Le Testament de M. de Chauvelin, ch. i, p
2. Que Dumas appelle ailleurs les Girondins à cause du banquet de la fin. Voir le Drame de 93, t. III, ch. lv, p. I.î4.
'2't'k LE DRAME DALEXAXDHE D U M A S .
de certains esprits. Ils ont trop de respect de la vérité pour se plaire à ces tours de passe-passe. Nous ne sommes plus au temps où l'on croyait à l'anneau de Gygès. L'imagination qui s'amuse à ces combinaisojis n'est (ju'enfantillage. — Que dire de celle du Maison- Rouge vrai? Car il a existé, conspiré, écrit ses conspirations. M. G, Lenôtre vient de fouiller les bibliothèques et de remuer les papiers authentiques '. Il s'est plongé avec ivresse dans les documents inédits. Il s'en est retiré avec surprise, et se demandant où l'auteur du Clicvalier de Maison-Rouge avait « puisé ces renseignements * ». Dans les mêmes documents ou à peu près. Car il oublie Maquet, érudit, fureteur et traqueur de sujets. Maquet avait eu sous les yeux la Pétition aux Cinq-Cents, le Procès des Bourbons publié à Hambourg, et sans doute quelques autres choses compulsées aux archives. Le livre de M. Lenôtre est intéressant €t scrupuleux. Mais ce qu'il a révélé de plus curieux, c'est encore l'impuissance du romancier et, à plus forte raison, du dramaturge à l'ivaliser de fantaisie avec les aventures merveilleuses de l'histoire.
Cet aventurier se faisait passer pour marquis de Rougeville, chevalier de l'ordre de Saint-Louis. Il ne s'appelait pas Rougeville; il n'était ni chevalier ni marquis. Il avait nom Gonsse, Gonzze ou Gousse, fils d'un paysan enrichi dans la ferme des eaux-de-vie d'Arras. Il fut élevé en grand seigneur, dans le château paternel; mais, dès l'adolescence, les Tuileries l'attirent. Ici commence la vie incroyable, singulière, extravagante de ce louche héros, hâbleur de génie. Il a consigné dans ses écrits comment il conquit grades et
1. Le vrai Chevalier de Maison-Rouge, A. D. J. Gonzze de Rougeville, 1761-1814, d'après des documents inédits, par G. Lenôtre, Paris, Perrin et C'% 1894.
•2. Ibid., oh. V, p. 134.
titres : colonel de cavalerie, écuyer de Monsieur, chevalier de l'ordre de Cincinnatus, aide de camp de Washington à seize ans ^ etc., etc. Il ne fut rien de tout cela; son nom n'existe même pas dans les contrôles. Et pourtant il fit partie des chevaliers du poignard; le 20 juin 1792, il était au nombre des amis de choix massés autour du Dauphin et de la reine. « Il resta près de moi, dit Marie-Antoinette, dans la chambre où je me tenais, tout le temps que j'y demeurai moi-même *. » Il se faufilait dans l'entourage du roi; il s'imposait à lui par ses rodomontades. N'civait-il pas émis le projet de se présenter devant l'Assemblée, roulant un tonneau décoré de rubans tricolores et rempli en apparence de monnaie de billon, et de faire sauter le Manège ^? Sa vie de Conspirateur n'est que puffisme et prestigiditation. Arrêté pour ses impostures, il recouvre la liberté « très miraculeusement * ». Il parvient à forcer l'accès de la Conciergerie, à voir laReine, à lui remettre un billet dans un œillet. Il se vante de l'avoir vue une seconde fois. Le complot découvert, Rougeville a disparu. Le jour de l'exécution du roi, il avait lancé dans Paris une brochure vengeresse, signée de son nom. A cette heure, sa tête est mise à prix, il se cache pendant plusieurs semaines dans les carrières de plâti'e de Montmartre, d'où il s'échappe à la nuit tombante, pour aller aux nouvelles et distribuer un second pamphlet qu'il intitule audacieusement : Les crimes des Parisiens envers leur reine, par l'auteur des œillets présentés à la reine dans sa prison ^. Il conte même qu'il