapitre 64 sur 90 · ACTE ÎV l’-f · texte numérisé non relu

ACTE ÎV l’-f

ESTHER

Que voulez- vous dire?

MISTRISS DINGLEY

Que je comprends les chagrins de ce petit docteur.

ESTHER

Mais à quoi pensez-vous do.;c?... C’est de mon mari que je parle .

Lui! Oh! par exemple! J'admirais son air gracieux, enjoué!

ESTHER

Oui, son air; mais quelle tristesse on sentait sous cet enjouement !

MISTRISS DINGLEY

L’ennui de vous quitter!

ESTHER

Peut-être le regret de ce qu’il a fait !

MISTRISS DINGLEY

Voulez-vous bien vous taire, petite jalouse !

ESTHER se lève.

Jalouse 1... Oui, je le suis de ses pensées qu’il me cache... Il s’est décidé bien vite, Dingley. (Elle va s’asseoir près du bureau.) MISTRISS DINGLEY.

Mais il s’est décidé. Comment! il vous épouse, quand rien ne l’y oblige, et vous n’êtes pas rassurée?

ESTHER

J'aurais dû refuser, peut-être... J’ai été égoïste.

MISTRISS DINGLEY

Voulez- vous bien vous taire! J’ai consulté trois fois les cartes celte nuit, et elles assurent une félicité sans nuages.

ESTHER

Vous n'avez pas consulté miss Vanhomrigh !

Kfon ; mais je sais que cette belle dame doit partir ce matin pour retourner à Londres... Ainsi ne la redoutez pas, et ne faites pas la coquette avec le bonheur.

ESTHER

Je ne suis pas coquette, Dingley, mais j’ai peur ! Le mariage,

LE DOYEN DE SAINT-PATRICK

d'ordinaire est une fêle ! On ne le cache pas comme une faute, comme une faiblesse. Le mien, célébré au milieu de la nuit, avait un caractère sinistre. Le marié était pâle comme un condamné ; le prêtre ! vous le connaissez, le prêtre!... était pâle et tremblant aussi. Moi, je suis sûre que j’élais encore plus pâle qu’eux !

MISTRISS DINGLEY

Mais non, Stella, vous étiez émue, voilà tout... comme on doit l’être.

ESTHER

On eût dit un office funèbre. J'ai senti une main glacée mettre une autre main glacée dans la mienne !

MISTRISS DINGLEY

Quelle imagination 1... Vous faites de la poésie romanesque, ma chère enfant, à propos d'une chose grave 1 Se marier, ce n'est pas si gai qu’on le croit !

ESTHER

Et cet homme, qui était à l’angle de la rue lorsque je suis entrée avec vous par la petite porte du presbytère... (Elle passe à gauche.) Il était encore là quand nous sommes sorties...

MISTRISS DINGLEY, riant.

Bah ! quelque pauvre amoureux du clair de lune, qui ne se doute guère de la terreur qu’il vous a causée.

ESTHER

Quand M. Tisdal, de sa voix si douce et si triste, a sommé les assistants de déclarer s'ils connaissaient quelqu’empêchement au mariage qui allait s’accomplir, il m'a semblé que miss Vanhomrigh allait entrer dans la salle et élever la voix pour protester.

MISTRISS DINGLEY

Oui ; mais personne n’a parlé, mais la cérémonie s’est terminée sans encombre, et vous voilà mariée à votre cher Presto, ainsi que les cartes me l’avaient annoncé... Mariée à l’auteur de Gulliver, quel honneur! Et ce qui ne gâte rien, mariée au Doyen de Saint-Patrick, avec mille livres sterling de revenu et une belle maison où nous allons emménager bientôt... Sans compter que le Doyen que l’en craint beaucoup à la cour (et c’est çomme si on l’aimait) ne peut manquer d'être, avant peu, premier ministre, ambassadeur, excellence !... Allons , riez donc en pensant à toutes ces belles choses!

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