UN AUTRE MILICIEN
Vous aimeriez pas autant être capitaine, colonel ou général ? ( Tous rient aux éclats.)
FRANÇOIS
Je vois pas pourquoi vous riez. .. .c'est pas pour mon plaisir que je viens me faire tuer. . . . {Eclats de rire) . . . .Si Louise m'avait pas tant forcé .... {Rires.)
UN MILICIEN
Quelle Louise ?
FRANÇOIS
La Louise à M. Dumas. {Rires.)
UN MILICIEN
Quel Dumas ?^
FRANÇOIS
Vous m'embêtez à la fin. ... M. Dumaa, notre maître à tous deux, à Louise et à moé. {Rires.)
UN MILICIEN
Mais pourquoi la Louise t'a-t-elle tant forcé ?
FRANÇOIS
Eh ben ! c'est une curieuse fille, allez ! (Rires.) Elle s'immgine qu'on peut pas être un homme Bans avoir un habit de soldat, sans aller à la guerre. .. .C'est comme ça qu'elle m*a forcé en disant qu'elle m'épouserait si j'allais à la guerre.
UN SOLDAT
Est-ce qu'elle t'a dit qu'elle t'épouserait mort ou vivant? {Rire général.)
FRANÇOIS
Monsieur le sergent, pour un homme qui vient se battre, il me semble que je suis pas reçu comme je devrais l'être. Et puis, je suis envoyé par le capitaine de Sérigny. . . .
LE SERGENT
C'est vrai. .Silence, soldats !. . . .Respectons le particulier. .. .mais, dis donc, mon garçon, où l'as-tu laissé notre capitaine ?
FRANÇOIS
A un mille d'ici. Il allait reconduire le capitaine Murray.
40 t,t DRAPEAU DE CARILLON
LE SERGENT
Ah ! oui, le capitaine Murray.
FRANÇOIS
Oui, ils venaient tous deux de chez M. Dnmas où il y a deux belles filles, mes maîtresses. {Rires.)
LE SERGENT
Silence.
UN SOLDAT
La Louise est-elle jolie? {Rires.)
FRANÇOIS
J'cré ben. . . .{Rires.)
UN SOLDAT
Je propose une santé à la Louise . . . . '
TOUS
Oui ! oui ! à la Louise ! (Ils boivent.)
LE SERGENT
Maintenant, soyons sérieux. . . . {A François.) Donc, mon garçon, que tu veux être milicien ?
FRANÇOIS
Oui, mon caporal ! {Tous rient)
LE SERGENT
Mon sergent, imbécile !
FRANÇOIS
Mon sergent imbécile. . . .{Rires.)
SERGENT
Hein?
FRANÇOIS
Pardon, monsieur le capitaine.
UN MILICIKN
Dis donc, l'ami, as-tu une bonne ceinture ?
FRANÇOIS
Oui, pourquoi ça ?
LE MILICIEN
Pour te serrer le ventre quand tu auras faim »... car on mange pas souvent à la guerre ....
UN AUTRE MILICIKN
L'ami, as-tu fait ton testament avant de partir ? Qn'est-que tu as laissé à la Louise ? (Rire général.) On entend du bruit)
LE SERGENT
Silence, messieurs, c'est notre capitaine. . . .{De^ Sérigny, entre.)
DE SÉRIGNY, suluc et aperçoit François Tiens ! François. . . . Mes enfants, je vous présente une recrue, un nouveau soldat. . . .
FRANÇOIS
Je rac suis fait connaître (rire général)^ mais j'ai
pas été reçu comme j'espérais.
DE sÉRiGNY, sévère Comment cela?
C est comme Louise, ils me prenaient pas au sérieux, je suppose. .. .mais tout est^ correct à cette heure.
LE SERGENT
On vous remercie, capitaine, d'avoir pensé à nous, de nous avoir envoyé un vin qui nous a réjoui le cœur et fortifié l'âme. . . ,
42 J^t DRAPKAU DE CARILI.ON
DE SÉRIGNY
C'est le moment d'avoir l'âme forte, d'avoir du cœur au ventre. . . . Dans quelques heures, mes amis, vous entendrez le clairon et vous serez en face de l'ennemi. .. .Miliciens, mes amis, vous serez braves comme de coutume, vous me suivrez ....
FRANÇOIS
Il paraît que c'est dangereux de vous suivre ! {Eclats de rire.)
DE SfcRIGNY
Vous oubliez, François, qu'un soldat doit se taire, quand son capitaine parle. . . , (Il continue.) Oui, vous me suivrez, nous serons, comme toujours, les premiers en avant, et nous montrerons aux soldats réguliers de la France et aux Anglais de quel bois, de quel métal les Canadiens sont faits .... 11 faut que demain, le drapeau de la France flotte sur les murs de Québec .... Je voudrais, pour lui faire place, être le premier à jeter le drapqau anglais dans le Saint-Laurent . . . .Perdre Québec, c'était la mort, le reprendre, c'est la résurrection. . . .Nous le reprendrons. . . . Vive la France !
TOUS
Vive la France ! . . . .
RIDEAU
D^UXIÈM^ ACT^ 43
DEUXIEME AOTB
Même salon