SCÈNE TROISIÈME
LOUISE puis FRANÇOIS
louise, apercevant François Mais! je me trompe pas, c’est François !
FRANÇOIS
Oui, c est moé, avec un bras de moins, mais c’est toujours moé, François.
LOUISE
i au\ rc François !... que je suis heureuse de te voir !... ( Elle pleure.)
troisième; acte;
SI
FRANÇOIS
Ah ! tu ris plus maintenant, c’est pour te plaire, pour avoir un uniforme que je me suis fait écliarper de cette manière par les Anglais !. . . . et aussi pour faire mon devoir envers mon pays. . .
LOUISE
Vrai! Je te prenais pas au sérieux, mais je vois maintenant que tu es un homme, un brave.
FRANÇOIS
As-tu pensé à moi au moins pendant que je me faisais massacrer par les Anglais ?. . . .
Ah oui ! J’ai fait brûler un cierge pour que tu guérisses, quand j’ai appris que tu avais été blessé.
FRANÇOIS
Vrai !... .tu me fais sauter le cœur de joie.
LOUISE
Mais, dis-moi donc ce qui s’est passé.
FRANÇOIS
C’est bien simple. Voyant que pour te plaire il fallait se mettre soldat, je me suis engagé dans la compagnie du capitaine deSérigny. . . .C’était une compagnie avantageuse pour se faire tuer, car il fallait ben suivre notre ca pii aine, et il était toujours en avant, criant : “ En avant ! en avant ! mes braves”. . . .Ou aurait aime autant être un peu plus en arrière, mais on le suivait sans trop savoir où on allait à travers les
1,3 DRAPEAU Dlî CARILLON
balles et les boulets. . . . bing, bang, boum. . . . Un bon coup, me v’iàsusle dos sans connaissance ! Quand je revins à moé, j’étais dans un hôpital anglais, et j’avais un bras de moins . . .Voyons, là, franchement, es-tu contente de moé ?
LOUISE
Ab ! oui .... je ne suis pas aussi contente de moé-inême.
Tiens ! qu’est-ce qu’il y a ? Est- ce que tu te serais mal conduite, par hasard ?
LOUISE
J’en suis pas sûre, mais je crains. . . .
FRANÇOIS
Ah ! je voudrais ben connaître mon rival .... Tu sais, je suis pas allé à la guerre pour rien. . .
LOUISE
Non, non ! c’est pas ça. . . .11 se passe ici des choses, des choses que je comprends pas beaucoup. Il y a que notre maître est ruiné; qu’il veutforcer mademoiselle Alice à épouser monsieur Clavet, et que la pauvre demoiselle passe son temps à pleurer !
FRANÇOIS
l’on ! en vlà des belles nouvelles!
LOUISE
Je t ai pas dit le pire. J’suis en peine.
TROISIÈME A CT R
FRANÇOIS
Oui, oui, je savais que tu ferais des bêtises et tu en as fait; mais on vient, tu me conteras cela tantôt ; moé je cours embrasser ma vieille mère.
LOUISE
Oui, va mon bon François... Elle va être si heureuse de te revoir, ta vieille mère. Nous avons souvent parlé de toé ensemble. ( François sort.) SCENE QUATRIEME
Louise, à Alice qui entre
Mademoiselle, M. votre père désire vous parler.
ALICE
Bien ; dis-lui que je suis rentrée. ( Louise sort.)
ALTCE
Il va encore me parler de M. Clavet, mais c’est inutile : Jacques a ma parole et mon amour.
LOUISE
Voici monsieur votre père. ( Elle sort.) dumas entre
ALICE
Vous désirez me parler, mon père ?... .
DUMAS
Oui . ...
ALICE
Mais qu’y a-t-il donc? Vous paraissez bien
abattu ....
DUMAS
llélas !... .La guerre est finie, l’armée française s’en retourne. . . .mes comptes ne sont pas réglés. . . .Je suis ruiné. . . .
ALICE
Monsieur Clavet refuse-t-il toujours de vous rendre compte .
DUMAS
Oui, et je me suis mis à sa merci !
ALICE
Mais est-ce qu’il n’y a plus de loi, plus de justice ? . . . .
DUMAS
Dans les circonstances oii nous nous trouvons, la lutte est impossible ; que pourrait faire la loi et la justice quand Clavet aura quitté le pays et sera rentré en France ou nous serons considérés plus ou moins comme des étrangers?. . . .
ALICE
Le capitaine de Sérigny avait promis de m’écrire et de s’occuper de vous et de vos affaires. .
DUMAS
Oui, mais le temps presse, il nous laisse sans nouvelles. Nous ne pouvons plus compter sur lui II aurait trouvé moyen de te faire parvenir une lettre s il t’aimait comme autrefois'. . . .
alice, songeant
C’est vrai !. . . . mais. . . .
Est-il prudent, dans les circonstances pénibles où nous sommes, de faire dépendre notre bonheur des sentiments plus ou moins éphémères d’un homme que nous ne reverrons peut-être jamais ?
TROISIÈME ACTE
ALICE
Mon Dieu ! mon Dieu !
DUMAS
Alors pourquoi refuser un mariage qui assurerait ton avenir et celui de ta famille?. . . .11 faut que Clavet t’aime, après tout, pour tant tenir à t’épouser lorsqu’il me sait ruiné.
ALICE
L’amour de cet homme me fait pour .... De grâce, ne me parlez pas de lui !
DUMAS
Je croyais, Alice, que tu avais renoncé à de Sérigny et qu’alors tu serais mieux disposée à concilier tes sentiments avec notre intérêt.
ALICE
Mais quel est donc cet intérêt ? . . . . Comment se fait-il que le sort de ma famille dépende de mon mariage avec Clavet? . . . .Ne pouvant gagner mon cœur, il veut acheter ma main !. . . . C’est cela, oui, c’est évident. . . .Eli bien ! non. . . Si la marchandise est vendue, elle ne sera pas livrée. . . .
J’ai eu tort, peut-être, de tant vouloir ce mariage, mais je voulais éviter la faillite, la misère.
ALICE
La misère ! vous exagérez, mon père.
UË DRAPËAU DË CARILËON
dumas, affaissé
Non, si Clavet part, il emporte tout ce qui me restait, il me laisse sans le sou et avec des dettes que je ue pourrai acquitter.
alice, vivement émue
Mon Dieu ! quelle situation pénible, cruelle ! mon père, le temps est arrivé de vous dire toute la vérité. . . Le capitaine de Sérigny est mon fiancé.
dumas, atterré Alors, tout est perdu.
blanche, entrant subitement
Pardon, mon père, mais Louise vient de m’ap" prendre que François est revenu ; il est allé voir sa vieille mère, et il a promis d’être ici dans quelques minutes.
ALICE
Cela veut dire, mon père, que vous devez à tout prix obtenir un délai jusqu’à demain.
DUMAS
J’entends du bruit, ce doit être Clavet, laissezmoi seul avec lui, je tâcherai de le faire attendre.
( Les deux jeunes filles sortent. Clavet entre.)
Troisième; acTë
SCÈN E QU AT RI ÈM E
DUMAS, CLAVET
CLAVET
Vous avez reçu ma lettre.
DUMAS
Oui, et je l’ai communiquée à Alice.
CLAVET
Eli bien !
DUMAS
Elle demande du délai jusqu’à demain.
CLAVET
Pourquoi ce délai ?