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leurs petits cubes. Les quartiers qui ont été dégagés, il y a soixante ans, sous le règne de Murat, sont déjà très-dissemblables des quartiers fraîchement déblayés, et^l’on peut prédire que dans un siècle, malgré tous les soins des conservateurs, il ne restera plus que des murs, des colonnes, des dallages, en un mot l’architecture sèche, sans ses vêtements et sa parure. Si tout Pompéi revoyait la lumière d’ici à dix ans, les voyageurs qui visiteront la ville après l’an '2000 admettraient à peine nos descriptions et consulteraient avec défiance nos dessins et nos planches coloriées. Laissons donc aux âges futurs leur tâche et leur part de plaisir. Que chaque génération puisse mettre la main dans ce sol plein d’enseignements, qu’elle s’instruise, qu’elle surprenne dans leur vivacité les détails qui accompagnent la découverte et

disparaissent aussitôt ; qu’elle contemple dans

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leur fraîcheur les stucs, les mosaïques et les peintures que la terre humide conserve seule, et conserve si bien ! Pompéi est un trésor enfoui ; on y puise à coup sûr, mais en le diminuant : laissons-en quelque chose à nos héritiers.

Quant aux obstacles que rencontre l’exploration d’HercuIanum, ils se rédui.sent à deux' : les constructions modernes qu’il faut exproprier, la quantité de cendres qu’il faut emporter. L’expropriation est coûteuse ; toutefois il s’agit, non pas de démolir Portici et Résina, mais seulement d’étendre les fouilles actuelles dans un quartier où les maisons sont chétives, les jardins mal tenus, et où 1 o, 000 francs payeront trois fois plus qu’il ne vaut un terrain déjà considérable. 11 sutlira d’acheter un peu chaque année: la continuité même des travaux, qu’on ne devra pousser qu’avec méthode et

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avec lenteur, permettra d'attendre les occasions, de profiter des décès et des ventes forcées. Les cendres, il est vrai, iront en croissant, et plus on avancera dans la colline, plus la couche sera épaisse. Aujourd’hui la tranchée ail mètres de hauteur, elle en aura 1 2, puis 1 5, 20 peut-être quand on entrera dans la profondeur du massif, de sorte qu’à chaque mètre superficiel de terre corvespondront 12. 15, 20 mètres cul)es de cendres. Où porter ces cendres? Dans la mer? mais elles seront rejetées par les vagues et produiront des atterrissements regrettables. Sur des points sacrifiés? mais on formera bientôt des montagnes qui entraveront un jour l’extraction, comme elles l’entravent sur. deux côtés de Pompéi. L’esprit ingénieux et prévoyant de M. Fiorelli saura triompher de ces difficultés. De même qu’à Pompéi un chemin de fer transporte les pierres

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ponces au loin dans la plaine, de m(îine des wagons jcllcront les cendres d’ilerciilanum soit dans un ravin inutile, soit sur une plage basse, soit dans des carrières de lave abandonnées Pourquoi, lorsqu’on est si près de la mer, ne pas établir sur la côte un dépôt de ces cendres, tant reclicrchécs dans d’antres pays?

Pourquoi ne pas les offrir, gratuitement d’abord, aux spéculateurs qui voudront les enlever sur des barques, ou même les exporter sur des navires? Ce que la compagnie de l’isthme de Suez a fait à Santorin, une autre compagnie ne peut-elle le faire à Résina? Ces cendres ne sont-elles pas un engrais excellent, plein d’oxydes alcalins et de débris favorables à l’agriculture ? Sont-elles différentes de la pouzzolane, qui donne des mortiers et des enduits si renommés? La seule opération du transport rendra cette pouzzolane plus meuble et plus

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fine, car, lors'jue les wagons -la précipilenl en talus, elle se tamise naturellement, laissan' rouler plus bas les pierres ou les scories qui s’y trouvent mélangées ; l’exploitation n’en sera que plus avantageuse pour l’industrie.

Une somme de 1 10,000 francs est inscrite chaque année au budget pour l’entretien du musée de Naples et les fouilles de Pompéi. On n’ose demander au parlement italien d’augmenter cette somme et de la porter, par exemple, à 130,000 francs. Il convient d’attendre un état des finances plus prospère. A ces

1 1 0.000 francs s’ajoute l’impôt perçu sur les visiteurs, qyi a produit en 1869 plus de

40.000 francs; mais une inégalité choquante prouve dans quelle défaveur est aujourd’hui Herculanum.On a recueilli près de 38,000 fr.

à Pompéi et moins de 2,500 francs à Herculanuni, ce ([ui nous apprend, comme chaque

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eiilrée est de 2 francs, que i 9,000 personnes éprouvaient le désir d’étudier Pompéi, tandis que 1,200 seulement consentaient à regarder Herciilanuin. En d’autres termes, le nombre des visiteurs a été quinze fois moins considérable dans un lieu que dans l’autre. Celte disproportion disparaîtra dès que les fouilles seront reprises vigoureusement à Herculanum.

La nouvelle des premières découvertes excitera la curiosité publique. Herculanum étant sur la roule de Pompéi, à un quart d’heure de Naples par le chemin de fer, on y percevra bientôt le même revenu, et la somme de

40.000 francs produite par les tourniquets des deux villes, pourra s’élever un jour à

80.000 francs. Quand M. Fiorelliaura prélevé ce qui est néces.saire pour le musée, pour la solde des gardiens de Pompéi, pour les restaurations, pour l’entretien de l’école archéo-

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logique, pour la publication du Bulletin, il lui restera de quoi payer encore cinquante ouvriers en permanence, ce qui est plus que suffisant. En admettant même que les recettes ne s’accroissent pas, tout ce que nous demandons, c’est qu’on fasse à Herculanum les dépenses de fouilles qu’on faisait chaque année à Pompéi, sur une moins grande échelle, parce que l’expropriation absorbera une partie de ces fonds réservés, et parce que l’extraction sera plus coûteuse ; mais l’importance de ces travaux ne dépend pas de l’étendue qu’on leur donnera, elle dépend surtout de la façon dont ils seront conduits. Or M. Fiorelli a montré tout ce qu’on doit espérer de lui ; l’expérience qu’il a depuis dix ans acquise a donné à sa méthode une précision pour ainsi dire infaillible. L’opinion publique ne lui demandera pas de déblayer un îlot de maisons chaque

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année ; une seule maison suffira, et donnera peut-être plus de trésors que vingt maisons de Pompéi. Depuis les toits jusqu’au sol, tout sera sondé avec piécaution, soutenu et restauré avant d’être dégagé de l’armure de cendre durcie; les poutres, les linteaux, les balcons, seront copiés et aussitôt remplacés ; les étages ne seront plus démolis comme jadis ; les portes, les fenêtres, toute la menuiserie sera soigneusement moulée ; pas un trou ne sera signalé, si petit qu’il soit, sans qu’on y coule du plâtre; les couches de cendres, horizontalement enlevées, laisseront apparaître tour à tour les orifices de ces précieuses cavités qui contiennent rempreinte exacte des cadavres, des meubles, des étoffes, des marchandises contenues dans les boutiques, des objets les plus menus et des matières les moins dnçables.

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