PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION XXI
ment troublés. A rechange fécond des idées ont succédé une polémique et une animosité qui obscurcissent parfois, pour chacune des deux nations, non seulement le présent, mais encore tout le passé de l'autre. 11 devait en être ainsi, et il faut avouer que la plupart des Allemands n'ont rien négligé pour envenimer les haines et les antipathies. Dans la guerre de plumes qui succède forcément à la lutte des armes, ils ont procédé avec cette lourdeur et cette arrogance qui sont le revers du tempérament germanique. Que, par exemple, certains d'entre eux aillent jusqu'à nier l'importance du mouvement philosophique ethumanitaire de la France du xvnr9 siècle, qui a précédé et puissamment influencé leur propre littérature classique, cela ne prouve qu'un petit esprit et un manque d'éducation. Est-ce une raison pour nous d'imiter leur étroitesse ? Je ne suis pas de ceux qui croient devoir mêler la politique aux questions de philosophie, d'art ou de littérature { .
1 Je me sens d'autant plus libre pour le dire, que je suis Alsacien, et que j'ai opté pour la France. J'ai consigné quelques vues sur la situation nouvelle créée par l'annexion, dans une brochure publiée pendant la guerre : l'Alsace et les Prétentions prussiennes. Genève, librairie Richard, 1871.