IMPRIMERIE VICTOR GOUPY ET JOURDAN
RUE DE RENNES, il.
- f.LiP? 5'.- ■ ^
Le 2 mai 1878, ont eu lieu, au cimetière du Père Lachaise, les Obsèques de M. le D r Despaulx-A.der, président de la Société protectrice de l’Enfance, chevalier de la Légion d’honneur, officier d’Académie, Commandeur des Ordres de Pie IX et de Saint- Grégoire le Grand, Membre fondateur de la Société des Crèches, Membre de la Société de Secours aux blessés militaires, etc.
Un nombreux cortège, composé d’amis, de confrères et de clients du défunt, a accompagné jusqu’à sa dernière demeure cet homme de bien.
Au cimetière, M. le D r Marjolin, premier vice-président de la Société protectrice de l’Enfance, portant la parole, au nom du Conseil d’Administration, s’est exprimé en ces termes :
« Messieurs,
« La tombe de notre vénéré Président honoraire, Félix Boudet, était à peine fermée qu’un nouveau deuil vient attrister la Société protectrice de l’Enfance : elle a perdu son président, M. le D r Despaulx-Ader.
« Messieurs, devant l’affliction d’une famille, nous n’avons pas le droit de parler de notre douleur personnelle, mais nous ne
pouvons nous dispenser d’exprimer tous les regrets que nous inspire la mort de l’excellent collègue, dont le zèle et le dévouement furent si précieux pour notre Société.
« M. le D r Despaulx-Ader, en acceptant, malgré ses nombreuses occupations, de présider la Société protectrice de l’Enfance, nous avait prouvé que, lorsque l’on veut, on sait toujours trouver le temps et l’occasion de faire le bien, et, pendant son trop court passage à la présidence, maintes fois il nous en a donné les preuves, en profitant de l’influence due à ses belles relations, pour nous conquérir de nouvelles adhésions parmi ses clients, qui étaient aussi ses amis.
« Un dévouement sans bornes à la sainte et patriotique cause de la protection de l’Enfance, occupa une grande partie de l’existence de notre regretté collègue.Ni les fatigues de la profession, ni même les atteintes d’une cruelle maladie, dont il avait eu le courage de cacher l’existence, dans la crainte d’attrister sa famille et ses amis, ne purent le détourner un instant de ses devoirs. Tant que ses forces le lui permirent, jamais il ne manqua de présider nos séances ou d’assister aux réunions de la Commission supérieure chargée de l’exécution de la loi Th. Roussel. Grâce à son activité, et malgré ses nombreuses occupations, M. Despaulx-Ader trouvait encore le moyen de prendre part aux travaux de l'Œuvre des Crèches, dont il était l’un des fondateurs, et jamais, jusque dans ces derniers temps, il ne manqua aux convocations du Conseil de cette OEuvre, qui, elle aussi, fut instituée pour protéger l’Enfance. Une crèche entre autres, celle delà Madeleine, était l’objet de sa prédilection; il la visitait fréquemment, et en disant que sa mort sera, pour toutes les personnes attachées à cette OEuvre, l’objet de regrets unanimes, j’ai la certitude d’être ici leur fidèle interprète.
« M. leD 1 ' Despaulx-Ader, aurait pu, comme tant de personnes, croire que les fonctions de Président consistent uniquement à venir assister régulièrement à chaque séance, mais il pensait, avec raison, que les dignités obligent et que si l’on veut qu’une Société prospère, il faut être le premier à donner l’exemple du travail. Aussi, sous ce rapport, nous ne saurions trop rappeler qu’il sut encore trouver le temps de composer plusieurs Mémoires importants sur des questions se rattachant à la protection. de l’Enfance et la part active qu’il prit dans les discussions , au Congrès international d’hygiène tenu à Bruxelles en 1876.
« Un des objets de la constante sollicitude de notre collègue était de chercher à diminuer le nombre des malheureuses 'victimes, vouées à une mort presque certaine par suite de la misère, de la honte ou de la mauvaise conduite des mères; il s’occupa avec un soin tout particulier de l’étude de la grave et difficile question du rétablissement des tours. Apportant dans ce travail les fruits d’une longue expérience, il n’hésita pas, au nom de la morale et de l’humanité, à réclamer le rétablissement du décret de 1811.
« La conviction sincère de l’homme de bien qui règne dans son remarquable rapport sur les prix, lu dans notre dernière séance annuelle, est une nouvelle preuve de tout l’intérêt que notre collègue portait à cette grande question de la protection de l’Enfance, envisagée sous tous ses points de vue.
« Messieurs, tous ceux qui ont connu M. Despaulx-Ader savent combien son caractère était aimable, affectueux, conciliant; aussi, sa mort laisse parmi nous un grand vide qu’il sera difficile de combler. Puissent nos regrets unanimes adoucir, dans ce triste moment, la douleur de sa famille si cruellement éprouvée! »
Après M. le D r Marjolin, M. Henry D’Escamps, inspecteur des Beaux-Arts, compatriote et ami d’enlance du défunt, a prononcé le discours suivant :
« Messieurs,
« La longue et laborieuse carrière parcourue par le D r Despaulx-Ader;; a présenté, dans nos temps si troublés, le consolant spectacle d’une vie toute remplie de travail, de dévouement et qui se place, d’elle-même, au-dessus de tous les éloges.
«Despaulx-Ader étaitun de ces hommes d’élite qui n’honorent pas seulement une profession, un pays, une époque, mais qui honorent l’humanité elle-même. Tout était en équilibre dans cette nature exceptionnelle ; c’était, pour ainsi dire, un exemplaire parfait de l’homme, dans notre société moderne. Mais, telle était sa modestie, tel était son désintéressement que ses travaux, ses veilles savantes, ses succès dans la pratique de son art n’étaient connus et appréciés à leur juste valeur que par ses amis. Cet homme excellent qui, dans sa simplicité de cœur, ne s’appartenait pas à lui-même, se donnant tout entier aux autres, prenait à tâche de s’effacer constamment et par principe. Il évitait le bruit, il fuyait la publicité avec autant de -soin que d’autres en mettent à provoquer ces échos sonores de la notoriété publique. Ses écrits eux-mêmes, dispersés dans des brochures distribuées à petit nombre, n’arrivaient guère qu’à ses confrères, de telle sorte que cette noble vie, si bien faite pour servir d’exemple, risquerait de demeurer une lettre morte et de ne pas porter tous ses fruits, pour l’édiûcation de nos contemporains, si des amis survivants ne venaient, aujourd’hui, après avoir imposé silence à leur immense douleur, vous retracer, ici, pieusement les principales lignes de cette belle et touchante existence, si digne de l’estime, du respect et de l’admiration de tous.
« Nous allons essayer, Messieurs, de vous dire en quelques mots, et sans avoir eu le temps à peine de nous recueillir, ce que fut notre compatriote et ami d’enfance, le D 1 Despaulx- Ader.
« Né à la Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), le 13 juin 1816, petitfils d’un médecin distingué de cette colonie française, Pierre- Auguste Despaulx-Ader sentit s’éveiller, on pourrait presque
dire, se réveiller en lui la vocation médicale qui semblait reparaître dans sa famille, à la seconde génération, par les lois secrètes de l’atavisme. Il porta, en effet, une ardeur extraordinaire dans ses premières études. Nous l’admirions alors à ses débuts. Etranger à tous les plaisirs frivoles de son âge, il n’était préoccupé que des graves devoirs imposés au rude noviciat de la carrière à laquelle il allait vouer sa vie. Aussi, à peine reçu docteur, en 1841, Despaulx-Ader ne tarda pas à conquérir une place éminente parmi ses confrères et il devint rapidement l’un des premiers médecins-accoucheurs de Paris. Le quartier de la Madeleine, qu’il n’a jamais quitté, fut le théâtre principal de ses opérations et de sa renommée.
«Ame tendre et délicate, cœur compatissant, esprit porté vers les souffrances des faibles, le D 1 Despaulx-Ader dirigea d’abord ses investigations sur les maladies des femmes, spécialité importante autant que difficile ; mais, bientôt, .ayant eu le malheur de perdre successivement plusieurs de ses enfants en bas âge, ces deuils cruels et répétés vinrent modifier, en le complétant, le champ denses études médicales. On peut dire qu’à dater de ce moment, les idées, les travaux, les préoccupations, la vie elle-même du D 1 ' Despaulx-Ader avaient fixé le cours de leur direction normale. Sans cesse à la recherche de tout ce qui pouvait améliorer le sort de la femme et de l’enfant, à en assurer la protection et le salut, notre ami fit de sa profession un véritable apostolat. Mari d’une femme exemplaire, père d’une fille charmante, il trouvait, dans les grâces et dans les vertus de son foyer domestique, un encouragement intime, auxiliaire puissant de sa carrière publique.
« Le D r Despaulx-Ader avait été, — avons-nous besoin de le dire? — l’un des partisans les plus convaincus de l’institution des Crèches f dont il fut l’un des membres fondateurs. Un peu plus tard, il devait être un zélateur non moins passionné de la Société 'protectrice de l’Enfance. Il devait s’éteindre Président vénéré de cette dernière Société. Frappé de la mortalité extraordinaire des nouveau-nés en France et de la décroissance de la population de notre pays, décroissance qui menace notre prépondérance militaire, il entreprit d’appeler, avec le conco.urs de beaucoup d’esprits généreux et clairvoyants, et notamment de MM. les docteurs Devilliers, Bergeron, membres de 1 Académie de médecine, l’attention des gouvernements sur ces questions capitales. Ces efforts ont abouti à cette loi d’une impor-
tance si grande, à laquelle M. le D r Roussel, député, a eu l’insigne honneur d’attacher son nom.
«Ne ménageant ni ses démarches, ni ses discours, ni ses écrits, ni sa personne, ni celle de ses amis, comme Président de la Société protectrice de l’Enfance, Despaulx-Ader réussit à intéresser à son œuvre tous ceux, — et le nombre en est grand, — qui portent un cœur chrétien et un cœur français, car cette œuvre est, à la fois, humaine et nationale.;Son zèle, sa charité, son patriotisme l’inspiraient et l’animaient dans cette sainte croisade. Lui, si réservé par nature, si correct dans sa personne, il ne craignait pas, dans l’intérêt de ses petits enfants, de monter sur les planches d’un théâtre et d’y apporter sa chaire d’apôtre, pourvu qu’il arrivât à recueillir des aumônes et des adhésions. Lui, qui négligeait, la plupart du temps, le soin de ses affaires, il fallait le voir, quand il défendait les opprimés, surtout ces opprimés qui ne peuvent se défendre eux-mêmes, les enfants. C’est avec un regret douloureux qu’il disait : « On a « recueilli des millions pour les petits Chinois. Ne pourrait-on « en recueillir, enfin, pour les petits Français ? » « Comment ?
« s’écriait-il, il y a, en France, plus d’adhérents pour la Société « protectrice des Animaux que pour la Société protectrice de « l'Enfance! » — Messieurs, notre ami eut volontiers tenu à ses contemporains le langage que Plutarque met dans la bouche de César, lorsque, apercevant des jeunes gens étrangers, porteurs de petits chiens, ce grand homme leur demandait si, dans leur pays, les femmes ne faisaient pas d’enfants — ou bien, il leur eût crié, avec plus de force encore, comme saint Clément d’Alexandrie aux hommes de son temps : « Eh quoi 1 vous exposez des enfants dans les rues et vous élevez des animaux dans vos maisons ! vous repoussez des orphelins et vous nourrissez des oiseaux raresl » En présence de ces scandales qui éclatent tous les jours devant les tribunaux et où l’on est obligé d’apprendre que des pères commettent sur leurs propres enfants des crimes abominables, il fallait entendre le D r Despaulx-Ader réclamer avec énergie, avec indignation, une loi spéciale qui permît de retirer à ces pères bourreaux la garde et la tutelle de leurs malheureuses progénitures !
« Le sort des femmes et celui des enfants, voil ( à ce qui fut l’objet des préoccupations de sa vie ! Il ne laissait passer aucune occasion de saisir l’opinion publique, les autorités, les pères de famille des questions qui s’y rattachent. Ses écrits en portent
le témoignage. Dans ses dernières années, les Rapports succèdent aux Rapports, les Brochures aux Brochures.
« C’est, d'abord, parmi les écrits que nous avons pu conserver de Despaulx-Ader, son remarquable Rapport daté de 1868, sur le concours ouvert par la Société protectrice de l’Enfance, à propos de cette question si essentielle d’économie sociale : De l’Allaitement maternel. Combien il se montra supérieur en la traitant I Prenant le sujet par tousses côtés à la fois, par la science comme par le sentiment, le savant Rapporteur, selon son habitude, fit précéder le compte rendu des Mémoires envoyés dé toutes parts au Concours par un travail personnel où il posa, pour ainsi dire, les principes qui dominent la question.
« Après avoir donné, au point de vue de la science de l’hygiène,les raisons qui doivent porter la mère à allaiter son enfant, notre ami, abordant le côté moral de sa thèse, écrit ces belles, ces éloquentes paroles que ne désavoueraient pas nos meilleurs moralistes : « L’éducation de l’enfant , écrit-il, commence dès sa naissance; les caresses de la mère sont la'première leçon qu'il reçoit ; son intelligence éclôt sous le soleil radieux du regard maternel. En même temps qu’il apprend à vivre, il apprend à aimer. Quelle plus sublime tâche? Quel plus ravissant tableau que celui d’une mère allaitant son enfant ? Dans ses yeux, elle épie les premiers rayons de son intelligence. Avant même qu’il ait parlé, elle entend son premier murmure, sa première causerie. Elle prend part à sa première joie, elle le contemple à tous les instants, elle devine sa première souffrance, elle éveille son sourire, elle écarte de lui la moindre douleur, la moindre peine. Oh! vraiment, à cette heure-là, la femme est la véritable créatrice de cet enfant! Elle lui a donné la vie matérielle, elle j lui donne la vie intellectuelle. »
« En 1873, c’est la question des Crèches qui offre au D r Despaulx-Ader une nouvelle occasion de montrer l’étendue de son savoir et sa touchante sollicitude pour les soins à donner à l’enfant durant le premier âge. Il écrit ce Rapport au nom d’une Commission où figurait encore le vénérable Fondateur de cette philanthropique institution, M. Marbeau père. Après avoir rendu un hommage éclatant à cet infatigable promoteur, à ses démarches, à ses peines, à ses travaux, il loua les Rmvau^ excel- fe. cnsd, lents de M. le D r Delpech, de M. le D v Léon Duchesne. Il traça ensuite, lui-même, les règles et les méthodes qui doivent présider à l’installation des Crèches. En montrant le bien qu’elles ont produit, il rechercha les progrès qu’on peut, qu’on doit en
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attendre encore. Il régla, avec la sagacité du. praticien, avec la tendre préoccupation du père de famille, les heures de leur vie naissante, où les nouveau-nés doivent ou ne doivent pas se nourrir à « cette belle fontaine lactée » que, selon l’expression de Patrice de Senès, « Dame nature sage et prévoyante a préparée à cet effet. » Notre ami calcule combien de cubes d’air sont nécessaires à la respiration des enfants élevés en commun, et cet air, il en dose la quantité avec largesse. Il invoque en faveur de ses protégés le règlement du Ministre de l’intérieur, en date du 3 juin 1862 , qui porte à huit mètres cubes l’atmosphère indispensable à la respiration de ces pauvres petits êtres.
Et, en même temps, Messieurs, d ans ce simple Rapport sur les Crèches, combien d’idées nobles et saines se font jour à travers les mailles de rargumentation ! Ces idées, ce sont les éclairs de cette conscience si pure, ce sont les élans de cette âme patriarcale. Le chiffre lui-même répond à son appel. Le D 1 ' Despaulx-Ader, animant tout ce qu’il touche, même les documents ^ officiels, sait tivef des tableaux de la statistique les enseignements moraux et politiques qui en découlent. II fait parler ces tableaux muets. Il en tire des accents éloquents ; il leur arrache cette vérité désolante, à savoir que notre pays, en fermant les yeux aux nécessités de la protection de l’enfance, occupe le ■dernier rang en Europe dans la production et dans la conservation de-î’espèce, triste avertissement pour une nation décimée de ses propres mains et placée, cependant, au milieu de monarchies militaires qui applaudissent à toutes ses défaillances !
Malgré les travaux [que lui imposait sa'qualité de membre de plusieurs Sociétés, malgré les devoirs de sa famille et de sa clientèle, le D r Despaulx-Ader trouvait encore le temps de rédiger et de publier des écrits de haute morale, tout étrangers qu’ils fussent, au premier abord, à sa profession. C’est ainsi qu’il écrivit, en 1876, son admirable brochure intitulée : Les bons Livres. Après avoir guéri les corps, il s’étudiait à guérir les âmes, et, comme Osymandias, roi d’Egypte, qui gravait au frontispice de sa Bibliothèque ces mots Woffîç mpsïov, le Remède de Came , notre ami eût voulu inoculer dans les veines de nos générations contemporaines ce sang précieux des bonnes lecturès, dont l’infusion salutaire lui paraissait indispensables au relèvement de notre chère patrie. Il faudrait tout citer, Messieurs, pour vous faire apprécier les mérites de ce petit Traité
d'une saveur si pénétrante, d’une morale si vivifiante : ce n’est ni le lieu, ni le moment de s’étendre sur ce point.
Bornons-nous à constater, en présence de cette tombe entrouverte, que le D r Despaulx-Ader, habitué à sonder les mystères impénétrables de l’organisme humain, puisait dans ces études, comme tous les esprits d’élite, la certitude d’une Intelligence providentielle. Il repoussait « ces matérialistes d'aujourd’hui qui. écrivait-il, par leurs doctrines subversives de toute morale, faussent les idées acquises, troublent les consciences , s'évertuent à faire croire que les phénomènes supérieurs de la vie humaine , la responsabilité, la liberté, la pensée sont les produits modifiés des règnes inférieurs. Depuis longtemps, ajoutait-il, l'homme, dans son orgueil, cherche à tout expliquer par la science posi r tive. Les savants de nos jours promettent bien de remplacer la métaphysique, cette science qui traite des premiers principes de nos connaissances , par l’étude expérimentale ; mais, malgré leurs efforts, ils n’y parviennent pas. Leurs théories ne répondent point au besoin qu'a chaque homme, dans, son cœur, dans son intelligence , de remonter aux causes et d'appuyer sa foi sur la puissance d’un Dieu créateur. » Voilà, Messieurs, une profession de foi spiritualiste, un exposé de doctrine morale, qui, chez un médecin, nous, montre le chrétien convaincu dans Je savant éclairé, témoignage de la noblesse de son âme et de la sagesse de son esprit. Vous le voyez : il était de ceux qui répondent à l’idéal sublime que le grand Corneille a entrevu dans .ces vers célèbres :
Pour t'élever de terre, homme, il te faut deux ailes,
La pureté du cœur et la simplicité.
Elles te porteront avec facilité
Jusqu'à l’abîme heureux des clartés éternelles.
« Bientôt, Messieurs, revenant e ses travaux d’économie sociale appliquée à l’enfance, le D r Despaulx-Ader rédige un nouveau Rapport sur un sujet mis au concours par la Société protectricedel'Enfance, nous voulons parler du Sevrage. Comme dans le premier concours de 1868, dont nous avons parlé, sur VAllaitement, ce fat encore M. le D r Brochard qui, une seconde fois, remporta le prix, aux applaudissements de ses confrères habitués à saluer, en lui, l’avocat chaleureux des droits et des besoins de l’Enfant et de la Mère,
« Dans son Rapport, le D r Despaulx-Ader, tout en louant comme il convient les auteurs couronnés, trace d’abord les règles, les conditions et les limites rationnelles du sevrage : selon son haditude il traite lui-même le sujet, il l’épuise avec sa sagacité et sa science ordinaire. Cet écrit substantiel est comme le complément du Rapport précédent sur l’allaitement maternel : même science magistrale, même sentiment profond, dans l’exposé philosophique de cette question spéciale, dans laquelle l’auteur sait intéresser de nouveau notre patriotisme en même temps que notre esprit.
« Délégué, pendant cette même année 1876, pour porter la parole au Congrès de Bruxelles sur les Moyens de remédier à l’excessive mortalité des enfants en bas âge , le D r Despaulx-Ader comprit l’importance exceptionnelle de la mission dont l’avaient chargé ses confrères et, dans un discours étendu qui équivaut à un livre des mieux faits, il traita, avec le talent que donnent la compétence et la prédilection d’une étude personnelle, les différents aspects de ce vaste sujet. Tout récemment encore. Messieurs, notre ami prononçait comme Président de la Société ‘protectrice,- deux discours où il traçait de main de maître, le tableau saisissant de la mortalité de la première enfance dans notre pays. Sa dernière publication, enfin, que ses confrères l’avaient prié de rédiger et que louait, tout à l’heure, avec tant d’autorité, mon émiaent condisciple, M. le D r Marjolin, est ce Rapport si lumineux, si savant, si généreux sur le Concours relatif à la question du rétablissement des Tours. Ce travail, où éclate toute sa prédilection pour les pauvres enfants, où se reflète sa belle âme, est appelé à demeurer, dans le domaine de de la science sociale, comme un traité presque complet de la matière. Il semble que notre ami ait fait sentir, dans cette effort suprême en faveur des affligés, les dernières pulsations de ce grand cœur, qui bientôt allait cesser de battre! Ah! Messieurs, pour moi qui fus, de près, le témoin de tant de zèle et de dévouement en faveur de l’Enfance souffrante, —lamémoired’un grand saint ne s’en offensera pas— je dirai qu’il y avait, dans le cœur du D r Despaulx-Ader, quelque chose d’un saint Vincent Paul.
« Telle a été la carrière, telle a été, si l’on peut parler ainsi, l’œuvre morale qui a rempli si honorablement la vie tout entière de notre ami. Je n’ai pu qu’en exquisser, aujourd’hui, à la hâte, les principaux traits, sans pouvoir me persuader que je l’ai fait
revivre un instant devant vous, tel qu’il a été, durant sa vie, c’est-à-dire le modèle de l’honneur et de la vertu.
« Yous parlerai-je, Messieurs, des qualités personnelles d’un tel homme, de son aménité naturelle, de sa constante égalité d’humeur, de son abord si sympathique et toujours rassurant, de la droiture et de la solidité de caractère ! — A quoi bon? — Ges qualités, vous les connaissiez commemoi. Vous saviez que, chez lui, l’homme privé était à la hauteur de l’homme public, l’un s’expliquant et se complétant par l’autre et que ses malades, ainsi que les enfants du premier âgé, étaient, pour lui, comme une seconde famille. Nous l’avons vu nous parlant, les larmes aux yeux, de certains de ses clients condamnés par la Faculté et qu’il ne connaissait pourtant que de la veille. Quelques amis, préoccupés du soin de sa santé plus que lui-même et redoutant pour lui les fatigues professionnelles qui l’ont fait succomber si prématurément, le conjuraient de faire un choix dans sa nombreuse clientèle; mais, lui, son dévouement était si absolu qu’il ne voulut jamais consentir à abandonner ses chers malades, quelle que fût leur condition sociale. Ce dévouement devait le conduire au tombeau, disons-le à gloire de son nom et de sa mémoire. Hélas ! lui qui avait guéri tant de maux, il ne put échapper aux étreintes du mal impitoyable qui l’a terrassé et qui nous l’a enlevé en si peu de jours !
« Que vous dire encore. Messieurs, pour vous le faire aimer et chérir, comme nous l’avons aimé et chéri nous-même depuis l’enfance ? Dieu seul connaît les secrets de ses bienfaits de plus d’un genre et ce n’est pas trahir ces secrets que de dire l’ardente charité que notre ami apportait au chevet de ses malades. Souvent, après avoir écrit son ordonnance, si le malade était pauvre, combien de fois a-t-il laissé discrètement, sur la cheminée, le prix des médicaments? Get argent qu’il recevait du riche, il en donnait une partie aux pauvres et s’il n’avait pas eu une famille à pourvoir, il le leur aurait laissé tout entier, Tel était le D r Despaulx-Ader,tel était cet homme de bien, cette âme d’élite, ce cœur d’or !
« Eh bien, Messieurs, cet homme rare, cet homme de tant de mérite et de vertu, était,— vous le dirai-je?— arrivé au déclin de sa carrière; il avait, comme médecin du Bureau de bienfaisance, donné gratuitement ses soins aux indigents pendant plus de trente ans, et, cependant, il n’avait pas encore reçu la décoration, qui, si glorieuse, qu’elle soit, se fût honorée
encore en se plaçant sur une telle poitrine. Tout le monde étaitsurpris de cet injuste oubli; lui seul n’en était pas étonné.
« La Providence, qui semblait l’avoir négligé, lui réservait un honneur plus haut. La guerre et le siège de Paris montrèrent dans notre ami des qualités d’énergie qu’on n’y aurait peutêtre pas soupçonnées. Membre de la Société de Secours aux blessés. Chirurgien de la garde nationale, le D r Despaulx-Ader se prodigua pour la défense de son pays. Disons mieux : il se multiplia, se portant partout avec le même dévouement, soignant les blessés, tantôt à l’ambulance des Champs-Élysées, tantôt sous la mitraille du plateau d’Avron. C’est alors qu’il reçut la croix de la Légion d’honneur, récompense tardive, mais qui consacrait, pour le D r Despaulx-Ader, une double gloire, celle des services civils et celle des services militaires. Digne couronnement d’une belle viei
« Adieu, ami ! — Ton nom demeurera inscrit au Livre d’or des bienfaiteurs de l’Enfance et de l’Humanité, comme il reste gravé dans le cœur de nous tous 1 »