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MORT

IMPRIMERIE TH. MERCIER 1, rue Yver, 1

LE D R Jean RIGOCHON

Oui. vous plaindrez sans duute

Et ce brillant midi qu'annonçait mon aurore Et ces fruits dans leur germe éteints avant d eclore. André Chenieu.

Le docteur Ricochon naquit au moulin d'Echiré, le 18 août 1848. On a dit la famille paterçelle originaire de la Gàtine, sa mère venait de Boisragon (!) et appartenait à la communion protestante, l'enfant fut présenté au baptême dans l'église d'Echiré, par la comtesse Dufay dont ses parents étaient fermiers; elle imposa à son filleul le prénom de Jean,

Airault, excellent instituteur, relégué à Breloux à titre de protestant, obtint du Conseil municipal, grâce à ses bons services, la création d'un petit pensionnat où accoururent beaucoup d'élèves des communes voisines; c'est là que Ricochon commença à révéler ses brillantes aptitudes.

Le Lycée de Niort le reçut au sortir de l'école de Breloux, un peu tardivement sans doute, car il avouait avoir éprouvé

(1) Où elle re<;ut en partage l'ancien Logis des Chevaleau de Boisragon, ce qui suggéra plus tard à son fils, la pensée de faire des recherches sur la branche de cette famille passée en Angleterre à la Révocation.

Dès 1896, il avait pu s'enquérir près des dames Layard, issues des Boisragon, venues d'Angleterre pour visiter le berceau des ancêtres. Bientôt après, il entrait en rapport avec les derniers représentants du nom, officiers dans l'armée britannique. L'un, Guy, servait aux Indes, l'autre, Alain-Maxwel, à la Côte d'Ivoire. Ce dernier venait d'échapper, avec un seul autre Anglais, au massacre d'une mission au Bénin.

Cfr. Le capitaine de Boisragon. — Mémorial des Deux-Sèvres du 6 février

quelque difficulté à se mettre au latin. Ce n'en fut pas moins avec une célérité extrême et dans les conditions les plus flatteuses qu'il acheva ses études classiques, étonnant ses condisciples par cette faculté d'assimilation vraiment exceptionnelle qui ne devait jamais se démentir au cours de ses longs travaux si variés, parfois même de nature si abstruse.

Entré à l'Ecole du service de santé militaire de Strasbourg peu d'années avant la guerre, il obtint le n° 1 au classement de sortie. Ricochon se trouvait encore à Strasbourg lorsque cette malheureuse ville fut investie par les Badois. Après la capitulation, on l'envoya à l'armée de Versailles avec laquelle il prit part au siège de Paris.

Aide-major stagiaire au Val-de-Gràce à la paix, il passait sa thèse de docteur devant la Faculté de Paris, le 10 août 1872 (1) et bientôt après débutait dans la médecine civile à Champdeniers, abandonnant sans hésiter une carrière inaugurée sous d'aussi brillants auspices.

Des esprits chagrins ont pu juger intempestive cette détermination hardie depuis longtemps arrêtée dans son esprit, mais le jeune docteur aimait sa famille et sa douce contrée natale ; il n'oublia jamais cette riante vallée de la Sèvre « si belle à voir du pied du grand Ormeau, avec ses deux châteaux historiques de Salbart et de Murçay (2) ».

Au lieu d'obéir à ce sentiment aveugle qui pousse vers les villes nos malheureuses populations rurales, il pouvait, sans trop de préventions, garder l'espérance de voir peu à peu surgir autour de l'humble foyer paternel : considération, honneurs, richesse même ; n'y a-t-il pas quelque gloire à grandir ainsi au milieu des siens ?

En attendant, tout n'était pas couleur de rose dans les

(1) Remarques sur V Aphasie. — Paris, A. Parent, imp. de la Fac. de Méd., 31, rue Monsieur-le-Prince.

(2) Discours au banquet d'Echiré du 15 nov. 1899, à l'occasion de la première élection de son ami Delphin Sagot au Conseil général. — Mémorial des Deux-Sèvres du 19 nov. 1899.

débuts. Ricocbon nous arriva avec la Critiqua dé lu raison pure, de Kant, comme livre de chevet; il n'est que trop vrai que le secours de la philosophie ne devait point lui être inutile.

Aux hommes d'humeur indépendante, les ennemis ne manquent jamais, il est cependant des imputations difficiles à prévoir. Ricochon avait eu une comtesse pour marraine, on osa dire qu'il n'était point baptisé (1).

C'est encore un malheureux procùs, suite de la guerre, qui lui vaut une citation comme témoin, lorsqu'il n'y a que Taire.

D'autres événements le touchent de plus près. La myopie du jeune confrère le rendant fort impropre à conduire un cheval, on le ramasse mal en point au bord des routes. Rientôt après, son cabriolet perdant ses deux roues, il rentre au logis en traîneau, avec une entorse et tellement jaune qu'une grave contusion du foie parait à craindre.

La peur, heureusement, ne donne pas toujours le mal do la peu?. In choc a débouché le flacon de laudanum, le patient s'en est involontairement et si consciencieusement barbouillé que la teinte safran règne uniformément sur la figure et sur les mains. Peut-être ne fus-je pas absolument étranger à cette erreur de diagnostic.

Est-il à pied, il se heurte la nuit à toutes sortes d'obstacles; une fois un bras de charrette l'atteint en plein visage et l'oblige à garder le lit tout comme un pauvre malade.

Les désagréments ne sont pas près de finir Survient une épidémie de fièvre typhoïde, Ricochon la reçoit m présent d'un client mal avisé.

(f) L'abbé Gllillet, curé-doyen de Noire-Darne de Niort, avait publié en i874 à la librairie religieuse rie Niort, à l'occasion d'un prétendu miracle au pèlerinage »le Lourdes du 2 juillet 1X73, la <inrrisnn th- (luthrritu

Le h r llinirhnn publia, sous le même titre, une critique médicale (anonyme), — Mthitonal <kn Ltettr-Sewvs* n AS des % 5 et 9 mai 1874, — Serait-ce une réponse aux taquineries dont il avait été l'objet a son arrivée A Cliampdeniers ?

A la Raynerie de Xaintray, un chien lui fait éprouver au mollet ce mal que Rabelais jugeait déjà le plus cruel de tous les maux de dents sans songer cependant à la contagion possible de la rage. Il n'en pouvait être de même pour Ricochon, témoin au même moment de l'agonie d'un hydrophobe (1), il faut dire encore que le succès d'une cautérisation, retardée par Péloignement, semblait peu probable.

Ses appréhensions redoublèrent à la visite suivante en apprenant que le chien *était en fuite. Il se crut irrévocablement perdu, prévint ses amis, prit ses dernières dispositions et passa la nuit qu'on devine. Le calme revint cependant au retour du chien simplement en quête de bonnes fortunes.

A quelque chose malheur est bon, le jeune praticien voulut étudier à fond la maladie redoutée. Il est fort à croire que l'accident de la Raynerie, survenant après le cas de rage observé, provoqua l'idée du mémoire honoré du premier prix au Congrès tenu à Besançon, en 1893, par l'Association française pour l'avancement des sciences. (2)

A ces études sur la rage se rattache un article inséré dans la Gazette de Médecine et de Chirurgie, en décembre 4892 :

(1) Un cas de rage paralytique chez V homme, par le Dr Ricochon, 15 janvier 1887. — Extrait de la Gazette hebdomadaire de Médecine et de Chirurgie. — Bourloton, imprimeries réunies, 2, rue Mignon, Paris.

(2) De la rage dans les Deux-Sèvres (1807-1892). Conclusions d'un mémoire couronné par l'Association française pour l'avancement des sciences, au Congrès de Besançon (1893).

Extrait de la Gazette hebdomadaire de Médecine et de Chirurgie (février 1894). — Imp. des Arts et Manufactures et Dubuisson ; G. Masson, éditeur, 120, boulevard Saint-Germain.

Cfr. Rapport par MM. Weber et Teisserenc de Bort, sur les mémoires présentés au concours relatif aux recherches sur la répartition et la prophylaxie de la rage, dans le compte-rendu de la vingt-deuxième session de l'Association française poar l'avancement des sciences, tenue à Besançon en 1893. T. 1, pp. 153-156 et Revue scientifique. — Paris, bureau des Revues, 111, boulevard Saint-Germain; tome 52, n° 6, 5 août 1893, 173-177.

Deux cas m série de paralysia tisreittlante généralisée (maladie de Landry ou rage paralytique). (1)

Parallèlement à son enquête sur la rage, Ricochon en poursuivait une autre sur le tétanos en se conformant au désir manifesté par le professeur Verneuil (CFr. Gazette hebdomatlaii r fie Médecine cl de (Ihirurgic^ du ±2 ocLobtv 1880). Telle est l'origine de Y Etude clinique sur Vétiologie du tétanos, qui parut dans la Gazette hebdomadaire de Médecine et de Chirurgie à une époque que nous ne pouvons malheureusement fixer. L'extrait porte le n<> 16.216. (2)

La série des mémoires relatifs à la tuberculose est Tune des plus importantes.

Ricochon publiait, en 1888, dans le premier volume des Eludes expérimentales et cliniques sur la tuberculose^ sous la direction du professeur Verneuil, Paris, G. Masson : De la tuhen-ttlosr tlttus 1rs campagnes (Fragments d'études) Dé la pleurésie a frigore (3).

Il assistait aussi, en 1888, à la première session (du 25 au 31 juillet) sous la présidence du professeur A. Chauveau, du Congrès pour l'étude de la tuberculose chez l'homme et chez les animaux et Ton trouve aux comptes rendus : Les familles des tuberculeux^ de leurs états pathologiques habituels, du t (Train t u bereu l isa ble (4).

En consciencieux praticien, il poursuivait ses recherches, toujours en quête d'appréciations exactes, sans se préoccuper des modilications à apporter à ses premières conclusions, en présence des nouveaux cas observés. C'estainsi qu'il communiquait à la quatrième session du Congrès de la tuberculose en 1898 ; Cas de tuberculose en série dans un village et Vin-

(1) Extrait. — Iiap. des Arts et Mari» factures et Dubuisson,

(2) Extrait, — Iinp. réunies, 4, rue Mignon.

(3) KxtraiL — G, Masson, éditeur, 1888.

(4) Extrait — 6, Masson, éditeur, 1889, Paris; typ. G. Chamerot, 19, rue i\i s Saints-W'ivs.

fluence réciproque des tuberculoses civiles et militaires (avec plan du village) (4).

Dans la première de ces études (observations 4 et 5), est mentionnée une communication à la Société médicale dans la séance du 26 novembre 4896 qui ne nous est pas parvenue.

Enfin en 1899, on trouve encore dans la Revue d'hygiène et de police sanitaire la relation d'Une épidémie rurale de tuberculose (2). Il s'agit d'une autre série de douze cas analogues aux précédents.

Sa présence à la deuxième session du Congrès français de médecine à Bordeaux, fen 4895, nous fournit une nouvelle preuve de cette activité scientifique toujours en éveil. Il y produisit une étude sur une affection jusque-là peu connue : Œdèmes aigus récidivants de la peau (cas familiaux), Essai sur leur pathogénie (3).

Ricochon songea à donner une note sur un cas de persistance à l'époque actuelle de stigmates avérés de la lèpre (maladie de Zambaco). Des moulages devaient y être joints; il n'en a point été trouvé trace dans ses papiers.

On pourrait à la rigueur ranger parmi ses œuvres médicales : La maison hantée d'Yseures. Réfutation [scientifique] des faits relatés par M. R. Duplantier, où il est question de bruits insolites attribués par l'auteur de la réfutation, à la simulation (4).

Nous trouvons enfin à son actif deux conférences faites à l'Union des Femmes de France, salle du Musée, à Niort, en février 4900 et le 31 janvier 4901 .

Dans la première, qui n'a peut-être pas été publiée, Ricochon a traité des poussières ménagères ; dansla seconde, reproduitedans le Républicain de rOuesl(S) du 7 février 4904, il a longue- Ci) Extrait. — G. Masson, éditeur; imp. Lemale, au Havre.

(2) Rxtrait. — G. Masson, éditeur ; imp. Paul Dupont, 4, rue du Bouloi.

(3) Bordeaux, G. Gounouilhou, imp. de la Faculté de Médecine, 11, rue Guiraude, 1896.

(4) Mémorial des Jh'n.r-Si'rrrs du 11 mars 1807.

(5) Journal de Niort.

ment parlé de la prophylaxie de la fièvre typhoïde et de la tuberculose, de la surveillance à exercer sur les aliments et de la dësinfeelion des déjections des malades.

Tant de laborieuses études disent assez ce qu'on pouvait attendre d'un plus long exercice, mais Ricochon n'atteignît même pas cette moyenne de cinquante-quatre ans si fatale à la médecine. Il fut, on peut le dire, victime du devoir professionnel. Déjà gravement atteint, il avait du se faire suppléer dans l'espoir de recouvrer la santé au bord de la mer; trop tôt revenu, il reprit inconsidérément ses visites et tomba pour ne plus se relever*

S'il mourut avant d'avoir vu l'eau jaillir dans le réservoir posé au point culminant du plateau de Champdeniers, il avait assuré la réalisation de cette audacieuse entreprise en décidant le Conseil municipal à voter un emprunt de 00,000 fr M somme énorme pour eon mince budget. Aujourd'hui la canalisation s'étend aux quartiers les plus reculés de la petite agglomération urbaine, de nombreuses bornes- fontaines suffisent amplement à tous les besoins et l'eau si salubre du puits Picard (1), amenée de loin à grands frais, répond aux exigences de l'hygiène la mieux entendue* Les concessions très demandées permettent même d'assurer le solde de l'amortissement avant le temps prévu. Aussi un si grand bienfait reçoit-il d'unanimes éloges* N'oublions pas cependant que le projet, malgré tout ce qu'on en devait attendre, fut vivement contrecarré au début. Ricochon rencontra une opposition formidable où tout intervint, jusqu'à la politique. L'affaire fut emportée de haute lutte; ses efforts rendront sa

(1) L T ri branchement permet, en cas d'insuffisance du puits Picard, d'utiliser IYsiu de la Grande Fontaine située au pied du coteau sur lequel le bourg est bâlï. Tel était le premier projet qu'eut l'honneur de présenter au Conseil municipal feu M, Pascal Fayard, alors maire de Ghaïupdemere. Pour en faciliter l'exécution, M, Fayard fit don à la commune, dune p;n i rlle de terrain eontigllf à la tïratidc Fontaine ; c'est la que s'amorce le branchement.

mémoire plus chère aux habitants de Champdeniers qui ont pu voir s'accomplir, grâce à son active persévérance, un vœu légitime, trop longtemps stérile.

Au Conseil général, où il me remplaça en 1895, Ricochon rencontrait une autre épineuse affaire pendante depuis l'ouverture de la ligne de l'Etat, le 23 octobre 1882. Champdeniers devait figurer sur le tracé du chemin de fer et malgré de solennelles promesses, au dernier moment et sans que rien pût le faire prévoir, la gare se transportait à plus de quatre kilomètres, sur le territoire de Saint-Christophe-sur-Roc. Pour l'atteindre, par une route montueuse et difficile, il fallait traverser la commune de Saint-Denis dans toute sa largeur. Protestations réitérées, sollicitations de toute nature, rien n'avait pu empêcher cette odieuse spoliation. Il restait bien la perspective d'un embranchement mais on ne savait que trop ce que valent les promesses. Si mince que fut l'espoir, Ricochon ne le perdit pas de vue. A la session d'août 1898, une lettre au Conseil général signalait encore les inconvénients de toutes sortes résultant pour Champdeniers de l'éloignement d'une gare dont le nom ne pouvait passer pour un euphémisme (1).

Mon honorable successeur sollicitait une délibération conforme à ses désirs — elle eût été la huitième ! si j'ai bien compté — sans pouvoir l'obtenir. Toute idée d'embranchement de la voie ferrée était cette fois abandonnée pour ne point retarder l'établissement d'un tramway à vapeur de Coulonges à Saint-Maixent, alors classé en première ligne. Ricochon porta, dès lors, toute sa sollicitude sur la question du tramway. Le tracé vient d'en être soumis à l'enquête, mais hélas ! nous attendons encore l'exécution des travaux.

Il n'avait pas attendu jusqu'au jour de sa promotion au

(1) Chemin de fer de Niort à Montreuil-Bellay, embranchement de Phlé à Champdeniers. Lettre de M. le Dr Ricochon à MM. les membres du Conseil général des Deux-Sèvres, sans pagination ni nom d'imprimeur.

Conseil général pour prendre une part active à nos luttes politiques. Au 16 et au 24 Mai, lors du Boulangisme, en temps d'élections, on le voit toujours sur la brèche. Par ses actes, sa parole, sa plume alerte et mordante, il soutient fièrement les vrais principes républicains et les discours prononcés sur sa tombe sont un éloquent témoignage d'une reconnaissance méritée (1).

Ricochon aimait peu à parler de lui, une seule fois, au banquet d'Echiré (2), entouré de ses compatriotes et leur retraçant en quelques mots l'histoire de sa vie, il leur rappelait que peu s'en fallut, au 24 Mai, qu'il ne fût compris dans les poursuites dirigées contre le Mémorial.

Ceux qui voudront le juger comme écrivain politique, ce que nous ne saurions faire dans cette courte biographie, auront à consulter trente années de cette feuille, ils le retrouveront encore au Progrès, journal républicain des deux cantons de Saint-Maixent (3).

En 1874, lors de la compétition de MM. Antonin Proust et - Alfred Monnet au Conseil général, pour le 1 er canton de Niort, Ricochon eut une idée géniale en engageant une polémique en patois.

Quatre articles en Poitevin parurent dans le Mémorial (4) sous le pseudonyme de Jeandu. Si on en croit l'auteur, la langue de Saint-Yon, Drouhet, Babu et Gusteau, ne serait

(1) Mémorial des Deux-Sèvres du 8 niai 1902. Les obsèques avaient eu lieu le G.

(2) Mémorial des Deux-Sèvres du 19 nov. 1899.

(3) Ne possédant pas la collection complète de ce journal, nous ne pouvons citer que les articles suivants : M. G. Richard et le Comité (iuérard (numéros du 30 oct. et 6 nov. 1898) ; le Blé, numéro du 16 juil. 1899 (jugement sur la prochaine récolte).

(4) 1874, numéros des 26 et 29 sept., 1er e t 3 oct. Dans ce même numéro du 3 oct. parut un second article en patois, signé Lizet Jacotea, labourou (Delphin Sagot) c'est une réplique à Gdtepoua (Dr Moussaud), qui avait attaqué Jeandu dans la Revue de V Ouest. — Jacotea reparaît le 6 oct. et la série finit le 10 oct. par un article signé Jeandille, cousin de Jeandu.

point d'un maniement facile; toujours est-il que le succès fut énorme, d'abord près des électeurs et plus tard, près des patoisiers de race. Une revue allemande même en parla (1). Ricochon ne s'était pas contenté de traduire, vaille que vaille, dans le vieil idiome populaire, un article composé en Français, il avait su, chose dont on trouverait difficilement d'autre exemple depuis Boiceau de la Borderie, s'inspirer du génie même de notre patois.

Ses amicales communications, au temps de mes recherches sur le folk-lore, m'avaient déjà prouvé sa parfaite connaissance de tout ce milieu rural où il était né : coutumes, mœurs, traditions, légendes, romancero, rien ne lui était étranger. Nul n'était mieux armé pour de pareilles études, aussi paraltra-t-il regrettable qu'il s'en soit tenu à de trop courts articles sur la Varvadku (2), insérés dans Le Temps, de Paris (3), et le Pays Poitevin (4).

Du folk-lore à la poésie la transition est facile. Ricochon a fait imprimer à Niort, chez M. Th. Mercier, en 1886, un livret anonyme sous ce titre : Dates et souvenirs. Sonnets.

Nous nous bornerons à rappeler qu'il lui valut une lettre élogieuse et fort encourageante de Sully Prudhomme.

Auguste Gaud a donné dans le Mémorial du 8 novembre 1902, une critique littéraire de ce petit recueil. C'était l'œuvre d'un poète exquis, disait-il dans son discours du jour des funérailles (5), d'heureuses citations prouvaient que cette appréciation n'avait rien d'exagéré.

(1) Zeilschrifft fur Romamsche Philologie, t. VII, 565.

(2) Vieille prière ou moralité chrétienne.

(3) Numéro du 17 septembre 1898.

(4) Revue mensuelle qui n'a eu que dix-huit livraisons, Ligugé (Vienne). Numéros du 6 décembre 1898, notes et enquêtes III et du 8 février 1899, notes et enquêtes XIII, XI V. — Cfr. Revue de la Saintonge et de VAunis, I. 1889, 42-43.

(5) 6 mai 1902, voyez le Mémorial des Deux-Sèvres du 8 ; Aug. Gaud fait allusion aux paroles de Ricochon lors de l'inauguration du médaillon du poète Emile Dutiers, à Echiré, le 16 oct. 1898, et il y a lieu de croire qu'il y eut, à cette occasion, un discours qui ne nous est pas parvenu.

La brochure, dédire <t aux hôles et aux invités de Puyraveau », contient, en y comprenant le prologue et l'épilogue, seize morceaux en tète desquels apparaissent les noms de M. Louis Tribert, sénateur; deM IK * Louise et Hélène Tribert; de M. et H* w Paul Mercier ; de M Prosper Jouueau, céramiste, et de M 1 * Allard, cantatrice.

Happe! lerai-jo que pendant son séjour à Puyraveau, cette artiste vint chanter une nuit, au château Salbar, le grand air de la Dame Blanche. Ce fut Tune des plus heureuses initiatives de notr e vieil ami M. Louis Tribert, tel est le thème de la V r poésie.

Après la publication de V Histoire de Champdeniers, le sénateur avait voulu visiter le château de Rochechouart, berceau •le la famille de nos anciens seigneurs et celui de La Mothe- Chandenier, près de Loudun, auquel la branche des Roche* chouart, dite de Chandenier, a laissé le nom de son manoir de la (latine. Au cours de celte dernière excursion, il découvrit le magnifique dolmen de Pierre-Kolle ; ridée lui vint de recevoir sous son énorme table la nombreuse société qu'il se proposait de mener à La Mothe. Ricochon prit part à ces agapes champêtres (3 juin 1886), Roche-Folle lui a inspiré les vers nobles et patriotiques de la pièce XL

La Rêverie dam l'allée de huis (l)qui semble attendre encore les masques de Watteau, évoque le souvenir de la merveille de Puyraveau. Le folk-lore n'a laissé de trace bien évidente que dans le sonnet : Au gui Van neuft (pièce IX), reproduit dans la Revue de Bordeaux et du Sud-Ouest (Bordeaux et Paris, N. Chambellan, directeur), livraison du l lîr janvier 1893.

Ricochon s'est déjà fait connaître sous bien des aspects (2); nous allons assister à un autre avatar, est-ce bien le dernier dont il nous resterait à parler? Nous n'oserions le dire. Cette fois, il se révèle comme épigraphiste et, toujours en quête de

(li Poésie XIV.

(2) N'oublions pas une touchante histoire d'enfoui (Strasbourg, 18G9) ? msHrc dans le supplément littéraire du Màmoriui tin Deu&SèvrtB du SSf décembre W^.

difficultés nouvelles, s'en prend à des inscriptions dont les savants de France, d'Angleterre et d'Allemagne, laissent l'interprétation indécise. Les siennes ont été produites dans deux brochures successives qu'il intitule ainsi :

A. — Tablettes et formules magiques à double sens, l re série. La tablette de Poitiers et une formule Byzantine tirée des Anecdota Graeco-Byzantina de Vassilev. Mosquae 1893 (1).

B. — Tablettes et formules magiques, 2« série. La tablette picto-latine de Rom (in e ou iv e siècle). Une formule Byzantine de l'année 1495 (2).

La première de ces tablettes a été trouvée à Poitiers à une époque déjà ancienne, l'autre provient d'une découverte assez récente faite à Rom, par M. Blumereau, notaire.

Il nous est impossible de le suivre sur ce nouveau terrain. Tout au plus pourrions-nous dire que ces études abstruses l'occupaient encore pendant sa dernière maladie. Peut-être les lettres que nous lui écrivions alors existent-elles encore. Il nous demandait de vérifier sur place les inscriptions restées indéchiffrables des Nautes Parisiens conservées au Musée de Ctuny.

Qui l'eût pu croire aussi près de sa fin? Heureux époux, père de deux charmants enfants — le couple du roi — rien ne manquait à son bonheur, et la mort, l'impitoyable mort' est venue !

Le docteur Ricochon s'est éteint à Champdeniers le 4 mai 1902; deux jours après une foule énorme le conduisait à sa dernière demeure. M. le préfet Sagebien, M. Guy Disleau, député, M. Eugène Proust, conseiller général, eurent l'honneur des premiers discours, M. le docteur Granet, de Saint- Maixent, prit ensuite la parole au nom du corps médical des Deux-Sèvres, M. Paul Mercier exprima les regrets de la rédaction du Mémorial des Deux-Sèvres, M. Georges Clouzeau, ceux

(1 et 2) Vienne, Ogeret et Martin, imp.; Paris, Alph. Picard, éditeur, 82, rue Bonaparte ; s. d. pour les deux.

des anciens élèves du Lycée, les compatriotes du défunt eurent pour interprète M. Delphin Sagot, conseiller général du premier canton de Niort, les habitants de Champdeniers, M. Geoffriault, instituteur, M. Auguste Gaud enfin, rendant en quelques mots rapides hommage à l'homme de lettres (1), lui consacrait plus tard un touchant souvenir (2).

Le jour même des obsèques, M. Henri Gelin publiait une notice nécrologique bien documentée dans le Mémorial des Deux-Sèvres. Elle n'omet rien d'essentiel, on n'en saurait demander davantage à une œuvre forcément improvisée.

Le 14 mai 1902, le Mémorial des Deux-Sèvres proposa d'élever un monument à Ricochon, il reçut le 27 l'adhésion de M. Th. Girard, sénateur ; le 29, celle de son collègue Emile Garran. Au commencement de 1905, le chiffre des souscriptions atteignait une somme assez élevée pour espérer une prochaine réalisation du vœu de tous les amis du savant docteur.

Cette notice m'avait été demandée en 1902 alors que j'habitais Paris; il m'a été impossible d'en réunir les éléments avant mon retour à Niort, où cela ne s'est pas fait sans peine. Ricochon peu préoccupé de sa gloire posthume, n'a point laissé la liste de ses publications, et il n'en avait pas par devers lui la série complète au moment de son décès. Donnant au hasard, jusqu'à complet épuisement, il advint encore que ses plus intimes amis ne furent pas toujours pourvus. Aussi, pour obtenir un résultat, sans doute précaire, ai-je dû recourir à bien des obligeances. Mentionnons tout d'abord M me Ricochon, puis MM. Henri Gelin, Alphonse Farault et Léonce Cathelineau. La part ainsi faite à mes collaborateurs, il ne restera plus qu'à offrir une œuvre de bonne foi, ce sera

(1) Ces discours sont reproduits dans le Mémorial des Deux-Serves du 6 mai 1902.

(2) Mémorial des Deux-Sèvres du 8 novembre 1902,

parler comme Montaigne sans avoir la ridicule prétention de lui ressembler.

Comme il importait que l'œuvre de notre ami fût mise à la disposition des travailleurs, j'ai pu, grâce à la générosité de la pauvre veuve et à un petit apport personnel, déposer à la Bibliothèque de la ville de Niort, la série à peu près complète de ses publications ; c'est un dernier hommage à son souvenir plus précieux que cette insuffisante biographie.

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