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Le Dr Clot-Bey, sa vie & ses travaux en Egypte

L’histoire des peuples est pleine d’enseignements. Mais l’étude philosophique des existences vouées au bien publie, à la gloire, à la prospérité de la patrie, au soulagement ou au progrès de l’humanité, est peut-etre d une utilité plus générale. La vie d’un grand citoyen, ou seulement l’esquisse d’un beau caractère, est un trésor de morale, si le narrateur réussit à faire jaillir, des divers incidents de ces carrières laborieuses, l’éloquente leçon des faits, l’entraînante exhortation de l’exemple. A ce point de vue, nous écrivons les pages qu’on va lire avec une juste défiance de nos propres forces. Mais, au risque d’être, par le talent, au-dessous de la tâche que nous en-

treprenons, nous tenons à rendre, avec notre cœur, un public hommage de notre admiration et de nos regrets à l’homme remarquable que la mort vient de frapper.

Ceci n’est pas, en effet, une biographie ordinaire. C’est l’histoire d’un grand dévouement produit par une rare noblesse de cœur, par une incontestable supériorité d’esprit, soutenu par une indomptable énergie, secondé par une activité merveilleuse. L’homme éminent dont nous allons raconter la vie n’est point un guerrier, et il a cependant gagné plus d’une bataille. Sans être spécialement administrateur, il a organisé, dans un pays encore barbare, avec les éléments les plus divers, un service public qui peut servir de modèle à toutes les importations de ce genre que l’Europe tente d’établir dans ses colonies. Ce n’est point un diplomate, et la France, on peut le dire, lui doit autant qu’à ses chargés d’affaires les plus habiles et les plus zélés. Ce n’est point un missionnaire, et la religion n’a pas eu de protecteurs plus intelligents. Ce n’est point enfin un de ces chercheurs opiniâtres qui font, du savoir, le but exclusif de leur vie ; mais nul, plus que lui, ne s’est dévoué aux progrès de la science. Quelle est donc cette profession qui touche à tous les intérêts humains? C’est la médecine. C’est la vie d’un simple médecin que l’on va lire ; mais d’un médecin placé dans des conditions exceptionnelles, au milieu de circonstances qui ont permis à une heureuse nature de se développer et d’agir.

Cette brillante existence a deux aspects ; cet homme a triomphé sur deux théâtres : d’abord il a fallu être ; ensuite, il a fallu créer.

Le docteur Antoine-Barthélemy Clôt est né à Grenoble le 7 novembre 1793. Ses parents étaient sans fortune et ne purent lui faire acquérir qu’une instruction tout à fait élémentaire. Son père, sous-officier dans l’armée d’Italie, se vit obligé, après la bataille de Marengo, de rentrer dans sa famille pour s’y reposer des fatigues de la guerre. Malade et ne possédant que le strict nécessaire, il se rendit à Brignoles dans le but de confier sa santé, fort compromise, aux soins du docteur Sapay, qu il avait connu à l’armée et qui dirigeait l’Hotel-Dieu de cette petite ville. Il mourut, en 1811, laissant sa femme et son fils dans une position plus que précaire.

Le jeune Clôt manifestait déjà un goût très-prononcé pour l’étude de la médecine et une grande aptitude pour la pratique de la chirurgie. Dans ses jeux d enfant, au milieu des champs du Dauphiné, on le surprit parfois disséquant, avec une curiosité et une adresse singulières, les insectes qui tombaient entre ses mains. A mesure qu’il avança en âge, ce penchant devint une véritable vocation. Le docteur Sapay attacha le fils de son ami à son service et se fit aider par lui dans ses travaux. L é-

lève se montra bientôt aussi habile que le maître dans la pratique des petites opérations. Il lisait, avec avidité, les quelques ouvrages de médecine dont se composait la bibliothèque du docteur, et, prodige de mémoire ! il apprit par cœur les éléments de chirurgie de Lafaie. Ainsi se passèrent quelques années. Cependant le jeune Clôt comprenait qu’il ne pouvait trouver, à Brignoles, les moyens d’acquérir la science à laquelle il aspirait. Ses regards se tournèrent vers Marseille. Il résolut de se rendre dans cette ville, espérant y obtenir une place à l’Hôtel-Dieu. Sa mère tenta vainement de le détourner de son projet. Les amis de sa famille le traitèrent de présomptueux et de fou. Tel est, en général, le jugement des hommes. On devrait comprendre cependant qu’il y a une garantie de succès dans cette énergie même qui pousse irrésistiblement certaines vocations vers les obstacles et la lutte. L’homme tourne, vers le but mystérieux de sa destinée, toutes les ressources de sa nature avec la même force qui sait briser les entraves. Mais la sagesse humaine taxe d’abord d’orgueil et de folie tout ce qui dépasse ses horizons étroits et ses prévisions, quitte à saluer, au jour du triomphe, la raison supérieure qu’elle a appelée démence.

Le jeune Clôt partit moins attristé des prédictions de ses amis que des larmes de son excellente mère. Car ce sont ceux-là qui ont le plus de vigueur pour la lutte qui ont aussi le plus de cœur pour aimer et se dévouer. Il avait environ dix-neuf ans, trente francs dans sa poche et son trousseau dans son mouchoir. Arrivé à Marseille, ces faibles ressources furent bien vite épuisées. M. Clôt

fut sur le point de s’embarquer, en qualité de chirurgien, sur un bateau, nommé le Hasard, qui partait pour je ne sais quelle destination. Fort heureusement le capitaine avait un sien neveu à qui il réservait ce poste : le navire fit naufrage dans la traversée.

Avant tout, il fallait vivre. Après plusieurs démarches infructueuses, M. Clôt finit par se placer chez un barbier. A cette époque, le barbier était quelque peu chirurgien. Il pratiquait la saignée et les opérations les plus élémentaires. Une fois sa tâche terminée, le laborieux jeune homme redevenait étudiant. Il regagnait à la hâte sa mansarde et travaillait à outrance. Il s’était présenté à l’Hôtel-Dieu et n’avait pas même réussi à se faire admettre comme élève externe. Loin de se décourager, il redoubla d’ardeur, se présenta de nouveau et parvint à être reçu. Ses progrès furent rapides. Il n’avait aucune instruction littéraire. Il en acquit. On s’étonna; puis, l’administration de l’hôpital finit par s’intéresser à cette vocation qui se produisait par les seules forces de l’intelligence et de la volonté. On l’admit élève interne. Une fois dans l’hôpital, tout lui devint un sujet d’étude. Le service administratif dut à ses avis des améliorations notables. Dans cette situation, relativement heureuse, l’élève interne avait pourtant à peine de quoi se vêtir. Un jour, en plein hiver, un de ses camarades le rencontra tout grelottant dans son pantalon de nankin. Il lui demanda, en riant, ce qu’il faisait dans ce costume.

« Tu le vois bien, répondit M. Clôt, je gèle. » L’ami ouvrit sa bourse ; on y prit de quoi se garer du froid,

Sur ces entrefaites, un concours s’ouvre à l’Hôtel-

Dieu pour la place de premier élève. M. Clôt se présente et triomphe. Chose remarquable ! Il se trouvait en face de postulants instruits, préparés par des études classiques complètes. Mais il avait, lui, avec la science acquise à l’hôpital, cette netteté d’esprit qui met de l’ordre dans les sujets et une énergie d’expression qui illuminait le raisonnement. Vers 1817, il se fit recevoir officier de santé. Là se bornait toute son ambition ; il n’avait pas porté ses vues jusqu’au doctorat et aspirait uniquement à devenir, dans quelque village, un modeste médecin. Les paroles encourageantes d’un de ses examinateurs ouvrirent tout à coup à son ambition un champ plus vaste.

« Nous espérons, lui fut-il dit, que nous vous recevrons bientôt docteur. » Et le jeune officier de santé se remit opiniâtrement au travail. Un respectable ecclésiastique, qui l’avait pris en amitié, lui enseigna le latin et le mit à même de prendre le diplôme de bachelier ès-lettres. En même temps, il était nommé chef des travaux anatomiques à l’école secondaire ; puis, chirurgien en chef interne à l’Hôtel-Dieu. Il redouble d’efforts, et, en 1820, il se présente à la Faculté de Montpellier pour subir les épreuves du doctorat. Il suffisait, à cette époque, que les étudiants en médecine signassent, tous les trois mois, le registre de présence à la Faculté ; ils n’étaient pas tenus de résider à Montpellier. Mais encore fallait-il faire trimestriellement un voyage assez coûteux. On accordait bien trois jours de congé à M. Clôt, mais aucun supplément de paye. Il fit le trajet à pied (soixante lieues!). Un jour, exténué de fatigue, il s’assit sur le bord de la route. Passe un carrosse attelé de deux chevaux. Lejeune voya-

geur s’élance pour profiter de ce véhicule providentiel. Il avait compté sans le cocher, qui, d’un vigoureux coup de fouet, le rejeta sur la voie. M. Clôt assurait, en racontant ce fait, qu’il se promit bien, en ce moment, si jamais il avait voiture, d’interdire à son cocher cette action brutale. Il a tenu parole.

Enfin, il touchait au but. Sa thèse sur le spinitis, écrite dans les idées nouvelles émises par Broussais, — idées que ne partageait pas la Faculté — souleva, de là part de ses examinateurs, de nombreuses objections. Il rencontra fort heureusement, parmi ses juges, un homme éminent dans la science, le docteur Lallemand, qui prit fait et cause pour le système physiologique. Le triomphe de M. Clôt fut ainsi associé à celui des opinions nouvelles qui étaient les bonnes. Dès ce jour, son savant protecteur devint pour lui un ami.

De retour à Marseille, il fut nommé médecin-adjoint à l’hôpital de la Charité, médecin consultant des dispensaires, chirurgien de l’hôpital des Orphelines ; sa position était désormais assurée.

L’envie suit la gloire comme l’ombre le soleil, dit quelque part Plutarque. M. Clôt en eut la preuve. Une intrigue d’amour dont il fut, à l’hôpital, le témoin involontaire, déchaîna, contre lui, la malveillance attentive. Il avait gardé le silence par un sentiment fort respectable. On lui en fit un crime. C’eût été bien pire s’il eût parlé ! Il y a quelque chose de révoltant dans cette tactique des âmes basses qui, unissant la lâcheté à l’égoïsme, s’acharnent sourdement à tout ce qui les dépasse. Il est à remarquer que la calomnie est l’arme ordinaire de ces en-

vieux hypocrites et, qu’à l’instar de Tartuffe, ils couvrent volontiers leurs intrigues des plus respectables manteaux. Cet épanouissement de talent et d’énergie portait ombrage aux médiocrités médicales. On réussit à faire remercier M. Clôt par l’administration des hôpitaux; il ne lui resta que sa clientèle, fort restreinte encore, car il ne s’en était guère préoccupé jusqu’à ce jour, et elle se composait, en grande partie, de malades qui ne paient pas.

M. Clôt ne voulut se venger des envieux qu’en prenant un nouveau titre à la considération générale. Il écrivit, en vingt jours, sa thèse sur les dangers de la manœuvre instrumentale dans l’art des accouchements, et fut reçu docteur en chirurgie. C’est là un grand et fécond exemple. Le mal est, dans la société, comme les mauvaises herbes dans nos champs : elles entravent, mais n’empêchent pas les végétations fécondes. C’est presque une loi naturelle que le triomphe du bien. Puisse cette leçon être salutaire à ceux qui ont la malheureuse vocation du mal!

M. Clôt a toujours eu un très-grand bonheur dans sa pratique. Aussi se vit-il bientôt en possession de la confiance générale; et l’envie, qui avait cherché à lui nuire, eut un résultat tout à fait contraire. C’est vers cette époque (1825), que le hasard mit M. Clôt en rapport avec l’Égypte.

Sous l’influence d’un homme doué d’un véritable génie, 1 Égypte commençait à sortir de l’état de désorganisation et de barbarie qui, depuis plusieurs siècles, semblait être sa situation habituelle. Mohammed-Ali s’occupait, avec une admirable activité, d’introduire, sur la terre antique des Pharaons, la civilisation de la jeune Europe. L’expe-

dition française avait jeté des germes féconds dans ce beau pays, et ce fut surtout vers la France que se tourna son régénérateur. Avec cette pénétration d’esprit qui le caractérisait, ce grand homme comprit qu’il fallait ayant tout assurer la santé de ses armées, et il envoya en France un négociant de cette nation, M. Tourneau, pour qu’il engageât, au service d’Égypte, des officiers de santé. M. Clôt vit le mandataire du Pacha et reçut sa proposition de partir pour le Caire comme chirurgien en chef. L’offre était séduisante. Cependant la position de M. Clôt était assurée à Marseille. Déjà brillante, elle ne pouvait que s’améliorer. Mais la mission qu’on lui proposait exerçait un grand prestige sur son esprit. Coopérer à une oeuvre grandiose, humanitaire ; faire revivre les sciences médicales sur cette terre pleine de glorieux souvenirs ; attacher son nom à la régénération de l’Égypte, qui attirait l’attention de l’Europe entière t quelle tâche magnifique ! Où un esprit vulgaire eût vu une position avantageuse, M. Clôt vit, lui, l’intérêt supérieur de la civilisation et de la science, et, au retour d’un voyage que M. Tourneau fit à Paris, il se décida à le suivre. Mais il ne prit cette détermination qu’après avoir stipulé dans son contrat : qu’il serait complètement libre d’exercer la religion chrétienne ; qu’on ne l’obligerait^ en aucune circonstance, à suivre l’armée égyptienne contre les Grecs, alors en guerre avec la Porte ; enfin, qu’il serait à la fois chirurgien et médecin en chef du service qu’il allait créer. Le jeune docteur fit voile pour l’Égypte vers 1825. Ici commence la nouvelle phase de la vie dont nous traçons un rapide tableau. L’enfant pauvre, ignorant, sans

protecteur et sans avenir, est maintenant un homme instruit, chargé d’une mission humanitaire.

Mohammed-Ali n’était arrivé au commandement de l’Égypte que par la force de son épée et de son génie : il ne pouvait s’y maintenir que par cette même force. Aussi son armée était-elle, à cette époque, sa préoccupation presque exclusive. Elle ne comprenait pas moins de deux cent mille hommes, formés par des officiers européens. L’escadre était composée de plus de vingt mille marins. Mais ni l’armée de terre, ni la marine n’avaient de service médical organisé. Point d’intendances et rien qui y suppléât. La population était également privée des secours de la science, de tous les soins de l’hygiène. M. Clôt se rendit un compte exact de cette situation déplorable. Il sentit qu’il ne pourrait y apporter un prompt remède qu’en associant à son œuvre les personnes influentes qui entouraient le vice-roi. Il leur proposa de former un conseil supérieur de santé, dont ils feraient partie, et réussit, par cette tactique prudente, à se créer un moyen d’action avec les éléments mêmes d’une opposition cer-

taine. Les règlements français furent pris comme modèles. Ils se trouvaient d’ailleurs en harmonie avec l’organisation toute française de l’armée. Quelques modifications y furent cependant apportées. Les exigences du climat et des mœurs les rendaient nécessaires. Le plus important de ces changements fut la réunion de la médecine et de la chirurgie, innovation introduite plus tard en France comme un progrès. En même temps, des hôpitaux régimentaires étaient établis. Le service des ambulances devenait indispensable dans un pays où les troupes ne trouvaient aucun secours dans les localités qu’elles traversaient. La marine eut aussi son organisation sanitaire. Qu’on ne s’y trompe point cependant. M. Clôt n’eut pas seulement le mérite, déjà considérable, de rédiger des règlements pratiques, embrassant tous les détails du service qu’il créait. L’Égypte n’offrait aucune ressource en sujets capables d’appliquer ces règlements. Après avoir indiqué la tâche de chacun, il fallut former les hommes eux-mêmes, les rendre aptes à remplir leurs fonctions. M. Clôt descendit jusqu’à styler des économes, des commis, des infirmiers. Il fit, pour ainsi dire, avec l’aide de quelques collaborateurs intelligents, l’éducation du personnel médical et administratif. S’il était exigeant et minutieux dans son active direction, il témoignait, en revanche, la plus grande sollicitude pour ses administrés. Nul n’a eu plus que lui le sentiment de la dignité du médecin. Il considéra comme un devoir de faire disparaître la distinction qu’on établissait encore, dans l’armée, entre l’officier et le praticien. Grâce à lui, ils furent désormais sur un pied d’égalité parfaite. Voulant des

hommes dévoués à leurs devoirs, il exigea qu’ils fussent entourés de la considération générale.

L’organisation du service médical de l’armée nécessitait la création d’hôpitaux militaires. Le plus remarquable de ces établissements fut celui d’Abou-Zabel. Petit village situé à quatre lieues au nord du Caire, Abou- Zabel se trouvait à proximité du champ de manœuvre d’Ël-Kanka, où campaient environ cent mille hommes. Le plan de la construction, l’installation du matériel, l’organisation du personnel, tout enfin fut l’œuvre de notre compatriote. Il eut soin de ménager, dans la cour intérieure de cet établissement, l’emplacement d’un jardin botanique. Déjà il entrevoyait la possibilité d’annexer à l’hôpital une École de médecine. Instruire les indigènes dans l’art de guérir, telle était en efiet la base rationnelle d’une restauration efficace de la science dans le pays. Il fallait que, dans un avenir plus ou moins éloigné, l’Égypte pût trouver, chez elle, des officiers de santé pour l’armée, des médecins pour les provinces. Un constant appel à l’Europe devenait une tutelle, indéfinie et onéreuse qui ne pouvait donner que des fruitsprécaires pour la civilisation de ce peuple. On n’obtiendrait ainsi qu’un résultat factice, capable d’éblouir un moment et à grands frais, mais sans racines dans la population et impuissant à remettre ce pays dans la voie glorieuse qu’il parcourut jadis. M. Clôt ne pouvait se contenter d’une organisation de parade. Au risque de moins obtenir, il s’attacha à ce que les fruits de son œuvre fussent réellement égyptiens, et que l’Égypte pût dire, comme le poëte :

Mon verre n’est pas grand, mais je bois dans mon verre.

Il avait d’ailleurs acquis la conviction que ce peuple possède des germes certains d’avenir. Les indigènes sont restés les enfants de cette Égypte qui marcha, dans les siècles passés, à la tête de la civilisation du monde ; qui a donné des leçons à la Grèce, et qui, sous le règne des kalifes, a de nouveau compté des années de gloire et de prospérité. Il fut difficile àM. Clôt de faire partager sa confiance à ses collaborateurs. Dès que fut connue sa pensée de fonder une école de médecine, on s’efforça de détourner le vice-roi de ce projet. On chercha à démontrer l’impossibilité d’établir un enseignement médical pour les Arabes : on manquerait de professeurs instruits; on froisserait les préjugés musulmans qui s’opposent à l’étude de l’anatomie sur le cadavre ! Mohammed-Ali laissa dire ; mais, avec sa sagacité habituelle, il devina le mobile de cette opposition, et l’école fut fondée. On s’évertua alors à nier les résultats de l’institution. M. Clôt triompha du mauvais vouloir et de l’injustice en établissant, à l’issue de chaque année scolaire, des examens publics auxquels furent appelés les ministres du vice-roi, les principaux fonctionnaires et les consuls des différentes puissances. Pendant plusieurs années, il fit seul les frais considérables de ces examens.

L’enseignement présentait une difficulté radicale : les professeurs ignoraient la langue arabe. M. Clôt surmonta cet obstacle à l’aide de traducteurs, qui reçurent l’enseignement immédiat des professeurs et le transmirent ensuite à leurs condisciples. A la fin de chaque mois, les élèves étaient examinés sur les matières qu’ils avaient vues. En même temps, les principaux ouvra-

ges de médecine, de chirurgie, de physique, etc., étaient traduits nar une commission composée d’arabisants et d’ulémas. La technologie scientifique était créée, et le dictionnaire de Nysten traduit en entier.

L’étude de l’anatomie sur le cadavre touchait à un ordre d’obstacles qu’il est toujours dangereux de braver en face. Ce point décidait presque seul du succès de l’entreprise. Sans anatomie, pas de médecine. M. Clôt déploya toutes les ressources de sa diplomatie pour obtenir la permission de disséquer. Les ulémas lui en accordèrent à la fin l’autorisation secrète, à la condition d’en user avec une extrême prudence. Peu à peu les élèves surmontèrent leur première répugnance. Ils comprirent la nécessité de cette étude» Le préjugé tendait à disparaître. La population commençait à s’accoutumer à l’idée de la dissection du corps humain, Néanmoins, un jour que M. Clôt assistait à la leçon d’anatomie, un élève lui présenta une pétition, et tandis qu’il en prenait connaissance, le frappa sur la tête d’un violent coup de poignard. L’arme s’émoussa sur ce crâne dauphinois ! Le fanatique porta un second coup du côté du cœur. M» Clôt avait heureusement replié son bras sur sa poitrine qui ne fut pas atteinte. Les élèves, indignés, arrêtèrent aussitôt léur camarade, et s’empressèrent autour de leur maître. Dès ce jour l’étude de l'anatomie ne rencontra plus d’entraves.

On ne pouvait fonder, en Égypte, une École de médecine en tout semblable à celles qui existent en Europe» Ainsi^ il n’eût pas été possible, à cette époque, de réunir des élèves, si le gouvernement ne les eut recrutés lui-même, s il n’eût pourvu à leur entretien et à tous leurs besoins»

Dans ces conditions, le système collégial était seul applicable. Il devenait également indispensable de rassembler, dans le même local, les différents moyens d’instruction pratique : amphithéâtre de dissection, cabinets de physique et d’histoire naturelle, laboratoire de chimie, etc. Cette organisation donna les plus heureux résultats. Dès 1832, M. Clôt conduisit à Paris douze jeunes Egygtiens, choisis parmi les meilleurs sujets de l’École ; et leur fit subir, dès leur arrivée, au sein de l’Académie de médecine, en présence des sommités de la science, un examen qui fut un véritable triomphe pour les élèves et pour le maître. L’enseignement de la langue française était compris dans le programme de leurs études. Aussi purent-ils répondre, en français, aux questions qui leur furent adressées. L’Académie, dans le procès-Verbal de cette séance, constata que ces jeunes gens s’étaient montrés à la hauteur des meilleurs étudiants français. Désormais l’œuvre de M. Clôt était jugée.

D’utiles changements furent successivement introduits dans le régime de l’École à mesure que, du sein même de l'établissement, naissaient de nouvelles ressources. Déjà l’on pouvait espérer de posséder bientôt des professeurs indigènes. Ces améliorations furent complétées par la translation de l’École au Caire.

Une institution non moins importante fut celle d’une Maternité et d’une École d'accouchement. « En Égypte, » comme dans tout l’Orient, dit le professeur Lalle- » mand (1), des préjugés invincibles s’opposent à ce que

(1) Procès-verbal des examens faits par le professeur Lallemand à l’Ecole de médecine, le 1 er février 1849.

» les hommes soient appelés à pratiquer les accouche- » ments, et même les praticiens rencontrent de tels obs- » taçles, quand il s’agit de traiter des femmes, qu’elles » sont en réalité privées des bienfaits de l’art ; car il » existe de telles entraves à toute exploration, que les » avantages de l’expérience et de la science sont entiè- » rement perdus. Cependant la moitié de la population » ne devait pas rester-toujours livrée aux ayeugles rou- » tines des plus ignorantes matrones. Après bien des » années d’active persévérance, Clot-Bey est encore par- » venu à combler cette importante lacune en établissant » au Caire une école de sages-femmes'qui a pris successi- » vement les plus heureux développements, malgré bien » des obstacles de tout genre. »

Un Hôpital pour les femmes et une Maternité furent annexés à l’École. Les élèves purent ainsi suivre les cliniques, en même temps qu’elles recevaient l’enseignement théorique. Elles devinrent de véritables médecins pour leur sexe. Fait bien digne d’attention! M. Clôt ateignit du premier coup, en Égypte, un résultat qui n’a pas encore été réalisé en Europe ; car l’instruction de nos sages-femmes est loin de leur permettre l’exercice de la médecine en dehors de leur spécialité.

Dès que l’École put fournir des officiers de santé en nombre suffisant, M. Clôt procéda à l’organisation du service civil. Les réglements français furent encore appliqués en ce qu’ils avaient de compatible avec l’administration locale. Des bureaux de consultations gratuites furent établis dans les villes du Caire et d’Alexandrie ; des hôpitaux furent fondés. Chaque province, bientôt

chaque district, eut son médecin et son pharmacien. On construisit, dans les chefs-lieux, de petits hôpitaux de vingt-cinq lits. Enfin, M. Clôt introdnisit l’usage de vaccination dans toute l’Égypte; les barbiers furent chargés de la pratiquer dans les villages.

Ces belles institutions eurent un effet presque immé diat. La mortalité cessa dans l’armée. L’état sanitaire des provinces s’améliora de jour en jour; les affections meurtrières qui décimaient les populations devinrent moins intenses et plus rares. Plus de 60,000 enfants succombaient, chaque année, à la petite vérole. L’établissement du service civil, la prescription rigoureuse des règles de l’hygiène, la pratique de la vaccination amenèrent, en peu de temps, un changement complet dans l’état matériel du pays, La population de l’Égypte doubla en un quart de siècle.

Au point de vue de la civilisation, l'œuvre de M. Clôt donna des fruits plus précieux encore. En formant des médecins, notre compatriote donnait autant d’apôtres à la civilisation, car la médecine touche à toutes les sciences. Il avait d’ailleurs, avec la France, des relations incessantes. A Paris, au cœur même du mouvement européen, M. Clôt et l’Égypte trouvaient un appui dévoué. Nous voulons parler de M. Jomard. Ce savant, dont la vie entière a été consacrée au progrès sous toutes ses formes, avait voué une affection toute particulière à l’Égypte, qu’il avait explorée à la suite de l’armée française comme membre de l’Institut. Rien n’est touchant; comme l’amitié de ces deux hommes, unis pour le bien et l’avancement de l’humanité.

Dès 1826, M. Jomard, avec le concours du consul général de France, M. Drovetti, fit agréer au vice-roi le projet de faire instruire à Paris les indigènes les mieux doués, afin qu’ils propageassent ensuite, dans leur pays, les arts et les sciences de l’Europe. En quelques années, une centaine de jeunes Arabes ou Osmanlis, effendis, cheykhs ou fellahs, lui furent envoyés et confiés à ses soins. La mission égyptienne en France était fondée. M. Jomard a dirigé cette importante institution jusqu’à l’époque de sa mort, arrivée en 1862. Il a donné à l’Égypte des hommes comme Chérif-Pacha, l’éminent ministre du vice-roi actuel; Mazhar-Pacha Ali-Bey- Moubarek, le docteur Mohammed-Ali-Bey, qui dirige actuellement l’École de médecine, etc. C’est avec ce concours d’efforts intelligents et dévoués que Mohammed- Ali a pu réaliser son œuvre régénératrice.

Nous noiis sommes laissés entraîner à retracer l’ensemble des institutions médicales fondées par M. Clôt, et nous avons négligé tout un côté de sa brillante carrière. Ç est que ces institutions précieuses sont le grand acte de sa vie : elles l’associent à l’entreprise de Mohammed- Ali et lèguent son nom à l’histoire. Il nous reste à etudier plus spécialement, en lui, l’homme et le médecin.

Contrairement à ce qui a lieu pour la plupart des hommes, si l’on veut faire l’éloge de M, Clôt, il faut énumérer ses titres et qualités . Chose rare ! les honneurs qui lui ont ete décernés constatent tous quelque belle action. En 1830, une invasion de choléra asiatique frappe ^ Ngypte et, dans la seule ville du Caire, fait, chaque jour,

2,000 victimes, M. Clôt apparaît comme un sauveur au milieu de la désolation publique. Se multipliant pour le salut de tous, sans cesse au chevet des malades, ne prenant aucun repos, comme un général au jour dn combat, il dirige ses jeunes élèves, munis d’instructions précises, sur tous les points de la ville où, tour à tour, sa présence les stimule et les soutient. C’est à la fin de cette désastreuse épidémie que Mohammed-Ali, frappé d’une si belle conduite, le nomme bey, dignité qui n’avait encore été accordée à aucun chrétien resté fidèle à sa foi. En même temps, le gouvernement français le décorait de la Légion d’honneur. Quelque temps après cette glorieuse campagne, dans le voyage qu’il fit à Paris, en 1832, avec les douze élèves de l’école d’Abou-Zabel, l’Académie de médecine s’empressa de l’admettre dans son sein (13 novembre).

En 1835, la peste éclate en Égypte. Clot-Bey reste seul au Caire avec trois de ses courageux confrères. Les autres médecins avaient pris la fuite ou s’étaient mis en quarantaine. Voici ce qu’il écrivait au consu général de France, M. Mimaut, qui se trouvait à Alexandrie : « Nous ne nous abusons pas sur notre position, mais enfin nous sommes quatre et nous espérons que quelqu’un de nous restera pour transmettre les observations qui auront été faites. » Cette phrase si simple est sublime. La persuasion de la contagion du fléau régnait dans tous les esprits. Clot-Bey vit tout à la fois, dans cette croyance, une erreur et une calamité publique. Convaincu de l’opinion contraire, il abordait les pestiférés sans prendre aucune précaution et les traitait comme des malades ordinaires.

Pour relever le moral de ses élèves, devenus d’urgence médecins, il s’inocula, en leur présence, du sang du bubon et de la matière du charbon. Aucun accident ne suiit cet acte de courage. Dans l’opinion de Clot-Bey, ce fait ne prouvait absolument rien, car, vivant sous l’influence épidémique, il aurait pu être atteint tout comme un autre, et l’inoculation n’était pas un préservatif. Son but était uniquement d’atténuer le sentiment de terreur qu’inspire la contagion, sentiment poussé à l’extrême. Un jour qu’il se trouvait auprès d’un pestiféré, un bon prêtre italien vint porter le viatique au malade. Il était, de la tête au pieds, couvert de toile cirée. Deux trous percés dans le masque et garnis de verre, lui permettaient de se diriger. Malgré cet accoutrement préservateur, c’est à peine s’il osait entrer. Clot-Bey, lui, était assis sur le lit du moribond et tenait sa main dans la sienne ! Il reprocha au prêtre timoré ses précautions et ses craintes en lui faisant remarquer son attitude toute différente : « Ha ! signor, répondit le brave homme, ogni uno per la sua pelle! (1)» Pendant six mois, Clot-Bey fut entouré de mourants. C’est dans cette circonstance que Mohammed-Ali lui adressa ces paroles remarquables : « Clot-Bey, tu t’es couvert de gloire dans une bataille qui a duré six mois ; je te fais général. » Le gouvernement français reconnut cette héroïque conduite en élevant notre compatriote au grade d’officier de la Légion d’honneur. Presque tous les états de l’Europe, dont il avait soigné les nationaux, lui envoyèrent leurs insignes.

(1) « Ha! Monsieur, chacun pour sa peau. »

En 1840, Clot-Bey fit un second voyage en France ; il publia, sur l’Égypte, un livre très-utile et très-apprécié, et un ouvrage sur la peste qui eut un grand retentissement. Cette dernière publication devint le signal des réformes apportées depuis dans le système des quarantaines. C’est pendant le séjour en France qu’il fit à cette époque, que Clot-Bey se maria avec la fille d’un honorable négociant de Marseille.

En dehors de ses fonctions officielles, notre compatriote était souvent appelé à donner des soins aux membres de la famille vice-royale et aux grands dignitaires du pays. Jamais il ne réclama d’honoraires. 11 se considéra toujours comme appartenant à tous les malades, quelles que fussent leur position et leur fortune. La confiance que l’on avait dans ses connaissances, dans son habileté chirurgicale; la certitude d’être bien accueilli et consciencieusement traité, lui amenaient les pauvres en foule. Ayant été chargé, pendant la guerre de Syrie, d’une mission auprès de S. A. Ibrahim-Pacha, il fut assailli, pendant son voyage, d’une multitude de malades. Il vit Damas et l’émir Béchir ; passa successivement de Beyrouth à Saïda, à Saint-Jean-d’Acre, à Caïffa et au mont Carmel. Il se rendit ensuite à Nazareth, où régnait la peste, visita Naplouse et sa léproserie. Il poursuivit son itinéraire par Jérusalem et Gaza, toujours entouré de malades.

Clot-Bey professait pour Mohammed-Ali une-vive et respectueuse affection. Ces deux hommes étaient faits pour se comprendre. C’est avec un dévouement exceptonnel et tout désintéressé qu’il soigna le vice-roi pen-

dant sa dernière maladie. Il ne quitta pas son chevet. Ibrahim-Pacha, en qui reposait l’avenir des grandes institutions fondées par son père, était mort quelques mois avant lui. C’était en 1849. Clot-Bey obtint du nouveau vice-roi la permission de se retirer en France. Il comprit qu’Abbas-Pacha était animé d’un tout autre esprit que son illustre aïeul. Retiré à Marseille, mais la pensée tournée vers l’Égypte, sa seconde patrie, il assista avec douleur à la décadence des établissements qu’il avait créés. Une partie de son œuvre était pourtant hors d’atteinte. Nous voulons parler des résultats mêmes de l’enseignement médical qui avaient coopéré à transformer les esprits au profit de la civilisation. Le gouvernement d’Abbas-Pacha fut une réaction passagère, la dernière protestation d’un parti rétrograde prêt à s’éteindre. La mort de ce prince et l’avénement de Saïd-Pacha, fils de Mohammed^ Ali, vinrent ouvrir une ère meilleure pour l’Egypte (1854). Le nouveau vice-roi, désireux de rétablir les institutions fondées par son père, fit appel au dévouement de Clot-Bey en ce qui concernait la médecine.

Le 17 janvier 1856, à l’âge de soixante-trois ans, notre compatriote retourna, en Égypte. Nous qui avons assisté à cette réorganisation du service de santé civil et militaire, à la réouverture de l’École de médecine; nous qui, pendant trois ans, avons été appelé, par nos fonctions, à collaborer, dans une certaine mesure, à la tâche laborieuse du docteur Clot-Bey, nous pouvons rendre témoignage de ses efforts, de son activité et du résultat obtenu. Notre compatriote trouva un concours précieux dans les connaissances et le zèle de MM. Colucci-Bey, Figuri-

Bey, Burguières-Bey, Chafey-Bey, Mohammed Ali-Bey, qu’il recommanda au vice-roi comme les hommes ie3 plus aptes à maintenir et à continuer son œuvre. Un fait remarquable, c’est la haute clairvoyance avec laquelle le souverain actuel de l’Égypte, S. A. Ismaïl-Pacha, s’est attaché la plupart de ces capacités éminentes. Continuateur de Mohammed-Ali, ce prince éclairé a gardé la tradition des grands principes qui président à la fondation des dynasties et à la régénération des peuples.

En 1851, Clot-Bey avait fait, à Paris, un voyage qui coïncida avec la réunion d’un congrès sanitaire international institué pour régler le système des quarantaines. Il publia, à cette occasion, un mémoire dans lequel se trouvent résumés les divers points scientifiques et administratifs de cette importante question. Il indiquait, en terminant, les réformes qu’il jugeait opportun de réaliser. La meme année, le gouvernement français le nommait commandeur de la Légion d’honneur. Clot-Bey allait poser sa candidature pour la place de membre correspondant de l’Institut (Académie des sciences), lorsqu’il apprit que le professeur Lallemand sollicitait lui-même cet honneur. Par un sentiment de déférence pour ce savant, qui avait été son protecteur et son maître, il s’abstint de faire aucune démarche.

Clot-Bey a toujours été un chef dévoué à ses subordonnés, Fier de son pays, il eut toujours à cœur de le faire respecter dans sa personne. A ce sentiment de patriotisme, il unissait un profond attachementfpour la*religion chrétienne. Le chrétien et le Français ne firent jamais, en lui, de concessions aux préjugés de la société

musulmane. Il trouva d’ailleurs, dans les représentants de la France, en Égypte, des appuis intelligents et énergiques. De tout temps, notre pays a d’ailleurs compris l’importance du poste d’agent consulaire à Alexandrie. Il a toujours fait choix, pour cette haute position, d’hommes éminents par les qualités de l’esprit et du cœur. La nomination récente de M. Eugène Poujade est une nouvelle preuve de ce discernement et de ce tact.

Clot-Bey trouva dans le chef du catholicisme un appréciateur reconnaissant des services rendus par lui à la religion. Décoré de plusieurs ordres par le pape Grégoire XYI, il fut revêtu, par Pie IX, de la dignité de comte romain . Ce titre, dont Clot-Bey a pu négliger de se parer, appartient aujourd’hui à son fils, qui a, quant à lui, le devoir de le porter, car, à côté de la qualification de bey, restée attachée à son nom, il est une preuve éclatante que son père n’a fait à la Fortune aucune de ces concessions dont la gloire de quelques hommes éminents a été ternie,

Depuis 1860, Clot-Bey vivait à Marseille entouré de l’estime et de la vénération de tous ses confrères et de l’affection de sa famille. La mort de sa femme porta la première atteinte à sa santé. 11 a vécu cependant quelques années encore après ce triste événement. Frappé de plusieurs attaques violentes, son énergique constitution a lutté jusqu’au 28 août 1868 contre les perturbations que le mouvement du sang avait opéré dans son organisme. Il s’est éteint dans une sorte de demi-sommeil, en proférant, dans les douteuses lueurs de la dernière heure, ces mots : Travail..., humanité.,,, qui résument toute sa vie.

Des réflexions seraient superflues devant une telle existence et une telle fin. Nous préférons livrer le lecteur à ses propres pensées. Nous avons tous une mission sociale à accomplir. Sachons nous instruire à ces grands exemples.

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