‹ Le drame d'Alexandre DumasChapitre 220 sur 309 · Antoni/, II, si-, v, p · texte numérisé non relu

Antoni/, II, si-, v, p

déclamation violente et banale d'Antony contre sa mère, sa patrie, la religion et tout ce qu'on révère, dont nous avons vu que iMélanie avait eu la primeur. « Les autres hommes du moins... etc.. moi je n'ai même pas la pierre d'un tombeau... etc.. etc.. Oh! si ma mère, quelle qu'elle fût, avait pu savoir, à l'heure de ma naissance, ce que souffrirait un jour le pauvre enfant qu'elle abandonnait... elle aurait hicn mieux fait de lui briser le front contre la muraille. Que Dieu lui pardonne de ne pas l'avoir fait, car moi, je ne le lui pardonnerai pas ». — « Oh! vous blasphémez! » — « Les

autres hommes ont une patrie... etc.. etc Dans le

monde entier je n'ai qu'un point vers lequel mes yeux se tournent, vers lequel mon cœur vole... c'est celui où vous êtes, et c'est là qu'il m'est défendu de venir... Ma patrie, à moi, serait la terre habitée par vous, l'air qui vous environnerait. Pour moi toutes les félicités du ciel seraient là, et vous me défendez de fouler le même sol, de respirer le même air, oh ! c'est affreux !» — « Ami, il est un meilleur monde Là ceux qui se seront aimés, que la terre aura séparés, seront réunis au ciel! » — « Oh! si mon âme croyait! Si l'éternité ni offrait un espoir, combien vite j'irais t'y attendre... Mais le doute... Oh ! c'est encore un supplice inconnu pour toi!... Combien de fois, quand, tout un jour, j'avais combattu par les fatigues du corps les tortures de lame, je suis entré dans une église, et là, le front sur le marbre, j'ai demandé ci Dieu, avec les gémissements de mon cœur, la révélation de cet autre monde ! Combien de fois, la nuit, seul, debout sur un tombeau comme un spectre, ai-je interrogé la mort sur le grand secret; tout était muet^ et moi, alors, je me roulais sur cette pierre comme un insensé, en criant : « Je n ai pas d'autre famille, d'autre patrie, d'autre Dieu, d'autre éternité qu'elle, elle que je ne puis ni revoir ni posséder. Malédiction! » — « Oh! le malheureux qui ne

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croit pas! » — « Si j'étais près de toi, oh ! je croirais à tout, car je croirais en toi...''- etc. »

Alfred de Vigny, qui ne tenait pas l'athéisme pour un motif de romance, conseilla de supprimer le morceau pendant les répétitions du drame ^ Dumas, qui ne laissait rien perdre, conserva le mouvement et y jeta autre chose.

Antony lançait encore quelques mots : abandon... solitude... mort... poignard... échafaud. Puis, la vicomtesse entrait au bras d'Olivier, et rendait à l'énergumène le service de couper court à ses imprécations. Non qu'il restât boudeur et taciturne comme Alceste; il en était incapable. « Et maintenant, disait Adèle, du calme, de l'indifférence. » — « Soyez tranquille... Ne sais-je pas renfermer la douleur dans mon âme comme un cadavre dans un tombeau!' Ne sais-je pas sourire, le cœur tout saignant^ ... F etc., etc. » Au reste, la scène de la causerie mondaine était manquée. Dumas avait passé à côté de celle du Hasard * et de celle des Enfants trouvés ^, qui sont caractéristiques. La vicomtesse papotait; le docteur pérorait. On plaisantait les médecins, on s'accrochait au moyen âge, on revenait à la phrénologie de Gall, pour conclure qu'Antony avait la bosse du crime. Ce n'était qu'un intermède entre les deux scènes de déclamation amoureuse. On n'y sentait nique lavicom-

1. Manuscrit original, II, pp. 14 et 15. Cf. Antony., II, se. v, pp. 186-187. Voir plus haut (p. 301, n. 2), où il est dit que ce madrigal se trouve textuellement à la fin d'un couplet, par lequel il se défend d'être athée dans une Lettre à Mélanie.

2. Mes mémoires., t. VIII, ch. cxcviii, p. 101. « La répétition s'acheva. Alfred de Vigny était présent, et me donna quelques bons conseils. J'avais (ait d'Antony un athée; il nie fit effacer cette nuance du rôle. »

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