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Le Dr Jean Mac-Mahon

Nous espérons bien qu’un jour on fera le Dictionnaire biographique des Médecins recommandables de la France. Il serait temps que l’on -donnât une place au soleil à ces membres de la profession, qu’une modestie exagérée, une timidité naturelle, et des circonstances particulières, ■ont laissés mourir presque inconnus, oubliés , quoique leur vie ait été noblement remplie, et qu’ils aient rendu d’éminents services à leurs •concitoyens...11 serait bon, équitable, que sans avoir la prétention d 'illustrer ces morts ignorés, •et de leur garantir l’immortalité, on ne s’en tînt pas à des actions glorieuses, à des noms célèbres, à des découvertes bors ligne, mais qu’on signalât, précisément parce qu’ils sont restés dans l’obscurité, des actes dont l’humanité s’honore, des traits auxquels la morale applaudit, un heureux concours dans la spécialité des arts ou des sciences.

Le médecin dont nous allons esquisser à grands traits la vie, fut précisément un de ces ho'mmes-là.

Jean Mac-Mahon naquit en Irlande, dans le comté de Limeriék, en 1719. Il descendait d’une famille noble et ancienne, mais qui, comme tant d’autres maisons- catholiques de la Grande-Bretagne, était devenue la victime de son zèle pour le maintien de ses principes religieux. On va même jusqu’à faire descendre directement cette famille de Mahon, le fils du roi Murtogh

O’Brien, qui mourut en 1119, après avoir régné vingt ans.

Quoi qu’il en soit, notre Jean Mac-Mahon était fils de Térence Mac-Mahon, de Leadmore, et de Demoiselle Springham Clarke (1).

Plusieurs de ses ancêtres, après avoir fait inr ilement de généreux efforts dans leur patrie, au service du roi catholique Jacques II, durent, après les batailles de la Boyne (1690) et de la Hogue, suivre la mauvaise fortune de ce prince lequel, comme on le sait, dépossédé de sa cou- . ronne par son propre gendre Guillaume de Nas sau, se réfugia en France, à la cour de Louis XIV, où il mourut, pensionnaire du Roi Soleil, le 6 septembre 1701 :

Les Mac-Mahon, les d’Asthol, les Mac-Instoeh se soulevèrent.

(Waltek Scott.)

Jean Mac-Mahon arrivait lui-même à Paria en 1735- Destiné d’abord à l’état ecclésiastique, il entra dans la communauté des clercs irlaadai qui y était établie. Il fit dans cette maise i ses humanités avec le plus grand succès ; il jie réussit pas moins en philosophie ; il avait pot r les mathématiques et pour la physique un goût décidé. Il s’appliqua ensuite à l’étude de la théologie, ou il aurait également réussi s’il eût suivi cette carrière. Mais, entraîné par l’exemple

(1) Archives (brûlées) de l’Hôtel-de-Ville ce

d a de ses parents, dont nous parlerons plus 1 , , 51j et qui s’était fait médecin ; appelé aussi,

9 doute, par une voix secrète qui lui disait que 1 rude des sciences convenait mieux à ses aptitudes, le futur ami de Voltaire choisit définitivement la médecine, dont il avait vu la profesyn singulièrement honorée en Angleterre et en Irlande*

A cette époque, c’était assez l’habitude que les aspirants aux lauriers hippocratiques vinssent demander à la Faculté de Reims un premier bonnei doctoral, qu’ils comptaient bien rehausser de celui de l’Ecole de Paris.

Mac-Mahon se conforma à cet usage, et fut céé docteur de Reims.

Puis, il revint vite à Paris, suivit dans leurs vi- 'sitris les praticiens les plus renommés de lacapiet obtint une place de médecin dans l’arir . médecin de rhôpital de Neuf-Brisack, ir ccin de l’hôpital de Colmar.

ielques années après—le 3 septembre 1750,— les octeurs régents de la rue de la Bûcherie le d . raient digne d’entrer dans leur compagnie, et le c’ffaient du fameux bonnet carré, de ce bonr merveilleux qui donnait à celui qui le portai le droit de médiciner, de saigner et de p :fiY,urbi etubique terrarum. On sera peutc ' . mieux de connaître le sujet de thèse que le ;< ipiendaire avait choisi :

A.- cntanenrum affectuum communia > Causa ?

sit > Therapia?

-’eu de temps après, nous trouvons Mac- Mi-iioa à Berlin, appelé dans cette ville pour pi .dresoin de la santé de Milord Tirconel, ambassadeur de France au pays des Teutons. Son * «ma dite, la douceur de son caractère, sa droiture pc i commune, un attachement sans bornes aux m .i areux, lui attirèrent l’estime du roi de Prutse, et, ce qni lui était plus précieux encore, l’amitié de Voltaire, qui distingua bientôt, dans son compatriote, un amateur éclairé des Lettres, digne, par son savoir et son humanité, de la reconnaissance et de l’affection des gens de bien.

IV retour en France, vers l’année 1770, Mac-

Mahon fut nommé médecin de l’Ecole mifitair Ecole fondée par un édit de 1751, et destinée^ recevoir des élèves de huit à treize .ans, des orphelins d’officiers morts des suites de la guerre ou décédés au service de mort naturelle, ou retirés avec pension, pourvu qu’ils eussent quatre générations mâles de noblesse.

Pendant plus de seize ans d’exercice, notre médecin a répandu dans cette maison tous les trésors de sa science et d’un dévouement sans bornes, portant à ses chers élèves un attachement que rien n’a jamais démenti, regardant comme ses propres enfants ces intéressants pensionnaires que la munificence royale entretenait. C’est en pleines fonctions qu’il mourut, le 5 septembre 1786, rue de Grenelle-Saint- Germain, juste en face de la magnifique fontaine qu’on y voit encore aujourd’hui, si remarquable par ses deux belles statues de la Seine et de la Marne, oeuvre de Bouchardon. Parmi les biens qu’il a laissés, ses héritiers montraient avec orgueil une tabatière d’or enrichie du portrait de Franklin. C’est que Mac-Mahon avait été le médecin, l’ami de cet homme de bien, et qu’en quittant la France, le libérateur de l’Amérique, l’inventeur du paratonnerre, lui avait laissé ce témoignage d’estime et d’affection.

Jean Mac-Mahon avait épousé, le 17 juin 1770, dans la chapelle du cardinal Lemoine, demoiselle Springham Clarke, fille de Jean Clarke et de Anne Springham (1). Il eut la douleur de la perdre à sa première couche. L’enfant né. dans ces malheureuses circonstances fut Patrice Mac-Mahon, lequel, reçu docteur à la Faculté de Paris, le 11 août 1803, après avoir soutenu une Dissertation sur la Fièvre ataxiqae conta-

I gieuse simple, devint bibliothécaire dans nos écoles, et mourut en 1830 ou 1831.

Nous possédons une lettre autographe de Jean Mac-Mahon ; elle est datée du 25 janvier 1765,

adressée à son confrère Verdelhan des Mosles,

(1) Archives (brûlées) de l’Hôtel-de-Ville de Paris.

et a trait à l'inoculation de la petite vérole, opération qui était à cette époque le sujet.de vives contestations, et qui, chaudement patronée par les uns, non moins vivement combattue par les autres, devait être tuée définitivement par la découverte de la vaccine. Notre médecin étant en relations fréquentes avec les médecins de la Grande-Bretagne, et surtout avec Mathy, un des plus fervents défenseurs de l’inoculation variolique, son concours devint très-précieux dans les longues discussions qui eurent lieu à ce sujet dans le sein de la Faculté de Médecine de Paris. Il n’a rien fait imprimer dans ce sens, mais un grand nombre de notes manuscrites, que nous avons vues, démontrent que, rue de la Bûcherie, on a fait appel à son excellent jugement, à ses connaissances spéciales et à sa passion pour la recherche de la vérité. Il n’est pas douteux que sa manière d’envisager la question ne fut pas étrangère à cette décision que la Faculté prit le 15 janvier 1768, et par laquelle elle faisait connaître au monde entier qu’elle « tolérait l’inoculation variolique ® : Tolerandam esse insertionem variolarum (1).

Nous avons plus haut mentionné un parent de Jean Mac-Mahon, qui avait également embrassé la carrière médicale. Il se nommait Jean- Baptiste Mac-Mahon, et naquit aussi à Limerick, le 23 juin 1715. Reçu docteur à Reims, le 4 août 1789, il choisit la ville d’Autun pour sa résidence habituelle, et devint médecin de l’hôpital de cette ville. Nous ne savons l’époque de sa mort ; mais ce qu’il y a de sûr, c’est qu’il fit un mariage brillant. Le 13 avril 1750, l’année même où Jean Mac-Mahon recevait le bonnet doctoral, il épousait Charlotte LeBelin d’Eguilly, veuve de Jean-Baptiste Lazare de Morey, gouverneur de Yézelay, et fille de Jean Le Belin, écuyer, seigneur d’Eguilly, secrétaire du roi, et de Anne de Morey. Charlotte Le Belin était la fcièce de Claude de Morey, marquis de Yiange et baron de Sully.

t 1 ) Rtg. de la Faculté, t. xxiï, p. 838.

De ce mariage naquirent deux fils :

1° Charles-Laure de Mac-Mahon, marqm il© Yiange, maréchal de camp, pair de France (5 novembre 1827), et qui, né à Autun, le 8 mai 1752, mourut célibataire à Nancy en 1828

2° Maurice - François de Mac-Mahon, comte de Charnay, baron de Sully, lieutenant-gêné^ ral ; né à Autun, le 13 octobre 1754 ; m, ié à Bruxelles, pendant l’émigration (1792), à élagie-Edme-Marie Riquet de Caraman, et mort en 1831. Saluons en lui le père de l’illustre Maréchal duc de Magenta, aujourd’hui Président delà République française, né au château de Sully* à deux ou trois lieues d’Autun, le 13 juin 1808.-

De telle sorte que Marie-Edme-Patrice- Maurice de Mac-Mahon, duc de Magenta, estle petit-fils et le parent de médecins ; son grand-père, Jean-Baptiste Mac-Mahon arent été docteur de Reims ; son grand-oncle (?) Joan Mac-Mahon, docteur de Paris ; et son ebueia *?) Patrice Mac-Mahon, également docteur de Paris., bibliothécaire de notre Faculté de Médecine..

On aperçoit aisément, par la pensée, le Président actuel de la République française, lorsqu’il n’était que sous-lieutenant au 4 e de hussards,, cheminant du côté du vieux quartier des Cordeliers, et allant serrer la main à son parent, le modeste et honnête bibliothécaire de la Facu iéde Médecine de Paris.

La profession médicale ne compte plus :Sekillustrations en tous genres : mais il était bon qu’on lui rappelât les liens qui l’unissent au chef actuel de l’Etat.

Au reste r pour rendre plus tangible, en quelquesorte, une filiation qui honore tous les tenants, nous donnons le tableau suivant, résultat de recherches qui nous sont propres, et d’extraits fournis par les Archives municipales d’Autun, que nous devons à l’obligeance de M. A. Albrier, si. connu et si apprécié pour tout ce qui regarde l’histoire de la Bourgogne :

N ce Mac-Mahon L eadmore, épousa : oiselle Sringham

.an Mac-Mahon, né en Irlande, dans le clan de Clarc en 1 1 ' ! docteur de Paris (è sept. 1750); | inédeéiiî de l’Ecole m i 1U a ire; pVort, à P aris. le 5 sept. 1786.

Le 12 juin 1770, il avait épousé de insîselle Springham Clarke. fille de Jean Clarke et Më Anne

Patrice Mac-Maaer -.né en 1770; docteur le Paris (11 août jSoâ); bibliothécaire délia Facujlté; mort en 1830 ou 1831.

Patrice Mac-Mahon épousa demoiselle Marguerite O’Sullivj

Maurice Mac-Mahon Seigneur de Magnien, chevalier de Malte, ca-

Ï itaine au régiment de itz-James. Reçu aux Etats de Bourgogne en

Jean-Baptiste Mac-Mahon, né à Limerick (Irlande), le 23 juin 1715 ; docteur eu médecine de Reims, le 4 août 1739 ; admis à exercer à Autun. le 26 juillet 1742; médecin de l'ho^ital de cette dernière ville. Le 13 avril 1750, il épousa Charlotte Le Belin d’Eguilly, veuve de Jean- Baptiste Lazare de Mobey, gouverneur de Vézelay, et fille de Jean Le Belin, écuyer, seigneur d’Eguilly, secrétaire du roi, et de Anne de Morey, et nièce «le Claude de Morey, marquis de Viange et baron de Sully. De ce mariage naquirent sept enfants parmi lesquels :

Charles Laure de Mac- Mahon, marquis de Vlange, maréchal de camp; né à Autun, le:8 inai 1752 ; nommé pair de France par ordonnance du 5 novembre 1827 ; mort sans alliance, à Nancy, èn 1828.

Maurice-François, comte de Mac-Mahon, ° comte de Charnay. baron de Sully, liéülehant-général des armées; né, à Autun, le 13 octobre 1754 ; mert en 1831. Il épousa à Bruxelles, pendant l’émigration ( 1792), Pélagie - Edme Marie Rrquet de Garaman, née le 12 octobre 1769, mort en 1819.

Gparles-Marie, marquis de Mac-Mahon, capiiaine.de hussards; • -sé je 1793 ; nommé pSlf de France le 18 JuM' C 1828. Il épousa MHpi - Henriette Le PElf-lTER DEROSANBO,

m du pair de France, et fi: tué aux courses d Âplun le 5 sept. 1845.

B. M. P. Jo Marie - Edme - Pa- Eugène... de seph de Mac-Ma- trice-Maürice de Mac- Ma.c-Mahon ; né hon, capitainerie Mahon, duc de Ma- en 1810; officier; hussards (28 oct. céntâ, maréchal de mort au Pelit- 1829) ; mort à Ri- France ; président de Montjeu vers yault-lès-Autun, la. République Fran- 1864.

en 1866. çaise ; né au château

de Sul ly le 13 j uin 1808; marié, le 14 mars.1.854,.

à Élisabeth-Charlotte- Sophie de La-Croix, fille du comte de Castbies.

Cinq filles,, parmi lesquelles •• Marie- Jesephe - Adélaïde de Mac-Mahon, laquelle épousa Augustin-César - Arnoul Ponte, marquis de Nieuil, ancien lieutenant-colonel.

armes de nos Mac-Mahon, qu’il ne faut pas confondre avee celles d’autres Mac-Mahon, >an -s d’Irlande, au titre de lord Hartland, sont : d’argent à trois lions léopardés, de gueule, armes t passés d’azur, la tête contournée, posés l’un sur l’autre. Le duc de Magenta y ajoute un chef le- o de l’Empire, qui est de gueules, semé d’étoiles d’argent.

D r Achille Chereau.

Extrait du Journal des Connaissances médicales pratiques et de Pharmacologie du 15 Juillet 1875. — N° 13.

- Imprimerie de E. Brièi

î Saint-Honoré, 257.

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