Voycr le chapiirc iii
leurs eaux dans la vallée. A mesure que la fange se déposait dans Ites rues , dans les cours, dans les chambres , le niveau de l’eau montait, de nouveaux dépôts s’accumulaient, les cendres qui tombaient du ciel à flots pressés se mouillaient aussitôt et grossissaient les atterrissements. C’est ainsi qu’en quelques jours, en quelques heures peut-être , une cité florissante se trouva plongée sous une épaisseur de 20 mètres de boue. Les habitants qui ne s’étaient pas enfuis à temps furent noyés. En vain ils montèrent au premier étage, puis au second, puis sur les terrasses ou les toits : il fallut périr, ils durent laisser dans celle cendre liquide l’empreinte de leurs cadavres.
Quand les eaux se furent écoulées , on ne vit plus qu’un monticule grisâtre , raviné à la surface par les petits ruisseaux
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qui avaient tari les derniers. Rien n’émergeait plus, ni le fronton des temples, ni les murs du théâtre, ni le faîte des édifices les plus élevés. Sous une carapace qui allait chaque jour se tasser et durcir, Herculanum était bien autrement ensevelie que ne l’était Pompéi. Ce n’étaient pas 15 pieds de pierres ponces qui remplissaient le rezde-chaussée et le premier étage des maisons jusqu’aux fenêtres, c’étaient 70 et 80 pieds de matière compacte qui cachaient même l’emplacement de la ville. Les habitants qui n’avaient pas succombé durent revenir plus lard , comme ceux de Pompéi ; moins heureux, ils ne purent rechercher leurs demeures , qu’aucun indice ne leur signalait, et qu’il leur paraissait impossible d’atteindre à des profondeurs inconnues. On ' croit avoir remarqué des traces de fouilles
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laites hors fie la ville , au-dessus de la riche villa on les modernes ont recueilli 1,756 papyrus; mais les propriétaires ne creusèrent pas assez bas, leur tentative fut vaine : les richesses d’art qu’on a trouvées il y a cent ans et qu’ils n’auraient pas manqué de reprendre en sont la preuve; on les connaîtra tout à l’heure. Il est probable que le principal obstacle aux fouilles, ce fut, après la profondeur, l’huniidilé d’un sol d’alluvioii où tout travail devenait bientôt impraticable.
Mais après seize siècles l’humidité s’est évaporée, et les laves laveuses sont aujourd’hui assez compactes et assez résistantes pour qu’on puisse les creuser dans tous les sens. La surface a, été rendue à la culture, des maisons s’y sont construites, Portici et Rélina sont peuplées et florissantes.
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à 200 pas au sud-ouest du théâtre. De ce côté, qui jadis était voisin de la mer, et à l’extrémité de la ville, on n’a rencontré que 11 mètres de cendres ; l’on a déblayé une rue qui conduisait du théâtre au port, les maisons qui bordaient cette rue, et notamment la maison d’Argus, où le premier étage était cojiservé avec ses charpentes consumées et noircies par le temps, avec ses vingt et une chambres, éclairées chacune par une fenêtre ', avec des provisions de comestibles , noisettes , noix , dattes, amandes, figues, froment, lentilles, fèves, riz, miel dans un vase de verre, sans oublier les bijoux, le linge, les ustensiles, etc. On n’a pas su consolider l’étage supérieur, comme on le ferait aujourd’hui, et il a été dé-
1. Voyez Bcclii, t. VIII du Huseo liorbonico, et Finali, Manuel pour Hereulanum^ Pompéi e/ ütaôies, Naples, 1844.
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ilevastnfions, furent reprises avec uncaclivilé (raillant plus grande que le roi voulait former un musée dans son palais. Non-seulement on détacha les marbi'es et les pierres des revêtements, non-seulement on enlevjf les colonnes qui soutenaient les portiques, mais on ruina les enduits de stuc pour emporter les peintures et les ornements qui les décoraient. Près de sept cents morceaux furent réunis à Porlici, et l’on peut croire qu’on en a gâté autant sans réussir dans celle opération difficile. Ce qui excitait surtout la convoitise, c’étaient les belles statues de bronze qu’on découvrait intactes. Aussi l’académie d’ilerculanum, fondée par le roi en '17oo et dont les membres se réunissaient chez le marquis Tanucci , appliquait-elle tous ses soins à la publication des monuments figurés, sans songer ni à conserver ni k décrire les monuments d’architecture que
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les ouvriers ravageaient dans leur travail souterrain. Les premières plaintes vinrent des habitants de Porlici.qui sentaient le sol miné sous leurs pieds et craignaient les éboulements. On fit droit à leurs réclamations. L’ingénieur suisse Cari Weber, qui remplaça l’Espagnol don Rocca Alcubierre, laissa de distance en distance des piliers qui consolidaient ces sortes de carrières pendant qu’on les exploitait; dès qu’elles semblaient épuisées, on les remplissait.
Il paraît toutefois que Cari Weber prenait note des découvertes et les consignait sur un plan. Ce plan, dont l’étendue n’a jamais dù être considérable, a été perdu, et la topographie d’Herculanum est restée un mystère. Les publications du graveur Cochin et de l’architecte Bellicard, de Lalande, de Requicr, de Rornanelli, du manpiis Venuti, et même celles de Winckelmann, sont pleines d’incertitudes
De nouvelles éruptions ont jeté un linceul plus épais sur Ilerculanum, qui semblait à jamais effacée du monde, lorsqu’on 1684 un boulanger , faisant creuser un puits , tomba sur des ruines antiques; c’étaient celles du théâtre, où l’on montre toujours le puits de 1684. En 1720, Emmanuel de Lorraine, prince d’Elbcuf, qui était venu à Naples comme général' dans l’armée impériale et avait épousé la fillè d’un grand seigneur napolitain , voulut bâtir une villa à Porlici. Il acheta le terrain du boulanger, fit exploiter le sol par son architecte Giuseppe Standardo, en tira des marbres, des statues S
1. Parmi CCS statues, je signalerai celles qui sont aujourd'hui au musée de Dresde. Le vice-roi de Naples, Charles Borromée, les avait réclamées et envoyées en présent au prince Eugène; Victoire de Savoie, nièce et héritière du prince Eugène, les vendit à Auguste lU, roi de Pologne et électeur de Saxe en 17 36. Winckelmanny vou-
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vingt-quatre colonnes de jaune antique qu’on prétendait entourer un temple circulaire d’Hercule. Ce travail de mineur, conduit par des boyaux qui contournaient les monuments et y pénétraient, aurait été, sinon impossible dans la lave véritable, du moins tellement dispendieux, qu’un particulier n’en aurait pas supporté le fardeau. Dans la cendre, au contraire, ce n’était qu’un jeu ; à mesure qu’un corridor devenait inutile, on le rebouchait avec les cendres extraites du corridor qu’on creusait à côté et qu’on poussait dans une autre direction.
En 1736, don Carlos, devenu roi desDenx- Siciles, désira construire à son tour un château à Portici. Le prince d’Elbeuf lui céda son terrain, où les fouilles, je devrais dire les
lait reconnaître des vestales : eltes se rapprochent plutôt des filles de Balbus qui sont au musôe de Naples, et qui ont dtô trouvées dans le même endroit.
HERCULANUM
bliothèque dont le bois était pourri, mais dont les manuscrits, réduits en pâle par l’eau et rongés aux extrémités , se déroulent sur la machine inventée par le père Antonio Piaggi \ On y a trouvé quatre tableaux peints sur marbre en camaïeu, parmi lesquels brille celui qui représente des jeunes filles jouant aux o'tscljts, et qu’a signé l’Athénien Alexandre ; les bronzes les plus vantés du musée de Naples, les six actrices qui se costument (peut-être des baigneuses figurées autour d’une piscine), les deux nageurs prêts à se jeter dans l’eau, le Faune ivre, les bustes des cinq derniers Pto-
1. Ou on a déroultî et lu cinq cents jusqu’à ce jour. Ce sont, pour la plu|iart, des traités de philosophie, écrits en grec, par Èpicure, Philodôine, Mélrodore, Colotès, Démé- Irius, etc... Quel dommage que le possesseur de celte villa n’ait pas eu le goût de l’hisloire ou do la poésie, et no nous ait pas légué un Polybe, uu Tiie-Liye, ou un Ménandre complets!
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toute leur hauteur et qu’aucune main n’a touchées depuis dix-huit siècles. L’auberge qui se voit aujourd’hui à 1 extrémité d Herculanum a été en partie ruinée par ceux qui la fouillaient, et présente cependant trois étages.
Devant de telles espérances , ma conclusion sera nette : il faut abandonner Pompéi et concentrer les efforts et les ressources sur Herculanum. Pompéi a donné à peu près tout ce qu’on doit en attendre, je crois l’avoir prouvé; Herculanum a été ravagée çà et là, mais non explorée. Qu’on laisse à Pompéi une dizaine d’ouvriers pour continuer les fouilles sur quelques points ; ils dégageront, par exemple, l’extrémité de l’agora grecque {forum triangulaire), ils rechercheront auprès de l’amphithéâtre le monument que reproduit le tableau de la bataille avec les habitants de Nucé-
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giôe, la race grecque, elle attirail pendant l’élc les Romains les plus riches et môme les patriciens. A Pompéi, on était moins lettré, l’afl s’appliquait surtout aux besoins de la vie; à Herculanum, on avait des bibliothèques et l’on faisait venir des artistes grecs ou leurs œuvres. Pompéi a été dépouillée jadis à loisir par ses propres habitants ; Herculanum n’a pu l’étre, et les boyaux de mine creusés au siècle dernier n’ont atteint que peu de maisons et surtout que les monuments puolics. Enfin Pompéi, remplie surtout par des pierres ponces, assez grosses et assez anguleuses pour laisser partout des interstices, est un sol peu favorable au moulage, parce que la surface des objets n’y laisse qu’une empreinte raboteuse et imparfaite ; Herculanum est un immense moule, où l’agent le plus pénétrant, l’eau, a porté partout les matières les plus subtiles, les a tassées par
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âsr.
dépôts continus, sans secousse, sans interruption, préparant pour la postérité, dès (ju’elle saurait s’en servir, les images fidèles et saisissantes de tout ce qui a peuplé, constitué, décoré, meublé une cité antique.
C’est donc à Herculanum que la méthode si simple, mais si féconde, de M. Fiorelli pourra surtout s’appliquer. C’est là que cet habile explorateur rencontrera des cadavres finement moulés, avec leurs traits, leur beauté et tout le détail des ajustements; c’est là qu’il saura découvrir les planchers, les plafonds, les portes, les fenêtres, les armoires, les sièges, les lits, les coffres, toute une menuiserie consumée par le temps, d<mt le plâtre prendra aussitôt la place et fera revivre les formes. Lesmou’ures, si délicates qu’elles soient, auront laissé leur marque; chaque fois que la pioche de l’ouvrier s’arrêtera à propos, on [lourra couler dans les
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lémccs avec les deux Bérénice, le Plaloii el l’Arcliytas, l’Héraclile el le Démocrile, onze I)iisles romains, des satyres, des silènes, des animaux, des petits groupes, enfin cette admirable statue de Mercure au repos, qui a inspiré si heureusement le sculpteur français Duret lorsqu’il a exécuté son Danseiti' napolitain. Quant aux statues de marbre, elles étaient rares ; une seule, il est vrai, suffit pour illustrer une collection : c’est le chef-d’œuvre désigné par le nom d’Aristide et qui représente plus vraisemblablement l’orateur Eschine ; la Minerve archaïque est également célèbre. On doit ajouter que les bronzes le^ plus remarquables du musée de Naples viennent d’Herculanum el principalement de cette villa. Il y avait d’autres riches maisons de campagne, aux portes de la ville, sur les routes de Naples et de Pompéi : elles restent à découvrir.
On conçoit maintenant pourquoi M. FiorelJi doit porter de ce côté ses principaux efforts. Non-seulement il recueillera plus d’objets précieux qu’à Pompéi et d’un style supérieur, mais il rendra un service insigne à l’archéologie en dégageant peu à peu de son enveloppe, en consolidant, à mesure qu’il la dégagera, une ville qui a été enterrée dans toute sa hauteur. Auprès des résultats que promet Herculanum, ceux que donne Pompéi paraissent moins dignes d’envie. Pompci était adonnée au commerce, elle était plus loin de Naples, on y avait le goût moins pur ; Herculanum était comme un faubourg de. Naples et un lieu de repos, on y aimait les plaisirs de l’esprit et le luxe. Pompéi était habitée surtout par des Osques et par des colons pauvres, fils des grossiers vétérans envoyés par Auguste; Herculanuni avait été peuplée par une race privilé-
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leurs petits cubes. Les quartiers qui ont été dégagés, il y a soixante ans, sous le règne de Murat, sont déjà très-dissemblables des quartiers fraîchement déblayés, et l’on peut prédire que dans un siècle, malgré tous les soins des conservateurs, il ne restera plus que des murs, des colonnes, des dallages, en un mot l'architecture sèche, sans ses vêtements et sa parure. Si tout Pompéi revoyait la lumière d’ici à dix ans, les voyageurs qui visiteront la ville après l’an 2Ô00 admettraient à peine nos descriptions et consulteraient avec défiance nos dessins et nos planches coloriées. Laissons donc aux âges futurs leur tâche et leur part de plaisir. Que chaque génération puisse mettre la main dans ce sol plein d’enseignements, qu’elle s’instruise, qu’elle surprenne dans leur vivacité les détails qui accompagnent la découverte et disparaissent aussitôt ; qu’elle contemple dans
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leur fraîcheur les slucs, les mosaïques et les peintures que la terre humide conserve seule et conserve si bien ! Pompéi est un trésor enfoui ; on y puise à coup sûr, mais en le diminuant : laissons-en quelque chose à nos héritiers.
Quant aux obstacles que rencontre l’exploration d’Herculanum, ils se réduisent à deux : les eonslruclions modernes qu’il faut exproprier, la quantité de, cendres qu’il faut emporter. L’expropriation est coûteuse ; toutefois il s’agit, non pas de démolir Portici et Résina, mais seulement d’étendre les fouilles actuelles dans un quartier où les maisons sont chétives, les jardin? mal tenus, et où 15,000 francs * payeront trois fois plus qu’il ne vaut un terrain déjà cpnsidérable. 11 sultira d’acheter un peu chaque année: la continuité même des travaux, qu’on ne devra pousser qu’avec méthode et
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avec lenteur, permettra d'attendre les occasions, de profiter des décès et des ventes forcées. Les cendres, il est vrai, iront en croissant, et plus on avancera dans la colline, plus la couche sera épaisse. Aujourd’hui la tranchée ail mètres de hauteur, elle en aura 1 2, puis 1 5, 20 peut-être quand on entrera dans la profondeur du massif, de sorte qu’à chaque mètre superficiel de terre correspondront 12, 15, 20 mètres cubes 'de cendres. Où porter ces cendres? Dans la mer? mais elles seront rejetées par les vagues et produiront des atterrissements regrettables. Sur des points'sacrifiés ? mais on formera bientôt des montagnes qui entraveront un jour l’extraction, comme elles l’entravent sur deux côtés de Pompéi. L’esprit ingénieux et prévoyant de M. Fiorelli saura triompher de ces difficultés. De même qu’à Pompéi un chemin de fer transporte les pierres
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ponces au loin dans la plaine, de même des wagons jcllcront les cendres d’Herculanum soit dans un ravin inutile, soit sur une plage basse, soit dans des carrières de lave abandonnées Pourquoi, lorsqu’on est si près de la mer, ne pas établir sur la côte un dépôt de ces cendres, tant recherchées dans d’autres pays?
l’ourquoi ne pas les offrir, gratuitement d’abord, aux spéculateurs qui voudront les enlever sur des barques, ou même les exporter sur des navires? Ce que la compagnie de l’isthme de Suez a fait à Santorin, une autre compagnie ne peut-elle le faire à Résina? Ces cendres ne sont-elles pas un engrais excellent, plein d’oxydes alcalins et de débris favorables à l’agriculture ? Sont-elles différentes de la pouzzolane, qui donne des mortiers et des enduits si renommés? La seule opération du transport rendra cette pouzzolane plus meuble et plus
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fine, car, lorsque les wagons la précipitent en talus, elle se tamise naturellement, laissant rouler plus bas les pierres ou les scories qui s’y trouvent mélangées ; l’exploitation n’en sera . que plus avantageuse pour l’industrie.
Une somme de 110,000 francs est inscrite chaque année au budget pour l’entretien du musée de Naples et les fouilles de Pompéi. On n’ose demander au parlement italien d’augmenter cette somme et de la porter, par exemple, à ISO, 000 francs. Il convient d’attendre un état des finances plus prospère. A ces 110,000 francs s’ajoute l’impôt perçu sur les visiteurs, qui a produit en 1869 plus de -40,000 francs; mais une inégalité choquante prouve dans quelle défaveur est aujourd’hui Herculanum. On a reeueilli près de 38,000 fr. à Pompéi et moins de 2.S00 francs à Hercu- , lanum, ce qui nous apprend, comme chaque
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entrée est de 2 francs, que 1 9,000 personnes • éprouvaient le désir d’étudier Pompéi, tandis que 1,200 seulement consentaient à regarder Herenlanum. En d’autres termes, le nombre des visiteurs a été quinze fois moins considérable dans un lieu que dans l’autre. Cette disproportion disparaîtra dès que les fouilles seront reprises vigoureusement à Herculanura.
La nouvelle des premières découvertes excitera la curiosité publique. Herculanum étant sur la route de Pompéi, à un quart d’heure de Naples par le chemin de fer, on y percevra bientôt le même revenu, et la somme de
40.000 francs produite par les tourniquets des deux villes, pourra s’élever un jour à
80.000 francs. Quand M. Fiorelliaura prélevé ce qui est néces.saire pour le musée, pour la solde des gardiens de Pompéi, pour les restaurations, pour l’entretien de l’école archéo-
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logique, pour la publication du Bulletin, il lui restera de quoi payer encore cinquante ouvriers en permanence, ce qui est plus que suffisant. En admettant même que les recettes ne s’accroissent pas, tout ce que nous demandons, c’est qu’on fasse à Herculanum les dépenses de fouilles qu’on faisait chaque année à Pompéi, sur une moins grande échelle, parce que l’expropriation absorbera une partie de ces fonds réservés, et parce que l’extraction sera plus coûteuse ; mais l’importance de ces travaux ne dépend pas de l’étendue qu’on leur donnera, elle dépend surtout de la façon dont ils seront conduits. Or M. Fiorelli a montré tout ce qu’on doit espérer de lui ; l’expérience qu’il a depuis dix ans acquise a donné à sa méthode une précision' pour ainsi dire infaillible. L’opinion publique ne lui demandera pas de déblayer un îlot de maisons chaque
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année ; une seule maison suffira, et donnera peut-être plus de trésors que vingt maisons de Pompéi. Depuis les toits jusqu’au sol, tout sera sondé avec précaution, soutenu et restauré avant d’être dégagé de l’armure de cendre durcie; les poutres, les linteaux, les balcons, seront copiés et aussitôt remplacés ; les étages ne seront plus démolis comme jadis ; les portes, les fenêtres, toute la menuiserie sera soigneusement moulée ; pas un trou ne sera signalé, si petit qii’il soit, sans qu’on y coule du plâtre; les couches de cendres, horizontalement enlevées, laisseront apparaître tour à tour les orifices de ces précieuses cavités qui contiennent l’empreinte exacte des cadavres, des meubles, des étoffes, des marchandises contenues dans les boutiques, des objets les plus menus et des matières les moins durables.
I>a lâche de M.- Fiorelli est bien belle et vrai-
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ment digne d’envie. Les résultats qu’il a obtenus à Pompéi , sur un sol relativement ingrat, il les complétera avec un succès certain au milieu des maisons d’Herculanum, plus riches, mieux conservées, pleines de révélations, enveloppées par la cendre comme par un moule immense. Qu’il quitte donc Pompéi sans regrets, pour entreprendre des recherches plus délicates, mais que sa persévérance et son talent rendront assurément fécondes ! L’Europe l’applaudit à l’avance, et ses concitoyens montreront leur patriotisme en l’aidant énergiquement, car il ne peut manquer d’assurer à l’Italie la reconnaissance du monde savant et une gloire nouvelle.