‹ Le drac drame fantastique en trois actesChapitre 11 sur 55 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

j’ose te brûler l'herbe qui, à ce qu’on dit, te fait apparaître. Viens,

DraC, viens 1 (Elle allume l'herbe A lo lampe de In Notre-Dame, la jette A terre, et, comme effrayée de son évocation, tombe A genoux, la figure dans ses mains.)

LE DRAC ( Fleur-de-Mer transformé) apparaît, chancelant et comme enivré.

Me voilà!

FRANCINE, jetant un cri.

Ah!... — Ah! que j’ai eu peur! mais c’est toi, mon pauvre petit Fleur-de-Mer! sauvé! (Elle lui prend les mains.)

LE DRAC, tressaillant.

Oh! Francine ! que ta main est douce!

FRANCINE

Dis-moi, et la barque?

LE DRAC

Sauvée aussi.

Qu’as-tu donc? on dirait que tu ne peux plus marcher?

LE DRAC, souriant do lui-même.

Marcher... moi... je... Non, je ne sais pas encore...

FRANCINE

Un peu d’étourdissement? Dam! après un danger pareil! Assieds-toi ! (Elle le conduit ou banc, A droite.) Appuie-toi sur moi.

LE DRAC

Ah! je respire ton haleine.

FRANCINE

Comme tu es ému !

LE DRAC

Je suis ému?... Ah! oui, jo me souviens. C’est que je suis heureux, Francine! c’est que tu vas être heureuse! c’est que je t’apporte le bonheur!

FRANCINE

Tu as des nouvelles de Bernard ?

LE DR AC

Oui.

FRANCINE

Il va revenir?

LE DRAC

Mieux que ça, il est revenu.

FRANCINE, s’asseyant près do lui.

Oh! parle, parle vite!

LE DRAC

Oui, à présent, je peux te parler, je peux tout dire. Écoute : le Cyclope est entré, ce matin, en rade de Toulon; il ramenait Bernard, ton ami, mon ami; car, à causo de toi, je l’aime! Et aujourd’hui, tout à l’heure, Bernard sera ici.

FRANCINE, se levant.

Ah! Dieu boni Mais comment sais-tu?...

LE DRAC

Je te dis que je sais tout. Bernard, quand il est parti, était jaloux et violent; il avait menacé ton père; il est presque cause que ta mère est morte. Eh bien, Bernard revient corrigé; Bernard a un beau grade; Bernard t’aime plus et mieux qu’il no t’a jamais aimée.

FRANCINE

Oh! Bernard! mon pauvre cher Bernard! Quelle joie! quelle joie!

LE DRAC, avec un commencement d’amertume.

Ali! oui, tu es bien heureuse!

Si je suis heureuse! oh! il n’y a pas de mots pour le dire! Mais, de ma vie, je n’ai été si heureuse!

LE DRAC, douloureusement.

Dis donc, tu l’es trop I

FRANCINE

Ah! c’est vrai ; j’en oublie de te remercier, mon pauvre petit.

Page 1