SCÈNE II
MISTRISS DINGLEY, PATRICK, avec un panier au bras.
MISTRISS DINGLEY
Eh bien! Patrick! quelles nouvelles?
PATRICK
Aucunes. (Il pose son panier au fond, i droite.)
88 LE DOYEN DE SAINT-PATKICK
MISTRISS DINGLEY
M. Tisdal?
PATRICK
Il n’a rien appris.
MiSTRISS DINGLEY.
Je commence à craindre, Patrick, que, dans son désespoir, M. Swift n'ait voulu mourir !...
PATRICK
Se tuer ! lui I oh ! je ne le crains pas. Ce sont les gens obscurs qui se tuent, pour devenir célèbres... 11 sait, d’ailleurs, qu’il est trop nécessaire à l'Irlande, surtout dans ce moment-ci. .
MISTRISS DINGLEY
Oh! quand la passion parle!...
M. Tisdal, que je viens d’aller voir, et qui, par parenthèse, m’a chargé de ce panier do fruits pour Madame,.. M. Tisdal est persuadé qu’il reviendra, qu'il a voulu se cacher, pour ne pas se donner en spectacle, pour laisser à ses yeux le temps de sécher.
MISTRISS DINGLEY
Qu’il se dépêche donc alors, l’orgueilleux, de faire acte de fierté ; car, ici, on perd patience...
PATRICK
Est- ce que miss Johnson ?.. .
MISTRISS DINGLEY
C’est elle, surtout, qui expie cette mort terrible, dont-elle a été si épouvantée. Elle ne dort plus, elle ne mange plus, elle ne pleure même plus. Si son cœur ne baltaÿ pas à rompre sa poitrine, on croirait, par moments, que c’est.déjà fini.
PATRICK
S’il revenait, il serait temps encore de la sauver.
MISTRISS DINGLEY
Ah ! il faudrait qu’il revînt bien vite. Quant à moi, j'ai presque aussi peur de son retour... que de la nouvelle de sa mort... (On sonne dans l’appartement.) Mais, Esther me sonne pour que je l’aide à se transporter ici. Vous lui offrirez vous-même les fruits du jardin de Laracor; c’est la seule chose pour laquelle elle n’ait pas de répugnance 1
(Elle sort par le premier plan à droite.)