De r Allemagne, t. II, ch. xxii, p
3. Marino Faliero, II, se. Il, p. 32. La scène est peut-être un lointain ressouvenir du Torquato Tasso de Goethe ; car le Bertram de Byron est simplement un conjuré.
arrive au pouvoir, de Vigny prévoit <|u'elle va |iaver de son respect pour l'argent la rançon de ses qualités. Ce sera le fonds solide de la comédie d'Emile Augier. Il oppose la force intellectuelle a laulre. Je m'en réjouis, songeant à M. Poirier. Où l'enfantillage commence car Dumas n'en a pas le monopole en son temps), c'est lorsque je vois localiser le génie dans les lettres et les arts. Je dois à l'auteur d'Eloa des heures précieuses ; mais Denis Papin aussi avait bien de l'inspiration. Et ceci est encore plus dur à entendre : le poète, l'être doué, a besoin de ne parfois rien faire; donc, il a droit au farniente. Sa paresse est précieuse et sacrée à l'Etat, qui la doit alléger de toutes les obligations sociales. Soldat, l'activité physique tuera chez lui l'activité morale; calculateur, le chiffre étouffera le souffle divin. Danseur, il ne peut; sauteur, il se pourrait. « ... Eh! n'entendez-vous pas le bruit des pistolets solitaires ^ ?... » On ne songe pas sans étonneraent que nos pères aient pu prendre au sérieux ces sophismes : frivoles, s'il s'agit d'instituer une suprématie des favoris de l'art ou des enrichis de l'industrie, absurdes, dès qu'on prétend créer au profit des artistes une aristocratie de prébende. L'art est le « superflu ;), et il n'entre plus en nos obtuses cervelles comment le superflu pourrait primer le nécessaire. Pour ce qui est du génie, de quel droit un poète vient-il dire à l'Etat : « J'en ai. Nourrissez-moi. » Cela ne se sait qu'après, et pas toujours. Si les poètes arguaient de ce privilège, il les faudrait bannir de la république. Armez votre courage, et non vos pistolets. Il n'y a point ici d'homme spiritualiste étouffé par une société matériaiisie; je ne vois que des hommes vivant en une
1. Alfred de Vigny, Théâtre complet (Galmann Lévy, éditeur). Dernière nuit de travail, p. 12.
coimnuiiauté, et qui n'en peuvent exiger que le droit au travail. Peut-être est-ce trop prendre au sérieux l'idée de Chatterton. Mais ceci, de ina part, n'est point jeu d'écriture : on ne saurait, à cette heure même, et dùt-on passer pour Béotien, trop vivement dénoncer les contre-vérités et déclamations qui affectent une portée sociale.
J'ai peur que Chatterton ne soit proprement le type de ce que plusieurs dénomment aujourd'hui la pièce à idée : où l'idée est contestahle et la pièce rudimentaire. De Vigny l'a voulu ainsi. « Une idée, qui est l'examen d'une blessure de l'âme, devait avoir dans sa forme l'unité la plus complète, la simplicité la plus sévère '. » La tentative semble originale à une époque où le drame shakespearien fait prime, et elle n'est pas pour nous effrayer, s'il est vrai qu'il ne se passe rien dans le Misanthrope et les Femmes savantes, ni absolument rien dans Francillon. Mais encore sied-il que la slmpli- ■cité la plus sévère n'abuse ni de nos nerfs, ni de notre sensibilité, et laisse aux dramaturges plus matérialistes, qui visent le public et non les idées, la brutalité des moyens et les acrobaties effrayantes. Un penseur n'épuise pas la sensiblerie romantique et ne bénit pas Je sexe auquel il doit sa mère. Il abandonne aux snobs et aux drames du boulevard les affres du suicide. 11 se .garde de rechercher les dénoùments d'Inès Mendo ou de la Famille de Carvajal : mort au premier étage, syncope à l'entresol; il n'escompte pas l'effet du torse et des jambes de Dorval dévalant la rampe de l'escalier. Cela n'est plus de l'idéologie, à la lin : excusez les fautes de l'auteur.
Elles sont graves dans le dessin des caractères. L'homme de génie écrasé par la société est presque un