‹ Le drame d'Alexandre DumasChapitre 196 sur 309 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

longer la portée? Ce capitaine, qui cherche fortune, nous le retrouverons dans le civil : portant haut, beau parleur, effronté, politicien, journaliste, coulissier, l'aventurier qui ne craint rien, ni surtout que le ciel tombe. La prison lui sera toujours un écueil; car il lui sera plus facile d'y entrer que d'en sortir. Buridan a sur ces espèces l'avantage de la naissance et d'une certaine générosité de la lame, que les autres, petitsiils d'intendants ou bâtards d'apothicaires, n'apprécieront point ^ Mais déjà il est un garçon avisé, suffisamment sceptique pour réussir, et athée ^ sans ostentation. Pour la galanterie, il en a, mais pas plus qu'il n'en faut, et jamais contre ses intérêts ni de façon à se barrer l'avenir. A l'âge de quinze ans, Roméo a déjà la prudence de mettre sous clef les pattes de mouche des petites filles riches et délurées ^. Cela peut servir à sa fortune. Il n'hésitera pas, le jour venu, à les utiliser. Qu'on ne nous dise point qu'il faut bien sauver sa vie. Il les gardait par devers lui; elles ont fait campagne avec lui dans son portemanteau. A peine débarqué à Paris, il les cache secrètement, comme un trésor. Il comptait sur elles; il les escomptait, comme des lettres de change. La Tour de Xesie n'est pas pour lui un guet-apens, mais une échéance.

C'est d'ailleurs le même homme qui reproche à Marguerite ses nuits voluptueuses. Il se fait justicier; il est le bras de Dieu. Il est très fort. Au fond, il connaît ou devine la femme moderne, telle que la bourgeoisie est occupée à la façonner depuis le début du siècle, reine et faible femme, faible de caractère, s'en-

1. Voir le dénoûment de la Contagion et le duel de d'Estrigaud.

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