Racine, dans la Collection des Grands Écrivains français
Paris, 1898.
heureuse. La peinture de sa vie familiale, après que Tillustre poète eut renoncé au théâtre, est délicieuse. « Au milieu de cette famille, qui reproduisait, avec une variété charmante, les traits de sa nature sensible et^icjujèle, Racine pratiquait toutes les vertus d'un bon père. Il redevenait enfant avec Babet^ Fanchon, Madelon, Naneite et Lionval; seuls les deux aînés, garçon et fille, ne portaient point de ces diminutifs, par respect du droit d'aînesse. Il préférait le bonheur de leur société à la recherche des grands.
« Un jour, il revenait de Versailles, où il était allé faire sa cour, lorsqu'un écuyer de M. le Duc lui apporte une invitation à dîner pour le soir même : « Je n'aurai point l'honneur d'y aller dîner, lui « répondait-il; il y a plus de huit jours que je n'ai « vu ma femme et mes enfants, qui se font une fête « de manger aujourd'hui avec moi une très belle « carpe; je ne puis me dispenser de dîner avec « eux. » Et il faisait apporter la carpe en ajoutant : « Jugez vous-même si je puis me dispenser de dîner « avec ces pauvres enfants, qui ont voulu me régaler « aujourd'hui et n'auraient plus de plaisir s'ils man- « geaient ce plat sans moi. Je vous prie de faire « valoir cette raison à son Altesse Sérénissime. »
On sait que Racine, après avoir renoncé à écrire pour le théâtre, versa dans la piété la plus grande. Mais ici encore un trait charmant. « Je me souviens, dit Louis Racine, de processions dans lesquelles mes sœurs étaient le clergé, j'étais le curé et l'auteur d'Athaliej chantant avec nous, portait la croix. » Et