‹ Le drapeau de Carillon: drame historique en trois actes et deux tableauxChapitre 27 sur 31 · SCÈNE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE QUATRIÈME

LOUISE, à Alice qui entre Mademoiselle, M. votre përe désire vous parler.

ALICE

Bien ; dis-lui que je suis rentrée. (Louise sort.)

ALICE

Il va encore me parler de M. Clavet, mais c'est inutile : Jacques a ma parole et mon amour.

LOUISE

Voici monsieur votre père. (Elle sort.)

DUMAS entre

ALICE

Vous désirez me parler, mon përe?. . . .

DUMAS

Oui. ...

ALICE

Mais qu'y a-t-il donc ?. . . .Vous paraissez bien abattu ....

DUMAS

nélas !. . . .La guerre est finie, l'armée française s'en retourne. . . .mes comptes ne sont pas réglés. . . . Je suis ruiné. . . .

ALICE

Monsieur Olavet refuee-t-il toujours de vous rendre compte ?. ...

DUMAS

Oui, et je me suis mis à sa merci !

ALICB

Mais est-ce qu'il n'y a plus de loi, plus de justice?. . . .

DUMAS

Dans les circonstances où nous nous trouvons, la lutte est impossible ; que pourrait faire la loi et la justice quand Clavet aura quitté le pays et sera rentré en France où nous serons considérés plus ou moins comme des étrangers?. . . .

ALICE

Le capitaine de Sérigny avait promis de m'écrire et de s'occuper de vous et de vos affaires. .

DUMAS

Oui, mais le temps presse, il nous laisse sans nouvelles. Nous ne pouvons plus compter sur lui II aurait trouvé moyen de te faire parvenir une lettre s il t'aimait comme autrefois. . . .

ALICE, songeant C'est vrai !. . . . mais. . . .

DUMAS

Est-il prudent, dans les circonstances pénibles où nous sommes, de faire dépendre notre bonheur des sentiments plus ou moins éphémères d'un homme que nous ne reverrons peut-être jamais ?

ALICB

Mon Dieu ! mon Dieu !

DUMAS

Alors pourquoi refuser un mariage qui assurerait ton avenir et celui de ta famille?. . . .Il faut que Clavet t'aime, après tout, pour tant tenir à t^épouser lorsqu'il me sait ruiné.

ALICE

L'amour de cet homme me fait pour .... De grâce, ne me parlez pas de lui !

DUMAS

Je croyais, Alice, que tu avais renoncé à de Sérigny et qu'alors tu serais mieux disposée à concilier tes sentiments avec notre intérêt.

ALICE

Mais quel est donc cet intérêt ? . . . . Comment se fait-il que le sort de ma famille dépende de mon mariage avec Clavet? . . . .Ne pouvant gagner mon cœur, il veut acheter ma main !. . . . C'est cela, oui, c'est évident. . . .Eh bien ! non. . . Si la marchandise est vendue, elle ne sera pas livrée. . . .

DUMAS

J'ai eu tort, peut-être, de tant vouloir ce mariage, mais je voulais éviter la faillite, la misère.

ALICE

La misère ! vous exagérez, mon père.

84 l^t DRAPEAU DE CARILLON

DUMAS, affaissé

Non, ei Clavet part, il emporte tout ce qui rae restait, il me laisse sans le sou et avec des dettes que je ne pourrai acquitter.

ALICE, vivement émue

Mon Dieu ! quelle situation pénible, cruelle !

mon përe, le temps est arrivé de vous dire tonte

la vérité.... le capitaine de Sérigny est mon

fiancé.

DUMAS, atterré

Alors, tout est perdu.

BLANCHE, entrant subitement

Pardon, mon përe, mais Louise vient de m'ap" prendre que François est revenu ; il est allé voir sa vieille mère, et il a promis d'être ici dans quelques minutes.

ALICE

Cela veut dire, mon père, que vous devez à tout prix obtenir un délai jusqu'à demain.

DUMAS

J'entends du bruit, ce doit être Clavet, laissezmoi seul avec lui, je tâcherai de le faire attendre.

(Les deux jeunes filles sortent. Clavet entre.)

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