‹ Le drame d'Alexandre DumasChapitre 231 sur 309 · Antony, V, se. m, p · texte numérisé non relu

Antony, V, se. m, p

A D î: L K HT A N- T O N Y .

Il la tue '. M. I\Iaui'i(;e Souriau estime que la pièce no (init pas -. Ce critique est sanguinaire. Il lui faut au moins les dénoûments de Mérimée. A la vérité, Adèle morte, le drame meurt avec elle. Car, en dépit du titre, il s'incarne en elle. Elle en est la raison d'être, passionnelle, morale. Et peu à peu elle tire à elle l'intérêt de l'œuvre, comme Pauline dans Polyeucte. La femme nous touche plus que ces fous sublimes ou absurdes. Cai' en elle se perpétue la tradition des sociétés.

Avec Adèle paraît sur notre théâtre la femme moderne. C'est J.-J. Weiss qui nota le premier, je pense, (|ue la morale qui se dégage de cette œuvre immorale fait songer au Supplice cV une femme ^. Il eût pu marquer

1. Voir Mes mémoires, t. YllI, cb. cxcix, p. 114 : « Elle me résistait, je l'ai assassinée.' Et il jette son poignard aux pieds du mari. On poussait de tels cris de terreur, d'effroi, de douleur dans la salle, que peut-être le tiers des spectateurs entendit CCS mots, complément obligé de lu pièce, qui, sans eux, n'offre plus qu'une simple intrigue d' adultère dénouée par un simple assassinat. >•

2. De la convention dans la tragédie classique et dans le drame romantique. Deuxième partie, ch. v, p. 136.

Cf. le dénoùment de le Rouge et le Xoir, chronique de 1830 (1831), de Stendhal. Il y a des traits communs entre Antony et Julien Sorel, et surtout entre celui-ci et Richard Darlington. Stendhal a noté finement l'influence de Napoléon sur ces imaginations. C'est en lisant le Mémorial de Sainte-Hélène que Julien Sorel a senti croître en lui le désir d'être quelqu'un. De même, il croit être quelqu'un, c'est-à-dire un héros, quand il veut tuer madame de Rénal. Lui aussi, il a le grain de folie.

3. Le théâtre et les mœurs, p. 63. Remarquons la contradiction de J.-J. Weiss : ■< La pièce a beau être anti-sociale, par une secrète logique de son développement interne elle se revêt à la fin de moralité ». La logique n'est pas secrète, la pièce n'est pas anti-sociale. Antony délie la société : la société triomphe. Adèle oublie son devoir de femme mariée : elle meurt et cède à V opinion.

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davantage que les douleurs, angoisses, déshonneur et mort d'Adèle forment une suite de causes et d'effets logiques, qui découlent d'un nouvel état social et légal, duquel le théâtre contemporain va naître. Et nous verrons les femmes, la femme, et non pas seulement Adèle, absorber de nouveau sur ce théâtre les premiers rôles. Celle-ci est la protagoniste et l'aïeule.

Je ne crains pas de dire qu'elle est plus vraie qu'Antony, étant beaucoup moins romantique. Le réalisme y a plus de part. Elle est pâle par convention; mais ils le sont tous, « La pâleur, a dit Dumas, est pour ces personnages un des premiers besoins du drame moderne '. » A peine romanesque : elle croit aux pressentiments et voit beaucoup dejchoses dans le mot : adieu. Rien de plus. Elle a « les yeux tristes "et la bouche sévère » ^ : on se souvient que Mélanie était lille de Minerve. A vrai dire, elle est bien la fille des soldats de l'Empire, faible femme auprès de ces héros, mais qui a des sens et de l'imagination. C'est par les sensations que l'amour entre en sa fantaisie. Elle a vu Antony, debout, les bras croisés, pâle et triste aussi. Elle a subi « la fascination de ses yeux et le charme de sa voix ^ ». Madame Guichard, la veuve Guichard, l'amoureuse de M. Alphonse, subira ce charme et cette fascination. Adèle avait aimé Antony, avant d'épouser le colonel, non pas seulement d'un amour de tête, mais pleinement, quoique virtuellement, et prête à « palpiter » entre ses bras. Et c'est une femme très douce; les mères de ces femmes-là étaient tendres aux grognards revenus de loin. Elle a cela dans le sangs la force l'émeut. L'accident du troisième acte la remplit d'indignation et de délice. Elle se distingue par là de

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