‹ Le drame d'Alexandre DumasChapitre 87 sur 309 · Voir plus haut, p. 112, n · texte numérisé non relu

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3. Mes mémoires, t. IV, ch. xcii, pp. 49-6i. Voir plus bas, p. 420, n. 1.

LE on AME NATIONAL ET « HENRI III ». 129

provinces, s'élève un cri d'alarme en faveur de la trao-édie, c'est lui, le créateur, le maître, qu'on prend à partie pour démontrer que le drame repose sur quelques conventions. Il ne fut le premier ni dans le temps ni par le talent. Peu importe : il a écrit la ])réface de CronnveU. — Mais il a écrit Cromivell aussi. — Qu'importe? Qu'importe? C'est lui qui personnifie le drame. Et les badauds esthétiques en profitent pour sauver, une fois de plus, la tragédie de Corneille et de Racine, leur Capitole.

Victor Hugo n'a fondé ni le drame national, ni le drame sans épithète, par la raison qu'il n'est pas doué du génie dramatique. Il n'a ni la logique, ni l'exécution, ni l'esprit. Il est incapable de se détacher de lui et de ses visions. Car il voit, s'il n'observe pas; il voit grand, en dedans, il a l'imagination grandiose; il est un prodigieux créateur de tableaux, d'images et de métaphores ; s'il est un penseur, comme le dit ingénument Dumas, c'est un penseur à grand spectacle *. Il n'a pas le génie dramatique, mais une immense fantaisie théâtrale, qui élargit le décor, la couleur, le couplet, et le geste — surtout dans ses préfaces.

Ceux qui croient encore à Toriginalité des idées prophétiques du manifeste de C/-o/?2(re// étudieront avec

1. Voir op. cit. de Séchan, décorateur de l'Opéra, cb. ii, pp. 32-3'). L'auteur raconte comment Victor Hugo refit luimême, brosses en main, un de ses décors, celui du II de Lucrèce Bor^ia, avant la représentation. Et il cite ce mot du poète : « Ah ! si je n'avais pas eu legoiît des vers, quel arcliitecte-décorateur j'eusse fait ! ù, p. 34. Cf. préface de Hernani, p. 8. a Peut-être ne trouvera-t-on pas mauvaise un jour la fantaisie qui lui a pris (à l'auteur) de mettre, comme l'architecte de Bourg-es, une porte presque moresque à sa catbédrale gothique.» Cf. préface de Ruy Blas. p. 83 : « j^insi, il a voulu remplir Hernani du rayonnement d'une aurore et couvrir Ruy Blas des ténèbres d'un crépuscule. »

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fruit les x", xi^, xii" et xiv" leçons de W. Schlegel, le xv^ chapitre De V Allemagne de madame de Staël, et la préface de Wallenstein de Benjamin Constant. Ils pourront parcourir aussi quelques pages du Racine et Shakespeare de Stendhal, plusieurs chapitres de la Dramaturgie de Lessing ', notamment ce qui concerne l'histoire au théâtre; et encore dans les lettres qui servent d'appendice au Don Carlos de Schiller, dans Y Autobiographie de Gœthe et un peu partout chez celui-ci ils retrouveront les germes de ce manifeste. S'ils tiennent à lire des choses analogues, ou à peu près. Mercier et Lemercier leur réservent quelques surprises. Je ne cite que le nécessaire -. Dirai-je que je ti'ouve plus de sens dramatique et d'intelligence de l'avenir au deuxième volume de madame de Staël que dans toutes les préfaces de Victor Hugo superposées à celle de Cromi\'ell? Ceux qui estimeraient le paradoxe un peu fort ne le tiendront pas du moins pour neuf, si à toutes ces lectures ils ajoutent celle de la première lettre de Dupuis et Cotonet, et particulièrement de la page 194, laquelle est pleine de suc ^.

Et donc Victor Hugo s'est avisé, après d'autres, que l'avenir est au drame « national par l'histoire, populaire par la vérité* ». Après la Révolution, l'individu veut sa place sur la scène comme dans la société : l'époque est passée des caractères généraux et trop abstraits, des règles fixes et des divisions rec-

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