Ibid., p
3. La Tour de Nesle, fin du tableau i, p. 14, et fin du tableau viii, p. 90.
ont pris d'assaut une autre poterne et démoli la citadelle de la « tyrannie ». Ecoute, écoute et souviens-toi. En cette Tour maudite, femme et (illes de rois prennent leurs ébats, « s'enivrent de vin, de caresses et de voluptés * ». Malheur! malheur! L'épernay ruisselle dans ces fêtes; et sur les manants pleuvent comme grêle taxes, gabelles et impôts. En cette Tour ferme sur ses assises de pierre, qui semblent défier le temps et braver ton courroux, ô peuple, règne le plaisir, le bon ])laisir féodal. Tu te souviens. L'idée et le symbole du drame sont bien pris à ta taille. Dans les murs, hors des murs de ce repaire s'engage la lutte entre le passé et l'avenir; et ce sont encore tes destinées qui, sous d'autres noms et sous le couvert de la légende, se débattent une fois de plus. Le vice royal (royauté n'étant que vice et abus) est aux prises non pas avec la vertu de l'ancien théâtre, mais avec la volonté, l'intelligence, l'énergie et les hommes d'action du nouveau. Marguerite et Buridan poursuivent un combat inégal et acharné, l'une armée de tous les pouvoirs et de tous les prestiges, l'autre fort des seules ressources de son génie*. Peuple de 1830, postérité de Figaro, qu'on a tant grisée de grands mots, ne sens-tu pas d'abord combien ce dramaturge est ton homme, à quel point son talent et son sujet sont tiens, et comment, grâce à son zèle populaire, du texte de Brantôme naît dès le premier acte un drame qui est limage de ta vie à travers les siècles, ou du moins celle que tu t'en fais en ta pensée.
J. La Tour de yesle, I. tabl. ii. se. i, p. 15.
-. Mes mémoires, t. IX, ch. ccxxxiv, p. 170. « Ce qui ressortit po ur moi comme l'essence du drame, ce (ut la latte entre Buridan et Marguerite de Bourgogne, entre un aventurier et une reine, l'un armé de toutes les ressources de son génie, l'autre de toutes les puissances de son rang. »
Gaillardet novice avait coupé sa pièce en cinq actes, comme une tragédie *. Pour que cette lutte se précipite au gré de ton émotion impatiente, pour qu'au milieu de ces événements fictifs et de ces vicissitudes tu n'aies pas le caprice de te ressaisir, on te prendra par le régal des yeux : ton dramatiste connaît ta faiblesse, bon peuple. Il divise sa pièce en tableaux, parmi lesquels l'intérêt ne saurait languir. Et quels tableaux et combien de ton goût! Tu entreras à la taverne d'Orsini, près la porte Saint-Honoré; manants, ouvriers sont assis à la table de droite; la noblesse à part, ;> gauche, Philippe d'Aulnay écrivant sur un parchemin entre un gobelet et un pot de vin ^ Tu iras aussi à la Concurrence, chez Pierre de Bourges, par devers les Innocents. On te gâte, visiblement ". On te montrera le vieux Louvre et la prison du grand Châtelet * : cour, prison, tavernes, toute une synthèse qui ne dépasse point ton savoir, animée, colorée, théâtrale, sans luxe inutile. On ne te découvrira point l'alcôve de la Tour de Nesle, parce qu'on est, sinon trop moral, au moins plus prudent. On évite de prostituer l'intérêt du drame et d'égarer ton émotion en des curiosités dommageables. Mais tu verras le cabinet de toilette et la reine en déshabillé ^. C'est quelque chose; c'est assez. En revanche, quelles joies égalitaires le spectacle te réserve! Le premier ministre et la reine, tu les considéreras tantôt à la cour, et tantôt au cabaret; surtout, ne perds pas un mot du dénoûment, qui te sera d'un plaisir extrême : la reine et le premier ministre y seront arrêtés devant toi et pour loi, dans