SCÈNE DEUXIÈME
CLAVET
Bonjour, Louise.
LOUISE
Bonjour, monsieur.
Les demoiselles sont-elles à la maison?
LOUISE
Non, monsieur, elles sont sorties avec monsieur Dumas pour aller visiter le champ de bataille.
OLAVBT {s' approchant et lui prenant le menton) Toujours jolie. ...
LOUISE
Voyons, monsieur, vous me l'avez dit assez souvent.
OLAVBT
Il n'y a pas de mal à répéter ce qui est vrai.
LOUISE
Ces choses-là, c'est bon à dire à des grandes demoiselles, comme mademoiselle Alice, par exemple. . . .
CLAVET
Tu es de mauvaise humeur aujourd'hui... .
Tiens, prends cela pour te remettre sur farine. {Il lui donne quelques pièces d!or.)
LOUISE
Merci, monsieur. . . .Vous êtes ben chanceux, vous, d'avoir de l'or quand tout le monde se plaint qu'il y en a plus dans le pays ....
n y en a pour ceux qui savent où il est.
LOUISE
Vous devriez ben en donner à mon pauvre maître, qui se lamente constamment, disant qu'il est ruiné, ce qui fait pleurer les bonnes demoiselles.
CLAVET
Mademoiselle Alice n'a qu'à le vouloir pour être riche et tirer son père d'embarras ; mais non, elle me préfère son beau capitaine, qui n'a pas le sou.
LOUISE
Elle a peut-être tort, maïs ça me fait de la peine de les voir si tristes, si pauvres.
CLAVET
Et toi-même, pauvre fille, tu dois être inquiète, que vas-tu devenir?
LOUISE
C'est vrai ! Quand je réfléchis, il me prend des inquiétudes sérieuses ; mais je réfléchis pas souvent, heureusement.
CLAVBT
Tiens ! écoute, tu peux sauver ton maître et tes maîtresses et te sauver toi-même en disant la vérité, en signant ce petit papier.
Mais qu'est-ce qu'il dit, ce petit papier ?
CLAVET
Oh ! simplement. . . .que le capitaine de Sérigny a rencontré un oflicier anglais chez M. Dumas, à son ancienne maison, la veille de la dernière grande bataille.
LOUISE
Est-ce tout ?
CLAVET
Et que souvent le capitaine de Sérigny a parlé mal de monsieur l'intendant et qu'il le traite de voleur.
LOUISE
Ah ! pour ça, il se gêne pas de le dire. . . •
CLAVET
Eh bien ! signe.
LOUISE, à la tablcj hésitant Je sais pas si je fais ben de signer ça?
CLAVET, lui donnant une pièce d'or Voyons, si c'est vrai ....
LOUISE
Ah ! c'est vrai ! (Elle signe.)
CLAVET
Maintenant remets donc cette lettre à un soldat que tu trouveras à la porte. . . .Cours vite!. . (Il la rappelle,) Promets-moi de ne jamais dire un mot de ceci, à personne.
LOUISE
Vous me faites peur ! Je vous le promets.
CLAVET
Je vais sortir pour quelques instants. Ne dis à personne que je suis venu ; sois discrète, car si tu me trahissais, je saurais me venger. {Il sort.)