ALEX. DUMAS
L'écriture est rapide, très lisible, parfois renversée, pas du
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drame v est frémissant ; la passion y palpite ; j'y retrouve à peu près tous les mots d'action et la plupart des effets scéniques. Ce cahier de papier jauni respire la fièvre du théâtre. La matière brute de l'amour y est forgée avec emportement. Les péripéties se détachent en relief sur ce texte rapide. Acte I, accident de voiture. II, explication et séparation. III, viol. IV, scandale. V, assassinat. Du début à la lin, le drame prend le mors aux dents. Retranchez d'Henri II J la couleur locale et d'Antony la couleur moderne : c'est le même ouvrier et le même ouvrage. Telle est rim|)ression qui se dégage d'abord de ce manuscrit primitif; peu ou point de nuances; des « oh! » et des « ah! » qui sont comme les gestes du langage; et des discours, de vrais discours d'.\ntony, où le werthérianisrae, le byronisme
tout récriture ronde des romans, mais celle des Lettres à Mêlante, sans ponctuation, avec des fautes d'orthographe nombreuses. Très peu de ratures, et peu considérables. (Cf. notre Génie et Métier. Manuscrits originaux d'Alexandre Dumas fils, pp. 243 sqq.) — Aux pages 13 et 40 sont consignées en travers de la marge, de la main de Dumas, deux adresses : Grenier, rue Bourbon, n° 11, et M. de Mersanne, boulevard des Italiens, n" 2, galerie de l'Opéra. (Voir le Baron de Marsanne, abonné du Constitutionnel, acte Vi , se. vi, p. 209.) Les actes sont numérotés, mais non les scènes. En revanche les jeux de scène sont indiqués avec minutie, sauf le coup de couteau du dénoùment. On distingue les reprises du travail aux modifications de l'écriture. L'acte V a été enlevé en trois séances. Enfin, dans ce premier manuscrit, la scène de l'auberge se passe aux environs de Valenciennes. Et voici la distribution des personnages, assez différente de la brochure :
Le colonel baron d'Hekvey.
Adèle d'Hervey, sa femme.
Clara, sœur de la baronne d'Hervey.
Antony.
La vicomtesse d'Osmo.nd.
Olivier Del\lxay, jeune médecin.
Frédéric Destei.n, lieutenant.
Une aubergiste.
Paul, domestique d'Antony.
Il avait oublié Eugène d'Hervilly et Madame de Camps, qu'il écrit Decamps dans le manuscrit.)
s'espacent. On sent combien l'acteur Firmin pouvait avoir raison : Antony rabâche et semble un « monomane sans cesse en rage, en fureur, en hostilité contre les autres hommes ' ». Il est d'une constitution assez forte, quoi qu'en dise Dumas, et plutôt trop que i)as assez ; néanmoins , le drame original paraît à la fois déclamatoire et sommaire. C'est Henri III, moins la résurrection « des siècles passés », avec plus de verbiage exotique et postiche : mais ce n'est qu Henri III. Esquisse violente et endiablée d'une scène de jalousie qui durerait pendant cinq actes, et dont les Lettres à Mêlante donnent la mesure lyrique et philosophique.
Comparer ce manuscrit à la brochure, c'est encore assister à la genèse à' Antony. Dans l'intervalle Dumas s'est avisé de donner une signification plus large à son idée, d'en étendre le sens et la portée. Non seulement, amené à concevoir une œuvre plus étoffée, il a mis plus de scrupule à préparer, lier et nuancer ses idées et même son style; mais il a tranché et taillé dans le vif de la déclamation lyrique, supprimé les grands mouvements où il s'essayait dans ses épîtres préparatoires, pour faire une plus large place à l'étude morale et sociale. Le monde ne lui est plus apparu comme un personnage vague et servant de cible aux blasphèmes d'Antony, aux tirades furieuses et délirantes. Il devient un protagoniste : il entre directement en lutte avec la passion indépendante et révoltée. La morale de l'œuvre, comme l'intérêt, en est renouvelée. La pièce sociale perce l'étoffe un peu mince du drame lyrique. Ainsi, le travail qui s'est fait entre la rédaction primitive et le texte ne varietur est double. 1° Ce lyrisme à la mode et banal, auquel plusieurs pensent borner le mérite à' Antony., est réduit et repoussé