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Malherbe, Poésies, C. Paraphrase du psaume CXLV

livrées aux sentiments et aux passions du peuple et Je l'imagination moderne. Et s'il y faut absolument, à défaut de l'histoire, la consécration de la légende, la plus proche sera la meilleure, celle de l'immortel successeur de Figaro, fils du pays de Corse, qui courba les peuples étonnés sous la souveraineté de son « moi ! »

J'arrive au point du drame oii l'histoire recevra de rudes accrocs. Le barbier, homme déjà fatal, n'est pas exempt de sensibilité, à la fin d'un siècle où elle déborda : — sensibilité un peu lasse et attendrie sur elle-même, quand il songe à sa destinée, — résolue, bruyante, et qui gronde en torrent, dès que Suzon, la décevante Suzon est enjeu.

Figaro n'a demandé ni à naître ni à mourir; « forcé de parcourir la route où je suis entré sans le savoir comme j'en sortirai sans le vouloir », insinue-t-il, de l'air d'un homme pessimiste, que les formules séduisent. Nous ne tarderons guère à voir ses successeurs penchés sur leur propre histoire, sur le problème de leur existence compliqué de toutes les inconnues de leurs désirs. Journaliste, auteur dramatique, rebelle à la censure, révolté contre la société, ennemi des préjugés, curieux de ses droits plus que de ses devoirs, toujours en scène, en mouvement, en action, avec, toujours, une larme écrasée au coin de la paupière, il va faire souche sur le théâtre, aux dépens de l'exactitude et de la peinture des temps passés. Tout au travers de l'œuvre de Dumas, il propagera une lignée seulement plus fatale et plus pâle, qui a « tout fait, tout usé », surtout après les guerres de la Révolution et de l'Empire, et aussi après Gœthe, Schiller et Byron, lesquels n'ont ni tari ni refroidi la sensibilité de Rousseau. Il engendrera, dans le drame historique, à compter de Saint-Mégrin, aventuriers et parvenus toujours inquiets des « vingt brasses d'eau », ou inclinés

sur les poignards et les poisons violents, et qui en viennent là à force d'imagination sensible ou de sensibilité iinaginative, et à cause que, bourgeois et romanesques, ils continuent, sur l'exemple de Figaro, leur ancêtre, à mettre trop haut la femme, la faible femme, lille d'Eve et de Suzon, chimère de leurs rêves, reine des passions, providence du drame, mais ennemie de vérité.

Vue de ce biais sur la scène, l'histoire des siècles se résume en une courte science, que Socrate savait bien, et qui est l'amour. Politique, diplomatie, institutions, despotisme, féodalité, conspiration, conjuration, tout s'explique par la femme; tout aboutit à la passion, et tout en dérive. Elle est le secret universel. Quand Buridan ou Catilina, au fort de leurs entreprises, délient le ciel, croyez que c'est un ciel de lit.

Issus de Figaro, c'est-à-dire du peuple, ces héros de Rome, du moyen âge ou de la Révolution, ressentent des passions pour de très grandes dames aux grands noms légendaires qui justifient leurs illusions. L'épouse de César ne doit pas être soupçonnée, mais aimée d'un amour qui étonne l'univers. Les bouleversements des empires sont liés à ces intimes convulsions. Et toutes ces femmes, au regard de ces parvenus, sont l'épouse de César, en attendant qu'elles soient Césarine, femme de Claude. Cependant l'àme des petitslilsde Figaro en conçoit un orgueil immense. Que disje l'àme? Leurs sens sont en proie, leurs appétits en cbuUition; la physiologie se mêle à ces fatalités historiques. C'est Michelet ; et c'est le drame du peuple.

Ai-je besoin d'ajouter que le passé n'aura pas assez d'événements, l'imagination trop de ressources, le tliéàtre une technique trop fertile et souple pour pourvoir à ce régal populaire? Toutes les péripéties, coups dépée, coups de force, exploits et stratégie de toute sorte exigeront sur la scène un mécanisme aussi com-

pliqué que celui de la méthode historique, mais non pas de même ordre. Le monologue de Figaro ayant moyenne la sui)stance de la dramaturgie nouvelle, l'art de Beaumarchais devait aider à l'exécution. Et pendant que le parterre se réjouit, émerveillé, secoué, ému à fond par les œuvres maîtresses en ce genre, qui sont de Dumas, c'est affaire au critique de réfléchir qn Henri III et sa Cour marqua de beaux enthousiasmes et un louable effort de fusion entre la vie de l'histoire et celle du drame, pour le plaisir et l'instruction de la foule; et que tout de même l'entreprise était singulière d'allier l'imagination a la science, la fiction à la vérité, et d'absorber l'àme d'autrefois dans l'âme d'aujourdhui. Alors, en face des artifices et des prétentions du drame historique , le monologue de Figaro résonne encore en notre souvenir. « ... O bizarre suite d'événements! Pourquoi ces choses, et non pas d'autres? »

L MISTOIKE DANS « CATILIiNA ».

Catilina avait déjà tenté Crébillon et Voltaire. Un sujet l'omain appartient à l'histoire; le théâtre s'y doit soumettre. Et c'est d'abord pourquoi je choisis celuilà. Qu'on ne me reproche point de descendre un peu avant dans la carrière de Dumas. On n'oubliera pas que Catilina parut le 14 octobre 1848, un an après la Reine Margot, qui inaugurait le Théâtre-Historique. Si l'on prend garde que Dumas faisait fonds sur cette ])ièce pour soutenir son entreprise, que Maquet, historien, y collabora, que cette année 1848 est une date de notre siècle, que Catilina se perd oîi Napoléon III va réussir, on reconnaîtra que sujet, auteurs, public, tout

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était, tourné vers l'histoire, en un drame de conjuration, à cette heure de notre révolution troisième.

De Crébillon nous n'avons point affaire. Mais nous ne saurions omettre Rome sauvée; car c'est une tendance de la critique, en ces derniers temps, de faire dériver le drame des tragédies de Voltaire. Cette pièce, en répandant le jour sur la formule de Dumas, nous montrera les procédés contraires et l'infranchissable distance de ceci à cela. Voltaire, au moins, n'a pas mieux connu les sources, ni que Dumas, ni surtout que Maquet. Rome sauvée est d'un excellent humaniste; je dis excellent, au vrai sens du mot. S'il s'inspire du Jules César de Shakespeare, c'est avec infiniment de précaution ^ Il assemble le sénat, mais il ne hasarde pas une assemblée du peuple, dût-il amortir sur les lèvres d'un licteur l'effet du « vixerunt-)^ jeté par le consul, en plein forum, aux partisans tumultueux de Céthégus et deLentulus ^. De la conjuration Corneille eût fait sans doute un récit; Voltaire se risque à en mettre un ou deux épisodes sur le théâtre, mais avec modestie. Il esquisse quelques tableaux de mœurs, mais d'une sobriété avisée et presque classique. Catilina donne ses ordres, prend ses mesures, non plus dans la coulisse, mais toujours un peu à la cantonade. De fait, il parle plus qu'il n'agit. La séance historique du sénat où fut prononcée la première Catilinaire n'a pas effrayé l'auteur. Il s'y essaye au quatrième acte, et tout de même il l'esquive, il l'émiette en courtes oraisons. Ce n'est plus Cinna, et ce n'est ni Jules César ni le drame.

1. Pour la seconde manière du caractère d'Aurélie, celle de 1752, il emprunte les principaux traits de Porlia, femme de Brutus. Cf. Borne sauvée, I, se. iv, pp. 216-218, et Jules César, II, se. I, pp, 428 sqq.

2. Voltaire, Théâtre, t. IV (Garnier frères, Paris, 1877), V, se. iii, p. 26'i.

Eh bien, les conjurés ? — Seigneur, ils sont punis.

Voltaire risque timidement la vérité du spectacle. Il ne se restreint plus à la peinture des caractères, et pour cause. L'action du drame, il n'ose; la psychologie, il ne peut. 11 peint les mœurs par la parole; il insinue et commente les textes historiques en des discours. Si César et Catilina se rencontrent et s'adressent des tirades tout imprégnées des livres anciens, Voltaire estime que la scène fera plaisir à tout le monde et la dénomme « un tableau (idèîe » de l'histoire romaine •. Ce tumulte des mœurs et des ambitions se traduit au théâtre par un assaut de sermons. Voyez-les paraître, Cicéron, Caton, Catilina : ils en ont tous un à placer. Il suflit que les mots consacrés y figurent pour que la scène soit historique et l'histoire scénique ! « Ne me faites point de procès, écrit l'auteur à d'Argental à propos de la scène vu de l'acte I. C'est précisément ce que Cicéron a dit de son vivant -. » Il est vrai que, de son vivant, Cicéron a prononcé ces paroles en j)lein sénat, et non pas en tête à tête ni au tournant d'une galerie, et qu'ainsi reprise* et commentées, elles perdent bien un peu de leur caractère vrai.

En des conjonctures où les historiens rapportent que de part et d'autre les hommes d'action ne se ménageaient point, les propos sont « forcenés », plus que les complots'. Même Catilina montre quelque lenteur, qui n'est pas sans effet sur la pièce. Au III'' acte (se. i)

1. Rome saut'ce, II, se. m, p. 230. Voir n. 1. « Comptez, écrit Voltaire ù d'Ârgental, que la scène de César et de Catilina fera plaisir à tout le monde... Soyez sûr que tous ceux qui ont un peu de teinture de l'histoire romaine ne seront pas fâchés d'en avoir un tableau fidèle. «

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