LES MÊMES, DE SÉRIGNY
{De Sérigny entre - Joie d^ Alice.)
ALICE, le toisant
Monsieur le capitaine, s'il vous plaît .... Je suis fiëre de votre gloire, mon ami, et j'en prends une part au fond du coeur.
Je vous félicite, monsieur.
BLANCUE
Nous vous félicitons.
DE SÉRiaNY
Ah ! le métier de soldat est rude, pénible, parfois, le spectacle des maux engendrés par la guerre est accablant, il est triste de voir tomber à côté de soi des hoijimes pleins de vie, de courage, des amis, des braves, des héros comme Muntcalm, mais il y a des compensations pour
celui qui se bat par dévouement pour son pays . . . .pour ea gloire et pour sa liberté. ... et puis, de soldat on devient sergent,lieutenant,capitaine,
colonel, général, peut-être et on pense k
celle qu'on aime. Cette pensée exalte notre courage, et Tobjet de notre amour devient pour nous le symbole idéal, l'image même de la patrie.
ALICE
Et celles qui vous aiment pensent à vo»e, prient pour vous, ainsi que pour le succès de votre cause .... de notre cause.
DE SBRIGNY
Ah ! merci ! car la lutte est terrible, les dangers continuels, tous les jours ce sont des escarmouches, des combats ....
Et votre blessure ?
DE SBRIGNY
Ah ! je n'en souffre plus. . . .mais je l'ai échappé belle ! . . . . Vous savez, sans doute, mad moiselle Blanche, que sans le dévouement et la bravoure de mon ami Murray, je n'aurais pas le plaisir de vous voir aujourd'hui ? . . . .
BLANCHE
C'est donc bien vrai? ....
DE SBRIGNY
Oui, bien vrai ! . . . .
ALICB
Racontez-nous donc cela.
DE SÉRIGNY
Hëlas ! nous étions battus, et nous devions rêtre. Montcalm, audacieux jusqu'à la témérité, avait engagé la bataille dans les conditions les plus déplorables. . . .Nos troupes battaient en retraite, Montcalm faisait des efforts désespérés pour les rallier. ... Il avait déjà' reçu deux blessures, son sang coulait, mais il continuait de se battre. . . .Ah ! qu'il était beau à voir dans cette tempête ! il ressemblait au Dieu de la guerre. Soudain, un coup de feu le blesse mortellement et le jette à bas de son cheval . . . .J'étais parmi ceux qui combattaient autour de lui. ..Nous étions serrés de prës ; tout à coup m'étant porté en avant, je fus entouré, et j'allais recevoir un coup de baïonnette en pleine poitrine, lorsqu'un officier anglais fit dévier l'arme et cria que j'étais son prisonnier. Cet officier était le capitaine Murray. Quelques jours après, grâce à sa générosité, j'étais remis en liberté sans condition.
BLANCHE
Vous oubliez de dire que le capitaine Murray, blessé lui-même et fait prisonnier après vous avoir sauvé, fut transporté ici, à votre demande.
DE SERIGNY
Et soigné, guéri par vous en peu de jours.
BLANCHB
Et par Alice. .. .
DE SBRIGNY
Ouï, mais avec moins d'efficacité, paraît-il !
BLANCHE
Voyons, capitaine, est ce qu'il ne mérite pas qu'on l'aime un peu?
DE SÉRIQNY
Beaucoup même. . . .
BLANCHE
Il y a de bons Anglais, n'est-ce pas !
DE SÉRIGNY
Oui, le capitaine Murray, par exemple.
Jacques, faites attention à vos paroles.
DE sÉRÎGNY, souriant
Ma foi ! tant pis ! {On entend du bruit^ des coups defvsil^ des cris.)
DUMAS
Que signifie ce bruit ?. . . .Si nous allions voir, cai^itaine. . . .
DE SLRIGNY
Oui, allons. . . .