‹ Le drame chrétien au moyen âgeChapitre 43 sur 58 · LE PREMIER · texte numérisé non relu

LE PREMIER

Or ces femmes nous racontèrent Une étonnante vision, Car des anges leur annoncèrent Du mort la résurrection ;

Quelques-uns de nous se hâtèrent Et ce récit vérifièrent ; Exact de tout point le trouvèrent ; Mais pour lui, ne le voyant pas, Ils s'en revinrent sur leurs pas, Ainsi qu'ils nous le déclarèrent.

LE VOYAGEUR

Quoi ! vous doutez, vous instruits sous sa loi, O cœurs tardifs 1 hommes de peu de foi ! Ignorez-voQS ce qu'ont dit vos prophètes .'' Tous d'âge en âge ils -ont parlé de lui, Sa gloire avant la lumière avait lui.

Son nom remplit vos cantiques, vos fêtes : On vous l'a dit, il naquit pour souffrir, Pour vos péchés il lui fallait mourir ; Par sa souffrance emportant sa victoire, C'est par sa croix qu'il entre dans sa gloire.

Et tout en marchant avec eux, le Voyageur leur parle ainsi :

L'Agneau pascal vous figure cela, Dans cet Agneau que Moïse immola, Jésus paraît, sa mort se symbolise ; Votre Isaïe est conforme à Moïse :

Écoutez-le, chantant l'Agneau muet Dont le sang coule épandu sous le fouet Et dont la mort doit effacer vos taches. Ce doux Agneau pour le monde immolé Dont tout prophète à son tour a parlé. C'est un lion : tel est-il appelé — Qui de la mort a brisé les attaches.

Il est vivant dans son humanité, Vous le devez croire avec fermeté,

LE VOYAGEUR. l85

Puisqu'il avait, par sa divinité, La vie en lui, de toute éternité.

Cependant, ils sont arrivés vers le milieu de la nef. Là un pavillon a été disposé, figurant le bourg d'Emmatis. Les draperies en sont ouvertes et laissent voir une table et trois sièges. Sur la table est un pain et un calice avec du vin. Les trois prêtres s'arrêtent. Le Voyageur, feignant de vouloir quitter ses deux compagnons, leur dit :

Je ne saurais demeurer en ce lieu,

Ma route est longue, il faut la suivre, adieu.

Mais ils le retiennent, et l'un d'eux lui dit :

A l'heure où le jour décline, Où, tombant de la colline, La nuit emplit le chemin, Que la marche se termine :

Vous la reprendrez demain.

L'autre lui dit :

cf Demeurez avec nous, puisque voici le soir « et que le soleil est déjà bas sur l'horizon. »

Alors tous deux le conduisent et paraissent le forcer d'entrer avec eux dans la demeure. Ils lui disent :

Le soleil se couchant dans l'onde Éteint ses rayons dans les flots,

l86 CYCLE DE PAQUES.

La nuit qui s'étend sur le monde Conseille aux humains le repos.

Nous vous en supplions, acceptez-nous pour hôtes, Poursuivons en soupant un entretien si doux. Parlez-nous de Jésus qui mourut pour nos fautes Et qui, domptant la mort, est vivant, dites-vous.

Ils le font mettre avec eux à table, et cependant le chœur chante :

« Et ils le forcèrent de s'arrêter, disant : De- « meurez avec nous, seigneur, puisque voici le « soir. Alléluia! »

Alors le Voyageur continuant, pour ainsi dire, la partie du chœur, en même temps que son propre personnage, parle ainsi:

« Et il entra donc avec eux, et voici ce qui ar- « riva tandis qu'il était à table avec eux (il prend le pain) il prit le pain, le bénit {// le bénit) et le « rompit (// le rompt) et il le leur présenta. »

Il le leur présente en effet. Il bénit ensuite le calice et le donne à l'un d'eux. Puis, comme s'il disparaissait , il s'éloigne. Les deux disciples , après s'être regardés pleins d'admiration, se lèvent et vont parcourant l'église comme s'ils le cherchaient. Ils chantent :

« Notre cœur n'était-il pas embrasé en nous « d'amour pour Jésus, tandis qu'il nous parlait « dans le chemin et nous ouvrait le sens des Ecri-

LE VOYAGEUR. 187

<( tures ? Infortunés! infortunés! infortunés! Où « était notre esprit ? Où s'était envolée notre « intelligence ? »

Alors ils se tournent vers le. chœur, y remontent et y pénètrent par la grande entrée. Le chœur chante :

« Le Seigneur est ressuscité et il s'est montré « à Pierre. Alléluia ! »

L'ensemble du chœur figure la réunion des apôtres et des disciples à Jérusalem. Le prêtre qui représente le Seigneur paraît de nouveau, vêtu d'une blanche tunique sans manches, et par-dessus d'une chape rouge. La chape d'alors est un véritable manteau à capuchon. Mais ici, comme plus haut dans le costume des voyageurs, le capuchon est caché. La chape est en manière de chlamyde. Le Seigneur tient en main, comme signe de sa passion, une croix d'or. Son front est couronné d'un bandeau blanc avec une broderie d'or. Il se place debout au milieu du chœur, et s'adressant aux disciples :

« La paix soit avec vous! C'est moi. Ne crai- « gnez point. Pourquoi vous troublez-vous ? « Quelles pensées montent dans vos cœurs ?

LE CHŒUR

« Qui est celui qui vient d'Édom, celui-ci qui

l88 CYCLE DE PAQUES.

« vient de Bosra avec ses vêtements teints en « pourpre ?

LE SEIGNEUR

(( La paix soit avec vous!

LE CHŒUR

« Il est beau dans sa robe éclatante, il marche « dans l'ampleur de sa force.

LE SEIGNEUR

« La paix soit avec vous ! »

Le prêtre montre alors ses mains et ses pieds rougis au vermillon, et il dit :

<( Voyez mes mains et mes pieds. C'est bien « moi. Touchez et voyez. Un esprit n'a ni chair « ni os, comme vous voyez que j'en ai. »

Il s'éloigne alors et le chœur chante :

Hors du tombeau le Seigneur est issu, Lui qui pour nous en croix fut suspendu. Alléluia! Alléluia! Alléluia!

Un personnage figurant saint Thomas sort de la sacristie et pénètre dans le chœur. Il est vêtu d'une tunique et d'une chape de soie. Il a en main un bâton et sur la tête un bonnet de voyageur. Deux disciples (ceux d'Emmaiis) lui parlent au nom de tous :

LE VOYAGEUR. 189

En vérité, Thomas, nous l'avons vu Et de la mort il a détruit l'empire,

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