‹ Le drapeau de carillonChapitre 34 sur 36 · SCENE SIXIEME · texte numérisé non relu

SCENE SIXIEME

clavet, alice, entrant

ALICE

V°us m avez fait demander, M. Clavet ?

TROISIÈME ACTE

CL A VET

C’est votre père qui m’a conseillé de vous voir, de vous parler, de plaider ma cause, pour me servir de ses expressions. Est-il étonnant qu’après avoir attendu si longtemps je désire en finir d’une manière ou de l’autre ?. . . .

ALICE

Oui, mais c’est en menaçant notre famille de la ruine et même du déshonneur que vous esperez réussir. . . .

CL A VET

Pourquoi, renoncerais-je à ce qui m’appartient, si je dois perdre l'espoir de vous posséder? ....

E outez, monsieur, quand un homm ; d’honneur épouse une femme, c’est parce qu’il se croit aimé

d'elle ou qu’il espère conquérir avec le temps son amour. . . .Eh bien ! je dois vous déclarer que je ne vous aime pas et me sens incapable de vous aimer jamais. . . .

CLAVET

Vos paroles, Alice, m’humilient profondément, mais elles ne détruisent pas l’espoir que j’ai de réussir à gagner un amour qui a été l’ambition de toute ma vie. . . .Vous ne serez pas la première à vous féliciter d’avoir épousé un homme d abord repoussé et imcompris .

EK DRAPEAU DE CARIEtON

ALICE

Il me semble que l’amour avant le mariage vaut mieux et offre plus <le garantie que l’amour possible ou probable après .

CLAVET

Mon amour est plus fort que vos raisonnements, et ma résolution est inébranlable .

ALICE

Vous ne voulez même pas attendre jusqu’à demain ?

CLAVET

Non.

AI.rCE

Votre opiniâtreté est votre condamnation. . . . Vous ne pouvez pas tant tenir à m’arracher une réponse immédiate sans avoir de mauvais motifs. . . .Cette réponse, je vous la donne : Non. . . . jamais !. . . .

CLAVET

Alors advienne qne pourra ! . votre cru¬

auté envers moi aura causé la ruine et le déshonneur de votre père, de votre famille.

ALICE

Encore la ruine ! le déshonneur ! Mais que voulez-vous dire?

CLAVET

Un banqueroutier n’est-il pas un homme ruiné, deshonore ?... .Et ce n’est pas tout. . . .la moitié seulement des marchandises vendues par votre père aux deux armées a été livrée.

TROISIÈME ACTE

ALICE

J’ai cru comprendre pue vous étiez totalement payé.

CLAVET

Oui, au moyen de traites payables plus tard, mais j’apprends qu’on fait une enquête et on ne sait pas ce qui peut arriver.

Ah ! je comprends maintenant pourquoi le capitaine Murray a fait demander des renseignements à mon père !

CLAVET

Quels renseignements ?

ALICE

Je ne sais. . . (Réfléchissant) Mais si vous avez réussi à vous faire payer pour des marchandises qui n’ont pas été livrées, le coupable ne serait pas mon père, ce serait vous !

CLAVET

Malheureusement, l’état- major anglais a entre les mains un papier signé par votre père, dans lequel la quantité des marchandises est fixée. . . . Soyez convaincue que nous sommes intéressés, votre père et moi, à être d’accord pour nous protéger.

ALICE

Je soupçonne que c’est surtout pour vous protéger vous-même que vous vous montrez si injuste,

si cruel ... .et pour cela il faut que je me sacrifie, que j’étoutfe mes sentiments. . . .que je me cou. damne à une vie de regrets. . . .

Continuez donc . . . . “et que je renonce au capitaine de Sérigny”. . . .Avouez donc que vous 1 aimez ! ...

ALICE

Eh bien, oui !... .c’est vrai, je l’aime. . . . Ne comprenez-vous pas combien il est cruel de me placer entre la ruine de mon père et le sacrifice de mon amour?

CLAVET

Pourquoi voulez-vous donc que je sacrifie moimême mon amour pour vous ?

ALICE

Mais, c’est différent, mon amour est partagé, je suis aimée, pendant que vous, sachant que vous ne l’êtes pas, vous persistez à vouloir m’épouser.

CLAVET

C’est vrai !... .j’ai tort de persister. . . .vous avez raison. . . .“ Périsse mon père ! Périsse ma sœur ! Qu’ils soient ruinés, déshonorés, pourvu

que j’épouse le capitaine de Sérigny !” Voilà

la signification de vos paroles, le résultat de votre conduite. . . .Permettez-moi de vous dire que c’est une manière assez singulière de mettre en pratique vos belles théories sur le dévouement et la générosité ....

TROISIÈME ACTE

Pauvre père ! pauvre sœur ! Voyons, M. Clavet, ayez donc pitié de moi !. . . .Ne soyez donc pas si cruel pour un homme qui ne vous a jamais fait aucun mal, pour ma sœur qui est si bonne . .

CLAVET

C’est à vous d’avoir pitié d’eux. . . .Songez à la responsabilité que vous assumez, songez aux regri ts que vous vous préparez. . . .Lorsque vous verrez votre père accablé, écrasé sous le poids de la honte, mourant, peut-être, de chagrin, vous vous direz : — c’est ma faute. . . .et lorsque vous verrez votre, sœur folle de douleur, obligée peutêtre de mendier son pain ....

alice, affolée

Ah ! de grâce, arrêtez ! - Non, non, je ne

veux pas que mon pere, que m i sœur soient malheureux à cause de moi.

clavet, s'approchant d’Alice

Vous consentez ? . . . .

alice, affaissée

Mon Dieu ! Ayez pitié de moi. ( Elle s’assied et semble anéantie.)

blanche, entrant suivie de François

Alice ! Alice ! C’est François. . . .Mais qu’as-tu donc ? Voyons, entends-tu ? c’est notre bon François.

alice, comme sortant d’un rêve

Ah ! oui, c’est lui, ce bon François, ce brave François. (Elle lui tend la main.) Tu reviens infirme, mais glorieux et plus digne que jamais de notre amitié.

clavet, à part

Que vient faire ce nigaud ?

FRANÇOIS

Ah ! il n’y a pas de quoi. . . .pourvu que vous me gardiez dans la maison, je serai heureux. (Il aperçoit Clavet.) Tiens, mais je me trompe pas. c’est M. Clavet.

CLAVET

Oui, c’est moi, que me veux-tu ?

FRANÇOIS

Rien, seulement j’étais pas pressé de vous voir. Mais on voit bien que vous êtes pas allé à la guerre, vous. . .vous avez engraissé, il me semble.

ALICE

Assez sur ce sujet. . . . donne-nous donc des nouvelles. . . .

clavet, ironiquement

Oui, du capitaine de Sérigny, par exemple. . .

FRANÇOIS

Ab! oui, ah! il est toujours le même, le brave des braves. . . .

ALICE

Oui, oui, mais où est-il ?

troisième; acte;

or.

FRANÇOIS

Je l’ai pas vu depuis plusieurs semaines, vous savez qu’il a été blessé encore.

ALICE

Gravement ?

FRANÇOIS

Oui. . .non. . . .c’est-à-dire que la blessure était grave, mais ce diable d’bomme-là a la vie de sept chats.

ALICE

Mais parle donc. . . .où est-il ?

FRANÇOIS

Je sais pas. . . .mais je sais qu’il est sorti de l’hôpital. . . .il doit s’en revenir.

alice, découragée

C’est tout ce que tu as à me dire.

CLAVET

Ça ne valait pas la peine de nous déranger.

FRANÇOIS

Je dis ce que je sais. ... je suis pas accoutumé à conter des mensonges comme vous. . . .Mais je suis ben sûr d’une chose, c’est qu’il reviendra lui, le capitaine de Sérigny, et que vous, vous partirez et qu’on vous reverra plus, j’espère.

clavet, à Alice

Si vous ne faites pas sortir ce manant, je vais m’en aller.

FRANÇOIS

Vous avez pas assez de cœur pour ça.

clavkt, s’avançant vers François

M isérable !

FRANÇOIS

J’ai pas peur de vous. . . J’ai qu’un bras, mais c'est assez pour vous.

ALICE

F rauçois, laisse-nous.

François, sortant

( Yé visage d’hypocrite !

CL A VET

\I c faire insulter de cette façon par ce valet, on dirait que tous ici oublient que je n'ai qu’un mot à dire pour les jeter dans la rue. . . Sans vous, sans l’amour que j’ai pour vous, ce serait déjà fait. . . Pardon de m’être mis en colère, je reprends mon sang-froid. . . Voyons, êtes-vous convaincue maintenant que vous ne pouvez plus compter sur de Sérigny ?

ALICE

Que voulez -vous dire ?

CL A VET

Que s’il ne vous écrit pas, s’il n’a pas même trouvé le moyen de vous envoyer un mot par François, c’est, qu’il ne l'a pas voulu. . . Ces militaires, voyez-vous, ils sont tous pareils, amoureux par accident, par occasion, mais toujours inconstants, volages, de vrais papillons volant de fleur en fleur. . .

alice, se levant

Vous prenez plaisir à me torturer.

CL A VET

V oyons, ne désirez-vous pas que je vous dise la vérité?. . Encore une fois, songez donc à Votre

TROISIÈME ACTE

chagrin, à votre désespoir, si pour un homme qui vous traite d’une manière peu digne de votre amour, vous sacrifiez les intérêts les plus sacrés, l’honeur même de votre famille.

alice, excitée

Et bien! écoutez, . si je n’ai pas avant

demain des nouvelles. . .ou si j’ai la preuve de ce que vous me faites craindre, s’il était possible qu’il m’eut oubliée. . . .et bien. . . .je. . . .je. . . . loüise, entrant subitement

Le capitaine Murray.

Ah ! Mon Dieu !

clavet, à part

Murray !

murray, entre et donne la main à Alice, qui est énervée.

Mais qu’y a-t-il donc?

ALICE

Rien, rien, un peu d’émotion. . . .

murray, apercevant Clavet

Ah ! vous ici.

Clavet

Oui, pour faire mes derniers adieux avant de partir pour la France. (A part.) Je voudrais bien m’en aller, mais il faut que je reste pour éloigner les soupçons. v,

MURRAY

Mais où est. mademoiselle Blanche ?

( Alice sonne et Louise entre.)

ALICE

faites venir mademoiselle Blanche.

Vous devez être heureux, capitaine, vous avez triomphé.

MURRAY

Il est naturel que nous soyons heureux du résultat. (Blanche entre et Murray lui serre la main.)

BLANCHE

D’où venez vous donc ? Nous croyions que vous nous aviez oubliés.

MUliRÀY

Ne vous ai-je pas écrit que je reviendrais lorsque je le pourrais sans compromettre personne, {il regarde Clavet ) et lorsque j’aurais réglé certaines affaires importantes que vous connaissez. alicE, à Murray , vivement

Est-il vrai, capita ne, que mon père est accusé de n’avoir livré que la moitié des marchandises que M. Clavet vendait à l’armée anglaise?

MURRAY

Avant de répondre, je désire que vous fassiez venir votre père. ( Blanche sonne et Louise entre.)

TROISIÈME ACTE

clavet, à part

Je suis perdu. (Il fait le signal convenu en valsant deux fois devant la fenêtre et en agitant un mouchoir ou une écharpe Hanche .)

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