‹ Le drame d'Alexandre DumasChapitre 51 sur 309 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Werther ne l'a pas davantage touché à fond. De Gœthe il a peu retenu. On s'y devait attendre.

Gœthe n'a pas le don du théâtre. Il ne l'a point. Qu'on ne nous dise pas que, Français du xix° siècle, nous l'entendons à notre manière, qui ne saurait être universelle. Il y a au théâtre un point d'optique d'où rémotion et l'illusion jaillissent et se propagent; en deçà ou au delà elles s'évanouissent, comme une lumière s'éteint. C'est affaire d'exécution. On peut disserter à loisir et construire des théories esthétiques. Le public n'est pas esthète. Sans l'art d'illusionner et d'émouvoir, point de génie dramatique. Goethe a toute sorte de génie, sauf celui-là. Il remanie telle de ses œuvres scéniques jusqu'à trois fois, et de fond en comble. C'est un mauvais signe. « Originairement, dit M. Mézières, Iphigénie avait été écrite en prose poétique et jouée sous cette forme. Elle subit depuis lors plusieurs remaniements, le premier en 1780, le deuxième

en 1781, et le troisième en 1787, pendant le séjour de Gœthe en Italie, qui la fit passer de la langue de la j)rose à celle des vers *. » Et le même critique, après nous avoir avertis que la tragédie « abonde en situations pathétiques et effrayantes ^ », et que « dans la gradation savante de cette fable, nous retrouvons tous les ressorts dramatiques de la tragédie grecque •'' », est obligé de convenir, à la fin de son chapitre, que, si l'œuvre est un noble effort de poésie, il faut « qu'on se garde d'y chercher un drame, car la vie dramatique y manque absolument * ». Même il observe que le caractère tout lyrique de cette pièce en rend la représentation très difficile. « Gœthe lui-même avouait qu'il ne l'avait jamais vue bien jouée, et Schiller la trouvait peu propre au théâtre ^. » Nous ne disons pas autre chose.

Deux exemples suffiront à montrer combien peu Dumas pouvait apprendre de ce théâtre, qu'il avait lu comme tous les apprentis dramaturges de son temps. Gœlz de Berlichingen est une œuvre originale, étant la première adaptation marquante du génie de Shakespeare à l'esprit allemand. On l'a dit et bien dit : « C'est de là que procède Walter Scott et le théâtre romantique français, qui procède de Shahespeare beaucoup moins que de Scott * ». Œuvre originale, et drame indigeste, quelque chose de gigantesque et d'inachevé, en deçà de l'organisation vitale. Jamais le mot ne fut mieux en sa place : ce sont les fragments épars d'un

1. W. Ga'lhe, Les œuvres expliquées par la vie, 1749-1795, ch. tj,

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