Voii- l'Abbé, ch. xxi sqq
allègue l'exemple du Déserteur de Mercier; mais l'iniluence allemande est manifeste ^
Dès le 22 prairial an VI (il juin 1798), elle se marque dans Victor ou l'Enfant de la foret. Château fort gothique, herses, pont-levis, remparts, murs de défense, fosses d'attaque; et Valentin, le vieil invalide attaché à la personne de Victor, tel Selbitz estropié d'une jambe : voir Gœtz de Bcrlichingen. Ici Fritzierne joue le personnage de Gœtz lui-même. Il est généreux; il a une lille charmante; il supporte le siège de son château pour la défense d'une pauvre femme : voir Gœtz de Berlichingen ^. Mais voir aussi les Brigands de Schiller ^. Roger, le chef des Indépendants *, n'est pas un philosophe de l'envergure de Charles Moor. Mais il a le cœur sensible. Il retrouve son ûls et lui parle « vive-
1. Char/es le Téméraire, III, se. xii, p. 87. « Le théâtre change et représente l'étang Saint-Jean, etc.... m Voir la note : « J'ai constamment respecté les lois établies par les maîtres de l'art, mais dans celte circonstance je tenais à présenter toute la vérité ». La vérité, c'est que l'assaut est une réminiscence de Gœt: de Bcrlichingen (acte III et passim), cf. Iranhoe, et que le combat singulier, visière baissée, de Léontine et de Charles (III, se. XV, pp. 90 et 91) est un souvenir de Schiller. — La Pucelle d' Orléans, II, se. viii, p. 185.
Ce nest pas la liste complète des inspirations étrangères qu'a pu recevoir Pixérécourt. Mais c'est l'important. Pixérécourt, comme Dumas, a mis tout à la scène, les A'atcliez, Robinson Crusoé, et il a souvent adapté ou traduit. Voir Histoire de la littérature française de G. Lanson. Noie de la p. 952.
2. Gfctz de Bcrlichingen. surtout le III. Cf. Victor on TEnfant de la forêt (Th., 1), tout le II.
3. Tous ces brigands portent des noms allemands; seuls, l'officier Forban et l'invalide Yalentin nous rappellent que nous sommes à l'Ambigu. Victor dit à Roger (III, se. viii, p. 47) : « Eh! n'est-ce point avec les mêmes hommes que depuis vingt ans lu portes le deuil et la désolation par toute V Allemagne 1 »
4. Voir Robin Hood et ses « outlaws », postérieurs (1818), mais pareillement imités des Brigands.
LE DRAME NATIONAL ET « Il E N H I III ». 11!»
ment et avec Ame * » ; ainsi parle Moor revoyant son père. Et il est au-dessus des préjugés, lui aussi. « ... Va, tu préférerais bientôt les charmes d'une vie libre et indépendante aux prétendus avantages que les préjugés semblent te promettre dans la société -. » Je me souviens à peine qu'il a sur la conscience la mort de sa femme, Adèle, qu'il avait enlevée à ses parents. N'avait-elle pas prétendu soustraire leur enfant à la gloire de la profession paternelle ? Un homme qui est parvenu à la situation de Roger dans la forêt de Kingratz, ne peut mourir sans héritier. La troupe des Indépendants est un Etat dans l'Etat. Ce sont d'honnêtes bandits, qui vivent heureux et doux sous l'ceil du chef. Avec l'âge, ils feront de bons fonctionnaires d'Empire. « Brigands!... Et qui t'a dit que mes camarades méritassent de porter ce nom? Je ne te cacherai pas que plusieurs d'entre eux avaient eu une jeunesse fougueuse, et que, moi-même, poussé avec ardeur vers le vice, qui me semblait plus attrayant que la vertu, j'avais l)ien quelques torts à me reprocher. Quoi qu'il ' en soit, ces hommes ardents, audacieux, m'ont choisi pour leur chef, pour leur premier ami ^. » Aussi bien, c'est un phalanstère de Figaros sur le retour, plutôt que de bandits. Et voici les hautes vues moralisantes : « Dès ce moment, j'ai formé le projet de les rendre meilleurs, de les soumettre à des statuts, à des convenances sociales * ». Le Figaro bourgeois ajiparaît : quand deux Français sont réunis, ils se constituent en société avec un président et des statuts; à trois, commencent les convenances sociales.
Pixérécourt imite, mais il adoucit, tempère, il met la