ACTE PREMIER
BERNARD
Tu rêvais donc de moi ? Ab I Francine, si tu rêves de moi, c’est que tu m’aimes encore.
FRANCINE, sévère.
Vous croyez, Bernard?
BERNARD
Je crois?... Non, je ne crois plus, puisque tu me reçois si froidement. Je sais bien que j’ai tout fait pour que tu me méprises, pour que tu me détestes. Ah! cependant, si tu pouvais voir le fond de mon cœur, tu aurais plus de pitié que de rancune.
FRANCINE
Je n’ai pas de rancune. Je suis contente que vous soyez redevenu honnête homme et bon sujet. J’en remercie le bon Dieu, mais...
BERNARD, douloureusement.
Mais ce n’est pas une raison pour m’aimer.
FRANCINE
Bernard!... Pourquoi donc voulez-vous que je vous aime?
BERNARD
Parce que je t’aime toujours, moi ; parce que je t’ai toujours aimée, même dans le temps où je te faisais souffrir. Mais toi, tu no pouvais pas comprendre mon emportement : tu étais si douce et si raisonnable! Tu l’étais trop. Tu ne parlais jamais que d’obéir à ton père. Moi, j’étais pauvre, et furieux do l’être. J’étais jaloux, défiant, colère. — Et puis, il y avait le vent de nos côtes, le vent d’Afrique; quand il soufflait, ce scélérat de vent-là, c’était plus fort que moi, je devenais comme un fou. — Je voulais partir pour m’enrichir, et, comme ça m’enrageait de te quitter... Bref, le diable s’était mis dans ma vie, et j’étais pire qu’un chien!... Mais, à présent, oh! Francine, mets-moi à telle épreuve que tu voudras, et je réponds de moi.
FRANCINE, émue.
Bernardl...!! faut présentement que j’aille retrouver mon père.
LE DRAC
BERNARD
Si j’y allais avec toi? Oh! va, il m’écouterai je n’aurai pas honte de me confesser, j’endurerai les reproches, je me soumettrai à tout.
FRANCINE
Et ma mère? Elle vous pardonnera?
BERNARD
Celle-là, oh! oui! une femme si bonno, si patiente! un cœur si doux! elle qui, avant mes sottises, m’aimait tant! elle, l’amie de ma mère à moi! elle que j’ai tant fait rire... et tant fait pleurer! Où est-ce qu’elle est?
Ah! malheureux! tu demandes où elle est?
BERNARD
Mon Dieu! est-ce que?....
FRANCINE
Elle t’aVait tant aimé, Bernard !
BERNARD, tombant assis sur un quartier de roc, et fondant en larmes.
Oh! [pauvre femme! la meilleure femme!... Et je serais une des causes... J'aurais dû m’attendre à ça. Et moi que je comptais sur elle pour être pardonné. Ah! me voilà trop puni, et la justice du bon Dieu ne pouvait pas trouver mieux pour me percer le cœur.
FRANCINE, adoucie.
Tu vois bien, Bernard, que, quand môme je t’aimerais encore, je ne pourrais plus jamais en convenir.
BERNARD
Eh bien, si fait! c’est justement pour ça! Pense donc, quelle chose est-ce que je peux faire pour consoler la pauvre âme? Qu’est-ce qui lui ferait plaisir si elle vivait? Qu’est-ce qu’elle me commanderait? Va! Francine, elle n’avait qu’une idée, qui était de nous marier, à la condition que je serais digne d’elle et digne de