ACTE DEUXIÈME
Des sous d’argent !
LE DRAC
Non.
ANDRÉ
Suis-je bôle! c’est de 1 or! {Le Drac, triomphant, se met à rire.) Do gros doubles louis. Ah! par saint André! il y en a pour trois ou quatre mille livres. Ah! de l'or! que d'or!
LE DRAC, se penchant diaboliquement derrière lui.
Oui, de l’or! vois et touche ton rôve! Vieillard accablé de fatigue, tu vas donc mourir sous ce misérable toit de roseaux? Le vent d’hiver secouera ta porte mal jointe; la pluie ruissellera sur tes vitres enfumées!...
ANDRÉ, maniant les coquilles en frémissant.
Et je pourrais, si cet or-là était à moi, m’acheter dans la plaine une bonne bastide bien meublée, avec un beau jardin plein do fruits!
LE DRAC
Et au loin, bien loin, l’horizon bleu de la mer, l’ancienne maîtresse fantasque et farouche, devenue l’amie des souvenirs do vieillesse.
ANDRÉ
Et, dans ma chambre, de ces belles images en couleur qui vous font voir au naturel...
LE DRAC
Les naufrages dont on est sorti, les désastres qu’on ne craint plus. Et l’or, cet or, peut te donner tout cela.
ANDRÉ, effaré.
Ah! qui l’a mis là, cet or? Est-ce Bernard? est-ce le produit d’une prise? Est-ce Lesquinade? est-ce l’argent de sa barque? A qui cet or?
LE DRAC
A toi. S’il est à Bernard, renie le dépôt; s’il est à Lesquinade, renie la dette. L’or est à toi.
LE DRAC
ANDRÉ, se secouant et se levant.
A moi? non, oh! non, par exemple !... Ah! le vilain rêve! — Mais, enfin, à qui est l’or?...