‹ Le drapeau blancChapitre 31 sur 61 · LES MÉPRISES · texte numérisé non relu

LES MÉPRISES

La police cherchait un homme brun, de haute taille et d'un embonpoint remarquable. Je suis blond , petit et maigre ; cependant j'ai été arrêté le 1 7 janvier dernier , et mis au secret à la salle Saint-Martin.

Dans cette saison, les jours sont courts, la nuit arrive bientôt : or, un détenu na rien de mieux à faire que de dormir.

Je m'étends donc sur mon grabat; le sommeil me gagne , me voilà profondément endormi.

Mais au bout de deux heures environ , je suis tout à coup réveillé par un cliquetis d'armes , et par un bruit confus qui me donna l'idée d'un événement extraordinaire survenu dans Paris. Je me lève subitement : de mon lit à la fenêtre, il ne faut que s'alonger ; et de cette fenêtre , donnant sur la seconde cour, j'aperçois des pots à feux, des torches, des militaires, (\çfi pompiers; enfin, je ne doute pas que ce ne soit un incendie.

Ne me souciant pas d'être grillé sans savoir pourquoi , je frappe de toutes mes forces à )|l porte de ma chambre : j'appelle k grands cris le concierge; mais il ne se presse pas. Je retourne à ma fenêtre ; et à travers les barreaux, je vois descendre de plusieurs équipages brillans , des femmes magnifiquement parées , accompagnées par des hommes en grand costume , et précédées par des valets à grande livrée.

Voyant aussi parmi tout ce beau monde , des gendarmes qui allaient et venaient dans la cour , je me dis : C'est une conspiration découverte dans quelques, salons dorés du faubourg Saint-Germain ; et voilà les conspirateurs qu'on amène à la Salle Saint-Martin.

L'espérance d'avoir un camarade de chambre me console; et en attendant le concierge, je me jette, de nouveau sur mon lit , et je me livre une seconde fois au sommeil. Je rêvais depuis une heure à la liberté individuelle , quand je fus réveillé par une musique harmonieuse, dont je me demandai l'usage dans une pareille demeure. A cet instant , le concierge entra dans ma chambre , dont il eut grand, soin de fermer la porte.

Nous voilà seuls, je le presse de questions.

Le détenu. Expliquez -moi ce que c'est que ce mouvement qui m'a d'abord réveillé en sursaut, et pourquoi ces instrumens dont les sons parviennent jusqu'ici?

Le concierge. Monsieur, c'est un bal que donne S. Exe. M. le préfet de police.

Le détenu. Comment! un bal ici? Le local est bien choisi ! En donne-t-il souvent? Cela doit l'entraîner à de grandes dépenses ?

( r.8 ) Le concierge. Oh mon Dieu non ! Il n'en coûte rien à S. Eac. Cest un bal politique qui se renouvelle plusieurs fois pendant le carnaval. Les frais en sont prélevés sur les dépenses secrètes.

Le détenu. Mais devrail-on donner des fêtes dans une enceinte où gémissent tant de malheureux?

Le concierge. Bah î qu'est-ce que cela fait ? Ne faut- il pas que M. le préfet de police s'amuse, et qu'il fasse danser ies amis?

Le détenu. A la bonne heure , puisque cela lui convient et qu'il en est quitte à si bon marché ; mais n'est-ce pas insulter au malheur?

Le concierge. Chacun est ici à sa place ; et si M. le préfet voulait s'apitoyer sur le sort des détenus , on ne danserait jamais chez lui. Un prisonnier ne s'est-il pas pendu hier dans les latrines du grand dépôt?

Le détenu. Allons , je vois bien que votre préfet est un philosophe , un véritable indépendant; mais moi qui n'ai pas envie de me pendre, procurez-moi un peu de liberté, seulement celle de la cour, afin de voir la fêle de plus près.

Zeco/2c/er^e. Impossible, monsieur; j'ai déjà assez d'inquiétudes à cause d'un prisonnier qui était ici depuis quatre mois , et qui vient de s'évader sans me prévenir; mais tranquillisez-vous; votre arrestation est une méprise ; vous sortirez demain ; et pour vous dédommager d'avoir été pris pour un autre , demandez à M. le préfet un billet pour le second bal politique qu'il doit donner le 7 février prochain.

— Nous abandonnons entièrement à nos lecteurs

le soin d'ajouter des réflexions au récit simple et fidèle que nous allons leur faire.

M. Tallien a été fort lié autrefois avec le général Bernadole, que les républicains virent avec tant de joie promu au ministère de la guerre. M. Tallien a fait valoir le souvenir de celte ancienne intimité, pour obtenir de Sa Majesté suédoise que ce fût sous ses augustes noms qu'on présentât aux fonds de baptême le fils nouveau-né de M"^^ la comtesse P""**, fille de M. Tallien, filleule de Joséphine - Beauharnais- Buonaparte, et qui porta dans son enfance le nom de Thermidore, en commémoration de l'époque célèbre où son père sauva , par son courage, tant de victimes déjà désignées pour l'échafaud (j). Le roi de Suède nomma pour le représenter dans cette solennité religieuse, M. Rousselin , qui a échangé. ce nom , que la révolution n'a pas laissé tout à fait inconnu , contre le nom de comte de Saint-Albin.

Le petit comte de P*** a donc reçu les noms royaux de Charles-Jean, qui ne peuvent manquer de lui porter bonheur.

M. le comte de Saint-Albin, qui est un des actionnaires propriétaires du Journal du Commerce y avait, dans une intention très-louable de bienveillance pour M. Tallien, rédigé un petit article conçu à peu près en ces termes : u S. M. le roi de Suède a eu la bonté M de permettre que l'on présentât sous ses noms aux

(i) S'il est de terribles souvenirs qui ne peuvent jamais s'effacer, il serait injuste et cruel d'oublier les grandes expiations. Qui pourrait refuser une part immense de miséricorde à l'Iiomme qui, le premier, attaqua Robespierx'e, et le traîna à l'écfaafaud, où il avait envoyé tant d'innocens ? Est-ce aux royalistes qu'il faut recommander de n'être point ingrats ?

( xîo )

« fonds baptismaux, le jeune comte P***, petit-fils de «f ]\I. Tallien , à qui tant d'infortunés , et la Fiance »( peiit-ctre , durent leur salut , lorsqu'au 9 therniKior « il eut le courage d^ lever le poignard sur Robes- « pierre , contre lequel il provoqua le décret d'accu- *( sation. »

Cette note fut remise et recommandée au bureau du Journal du Commerce. Etonné de ce qu'au bout de trois jours elle n'avait pas encore paru, M. le comte de Saint-Albin se transporte au journal; on l'introduit auprès du rédacteur en chef de service. (Us sont plusieurs qui remplissent ces fonctions par quartier. ) Nous aurons suffisamment désigné ce rédacteur en chef, quand nous aurons dit que c'est le même homme devant lequel M. le chevalier Dupuydes-Islets crut pouvoir se glorifier de n'avoir porté d'autre tête que la sienne (i). — « Pourquoi, dit « l'actionnaire au rédacteur, ma petite note n'a-t-elle «pas paru?- — Oh! mon cher , la première moitié « en est excellente ; il est très-bon que l'on sache « qu'il y a eu en Europe un roi qui veut bien être , « au moins par procuration , le parrain du petit-fils « d'un régicide; mais pourquoi avoir rappelé Ro- «' bespierre et le c> thermidor? Savez-vous bien que ,

(i) Voici l'anecdote. M. T., cet ardent ami de la liberté , avaieeu le courage de se résifi,ner, sous le despotisme impérial , à accepter, du duc Fouclié et du duc Savary, les fonctions très - peu libérales de censeur d'un de nos journaux, auquel M. Dupavdes-Islets fournissait des articles, l^ans un démêlé assez vif qui s'éleva entre le rédacteur genlïllioitimc et le censeur indôpendont, celui-ci se permit de dire : JUamicur, vous portez La télé bien haut,^— Cest possible, répliqua iVl. Des-Islets ; mais3v. n'ai JA.MA1S roRTK (^UE LA. îiiENNE. Cc mot tcrirûna la conTersationv

« pour les patriotes, Robespierre et le 9 ihermidor « ne sont pas encore jugés? «

M. Rousselin de Saint-Albin sortit sans dire un mot , et courut raconter à M. Tallien la réponse plus qu'étrange du rédacteur en chef du Journal du Commerce. uOh! abomination! s'écria M. Tallien <( en se frappant le front avec désespoir, il y a donc « DES ultra-régicides! ! ! »

p^ers pour mettre au bas du portrait du duc de Feltre.

La France , au siècle des Bayarcl, De ce guerrier fidèle eût béni la mémoire, ^^îtres qui ne pouviez soutenir son regard, venez , foulez sa tombe , insultez à sa gloire.... Gens de bien , pleurez a l'écart.

Dame Minerve la quêteuse Ne peut dépêcher ses ducats A cette troupe aventureuse Qui voulait peupler le Texas.

' Par un ordre fort despotique ,

Digne des siècles féodaux , Ferdinand Sept , prince gothique , A mis fin à la république Que rêvaient nos chers libéraux.

Quand dans leur champ on les bouscule , Toute pleine d'affliction , Minerve , avec componction , Veut s'approprier le pécule Pour sa consolation.

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