‹ Le drapeau de carillonChapitre 3 sur 36 · LOUISE, FRANÇOIS · texte numérisé non relu

LOUISE, FRANÇOIS

Louise époussetant et fredonnant une chanson canadienne. François entre, un bouquet à la main.

LOUISE

Tiens! François! Bonjour, François... {regardant attentivement). Mais qu’est-ce que c’est que ça ? . .

cet air ! . cette façon !. . . . cette mine ! -

ce bouquet !... .{Elle rit à gorge déployée.)

FRANÇOIS

Bon ... la v’la encore qui rit !... . qui rit ! . . . . comme toujours. . . ingrate!. . . mauvaise tête!. .. Eh ben! ce bouquet, sais-tu pour qui c’est?

LOUISE

RB' franchement, je le sais pas .

FRANÇOIS

Eh ben ! c’est nour toé. . . .tu sais donc pas que

c'est ta fête aujourd’hui. . . Tiens, sans cœur. . .

(27 lui offre le bouquet.)

LOUISE

Ah ! ce bon François ! Excuse-moé, vrai, je gavais pas que c’était ma fête. . . .t’es ben gentil ! (. Prenant le bouquet.) Tiens, embrasse-moé. . vite,

par exemple .

François, l'embrassant

Vrai, ça me fait du bien . . . .je voudrais que ça serait ta fête tous les jours.

louise, riant

Tu t’imagines pas que je t’accorderais la même

faveur tous les jours . (Elle rit.)

FRANÇOIS

La v’ia encore partie à rire !

Chacun son goût, j’aime mieux rire que pleurer . il y a ben assez de mademoiselle Blanche

qui est toujours triste depuis qu’elle a fait la

connaissance du jeune officier anglais .

FRANÇOIS

Le fait est que depuis la grande bataille, tout le monde est triste ici ... .et il y a ben de quoi, quand on pense à la mort de ce pauvre monsieur marquis de Montcalm et aux conséquences. . . . quand on se demande si on sera pas tous Anglais bientôt. .. .Dans tous les cas, ils devraient beu finir de se battre.

PREMIER ACTE

LOUISE

Pour dire la vérité, t’as jamais eu beaucou de goût pour la guerre !

FRANÇOIS

Ah ! tiens, ne parlons plus de la guerre, ça me rend malade. . . .c’est si triste !

LOUISE

C’est triste, mais c’est beau, c’est grand !. . . „ C’est plus fort que inoé, quand je vois un militaire, un simple soldat même, il me prend envie de l’embrasser.

FRANÇOIS

Tu seras ben toujours folle . Mais quand

est-ce que tu seras sage ?

Qu’est-ce que tu entends par ces paroles?

FRANÇOIS

J e veux dire, quand est-ce que tu seras sérieuse !

LOUISE

C est plus convenable !. . . . Kh ben !... .je serai plus sage ou sérieuse, quand tu seras plus brave.

FRANÇOIS

J’ai pas besoin d’être si brave pour faire ma besogne.

LOUISE

Justement, tu devrais lâcher cette besogne.

FRANÇOIS

Pour quoi faire?

LOUISE

Pour te faire soldat. . . .Tiens, il me semble que je t’aimerais si je te voyais avec un bel habit de soldat.

FRANÇOIS

Mais on se fait pas soldat rien que pour l’habit,

l’uniforme comme on appelle ça . Il faut se

battre, et on se bat pas tout seul, il y a des gens qui tirent de l’autre côté, du côté des Anglais» par exemple, et il paraît qu’ils savent tirer, car tous ceux que j’ai connus qui sont allés à la guerre sont tous revenus tués ou blessés.

LOUISE

Eh ben ! leur peau valait ben la tienne. . . .On meurt, ou on revient caporal, sergent, et on est fier de soi, on est admiré, aimé des belles filles. .

FRANÇOIS

Mais que deviendra le pays, la postérité, si tous les beaux hommes se font tuer? Les belles filles seront ben à plaindre, car le mariage, c’est comme la guerre, ça se fait à deux !

louise, riant à gorge déployée

Ah ! ah ! que c’es: donc drôle !. . . Il se compte parmi les beaux hommes ! . . . . Ah ! ah ! quelle

perte pour la postérité s’il disparaissait ! ! ! .

FRANÇOIS

Quand donc vas-tu finir de te moquer de moé?.. Si je m’écoutaisje partirais, je me ferais soldat. .

rRClIll-m ACTE

LOUISE

Y a pas de danger que tu t’écoutes! {Elle rit.)

Ali ! tu me défies, hein !.. .tu me pousses à bout. . . .eh ben ! écoute. Si je va à la guerre et que je revienne, est-ce que tu consentiras à m’épouser?

Louise, riant

Ah, oui ! je te le promets, quand même tu reviendras avec un bras ou une jambe de moins ! (Elle rit.) Mais au moins ne perds pas la tête.

FRANÇOIS

Ah ! pour ça, y a ] as de danger, j'ai a-sez de plomb dans la tête, j’en ai pas besoin davantage. Tout de même si je me faisais tuer .

LOUISE

Sois tranquille, je ferai dire des messes pourle

repos de ton âme .

FRANÇOIS

Et dire que c’est pour cette fille-là que j’va aller me faire mettre en charpie, peut-être. , .

LOUISE

On a tant besoin de charpie !

, FRANÇOIS

Je sais ben que tu me crois pas. . . .tant pis ! Si tu as du cœur, tu regretteras, peut être, demain, de m avoir si mal traite .. .(Il part et

lu

revient). Un conseil avant de partir. . . Méfie-toé de M. Clavet. . . En v’ià un à qui je donnerais pas le bon Dieu sans confession. . . .

LOUISE

Ah ! par exemple, un Monsieur qu’est si bon pour le pauvre monde !

FRANÇOIS

Oui, pour les pauvres filles comme toé, qui se laissent entortiller par ses manigances. .. .un homme dont on peut pas voir les yeux en face. .

LOUISE

Je trouve, moé, qu’il aies yeux doux, au moins, quand il me regarde. ( Elle rit.)

FRA.NÇOIS

Ris, ris, mais prends garde de pleurer plus tard.

LOUISE

Tiens, justement, le v’ià.

François, sortant.

J'm’en vas. . .j’peux pas le voir en face. . .j’va' m’engager. . . .

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