‹ Le drapeau de Carillon: drame historique en trois actes et deux tableauxChapitre 18 sur 31 · AL1GB · texte numérisé non relu

AL1GB

Pauvre monde !

DUMAS

Mais vraiment, les souffrances sont-elles aussi grandes qu'on le dit à la campagne ?

LE MILICIEN

Plus grandes, Monsieur, qu'on le dit, et c'est facile à comprendre. Un grand nombre d'habi" tants n'ont pas ensemencé leurs terres, le printemps dernier, d'autres n'ont pu sauver letirs récoltes ; ceux à qui il reste quelque chose, donnent

à ceux qui n'ont rien Après avoir mangé le

bétail, on mange les chevaux Toutes les familles sont en deuil. . . .Ici, c'est le père qui a été tué, là, c'est le fils qui est mort ; on voit partout des veuves et des orphelins.

BLANOUB

Mon Dieu ! ayez pitié de ces pauvres gens !

DUMAS

Qu'est-ce qu'on dit à la campagne de la situation ?

LE MILICIEN

Que la France ne fait pas pour nous ce qu'on fait pour elle . . On a tout souffert avec patience . . On s'est battu avec enthousiasme à Montmorency, sur les plaines d'Abraham. .. .On se plaignait bien un peu de la manière dont on était traité par les gens de l'armée, on disait que nos sacrifices

DKUXIÈMK ACT^ 49

n'étaient pas appréciés comme ils devaient l'être, néanmoins on souffrait tout pour Tamour de la

France Mais si la France ne nous envoie

pas les secours qu'on nous promet depuis si longtemps, nous croirons qu'elle nous abandonne, et nous retournerons à nos champs.

ALICE

Etiez-vous à la dernière bataille ?

LE MILICIEN

Oui, Mademoiselle, j'étais dans la compagnie du capitaine de Sorîgny.

ALICE

Vraiment?

LE MILICIEN

Oui, et j'en suis fier !. . . .En voilà un brave, on disait qu'il devrait être fait colonel. . . .11 le mérite bien.

ALICE

Mon përe, nous ne laisserons pas partir ce brave homme sans lui donner quelque chose, une obole.

DUMAS

Ce ne sera pas l'obole du riche !

ALICE

Eh bien, ce sera l'obole plus méritoire du pauvre. Il me reste, sur mes petites économies, deux pièces d'or, je lui en donne une. {Elle la lui donne,)

BLANCHE

J'en fais autant. {Elle lui donne une pièce d'or.)

DUMAS

Pauvres enfants !

LE MILICIEN

Merci, mesdemoiselles. Vous êtesauspî bonnes

que vous êtes belles. .. .Que le bon Dieu vous

protège !

LOUISE, entrant Monsieur Clavet !

ALIGB

Encore lui ! ... •

Page 1