Le Demi-Monde, II, se. m, p
2. Lettres inédiles. Cf. Henri III et sa Cour, I. se. v, p. 134. Saint-Még-rin à la duchesse de Guise : ■• Ah! madame, on n'aime pas comme j'aime pour ne pas être aimé ».
ce que je te disais un jour en parlant du hasard qui nous avait rapprochés et auquel j'appliquais le mot de fatalité. « Comment, me dis-tu, vous appelleriez fatalité notre rencontre dans le monde? » Eh bien, n'était-ce pas de la fatalité, si ce n'eût été du bonheur? Et que serais-je devenu, si tu ne m'avais pas aimé? Et ce n'est pas un amour doux, paisible que celui auquel, dès sa naissance, on applique le mot fatalité^. » 11 se met au point. J3e cette phraséologie galante , que Firmin appelait « rabâchage », naîtra le lyrisme d'Antony ^. Il s'échauffe à blanc; il incite Mélanie, lui malin, à braver les préjugés du monde, un jour qu'il l'a espérée vainement et qu'elle fut sans doute empêchée par sa mère. « Huit heures et demie... Eh bien, quand je te parlais du tnonde et de ses lois, de ces misérables concessions à la société, qui se font toujours aux dépens du bonheur particulier, dis-moi, avais-je tort de la maudire et de regarder comme heureux l'homme qui pourrait s'en affranchir? Dans une nation civilisée la liberté peut exister pour un peuple; elle n'existe jamais pour les individus. On fait à tout ce qui nous entoure une foule de petites concessions, auxquelles le temps et l'habitude finissent par imposer le nom de devoir : et, alors qu'on s'en écarte, on est coupable. Certes, personne n'aime plus sa mère et ne la respecte plus que moi; eh bien, je regarde comme un préjugé des nations V amour et le
1. Même lettre. Cf. Antony, II, se. m, iv et v, pp. 177-190. Antony dit (II, se. v, p. 186) : « Les autres hommes dit moins, lorsqu'un événement brise leurs espérances, ils ont un frère, un père, une mère!... etc. » Alexandre écrit à Mélanie, 7 juillet 1830 (lettre déjà citée) : « ... Je suis seul au monde : pas un parent sur qui je puisse rn appuyer pour lui demander un service ; quand je me manque à moi, tout manque non seulement à moi, mais à ma mère d'un côté et à mon fils de l'autre. Tout ce qui est bonheur pour un autre est peine pour moi... »