‹ Le drapeau de Carillon: drame historique en trois actes et deux tableauxChapitre 16 sur 31 · SCÈNE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE DEUXIÈME

CLAVET

Bonjour, Louise.

LOUISE

Bonjour, monsieur.

Les demoiselles sont-elles à la maison?

LOUISE

Non, monsieur, elles sont sorties avec monsieur Dumas pour aller visiter le champ de bataille.

OLAVBT {s' approchant et lui prenant le menton) Toujours jolie. ...

LOUISE

Voyons, monsieur, vous me l'avez dit assez souvent.

OLAVBT

Il n'y a pas de mal à répéter ce qui est vrai.

LOUISE

Ces choses-là, c'est bon à dire à des grandes demoiselles, comme mademoiselle Alice, par exemple. . . .

CLAVET

Tu es de mauvaise humeur aujourd'hui... .

Tiens, prends cela pour te remettre sur farine. {Il lui donne quelques pièces d!or.)

LOUISE

Merci, monsieur. . . .Vous êtes ben chanceux, vous, d'avoir de l'or quand tout le monde se plaint qu'il y en a plus dans le pays ....

n y en a pour ceux qui savent où il est.

LOUISE

Vous devriez ben en donner à mon pauvre maître, qui se lamente constamment, disant qu'il est ruiné, ce qui fait pleurer les bonnes demoiselles.

CLAVET

Mademoiselle Alice n'a qu'à le vouloir pour être riche et tirer son père d'embarras ; mais non, elle me préfère son beau capitaine, qui n'a pas le sou.

LOUISE

Elle a peut-être tort, maïs ça me fait de la peine de les voir si tristes, si pauvres.

CLAVET

Et toi-même, pauvre fille, tu dois être inquiète, que vas-tu devenir?

LOUISE

C'est vrai ! Quand je réfléchis, il me prend des inquiétudes sérieuses ; mais je réfléchis pas souvent, heureusement.

CLAVBT

Tiens ! écoute, tu peux sauver ton maître et tes maîtresses et te sauver toi-même en disant la vérité, en signant ce petit papier.

Mais qu'est-ce qu'il dit, ce petit papier ?

CLAVET

Oh ! simplement. . . .que le capitaine de Sérigny a rencontré un oflicier anglais chez M. Dumas, à son ancienne maison, la veille de la dernière grande bataille.

LOUISE

Est-ce tout ?

CLAVET

Et que souvent le capitaine de Sérigny a parlé mal de monsieur l'intendant et qu'il le traite de voleur.

LOUISE

Ah ! pour ça, il se gêne pas de le dire. . . •

CLAVET

Eh bien ! signe.

LOUISE, à la tablcj hésitant Je sais pas si je fais ben de signer ça?

CLAVET, lui donnant une pièce d'or Voyons, si c'est vrai ....

LOUISE

Ah ! c'est vrai ! (Elle signe.)

CLAVET

Maintenant remets donc cette lettre à un soldat que tu trouveras à la porte. . . .Cours vite!. . (Il la rappelle,) Promets-moi de ne jamais dire un mot de ceci, à personne.

LOUISE

Vous me faites peur ! Je vous le promets.

CLAVET

Je vais sortir pour quelques instants. Ne dis à personne que je suis venu ; sois discrète, car si tu me trahissais, je saurais me venger. {Il sort.)

Page 1