Liv. VI, chap. x, t. I, p. 507 et suiv
critique très-judicieuse, a d'ailleurs un grand avantage à mes yeux : c'est, je l'avoue, qu'elle concorde assez bien avec le système que j'ai exposé ci-dessus, qu'il y a entre elle et lui une liaison assez exacte. Je suivrai donc en ce point
le savant jésuite, en ajustant, ce qui n'est pas trop malaisé, ses vues sur l'histoire particulière du drapeau blanc avec la thèse que j'ai posée au commencement de cette seconde partie, sur les modifications historiques et logiques deJ'ancienne bannière de France.
Le premier drapeau blanc porté, au nom du roi, dans les armées françaises, fut ce qu'on appelait la cornette blanche. Galland, Du Gange, Benéton et après eux M. Rey, Veulent que cette cornette ait été instituée par Charles VII, alors qu'il créa les compagnies d'ordonnance. Il l'aurait donnée pour enseigne à la première compagnie, qui lui servait de garde particulière, et cette cornette blanche aurait pris la place de V ancien pennon rayai qui, comme la bannière de France, dont il n'était en quelque sorte qu'un exemplaire réduit, était depuis l'origine d'azur aux fleurs de
lis d'or. Mais il y a à cela deux difficultés. La première, c'est que l'institution des compagnies d'ordonnance est antérieure à l'entrée de Charles VII dans Rouen. Or, nous l'avons vu, le roi à cette entrée faisait porter, par son écuyer tranchant, l'antique pennon de France, d'azur aux fleurs de lis d*or. La seconde, c'est qu'on ♦ne trouve point, antérieurement à Charlçs VIH, le mot cornette employé dans le se^ïs d'étendard. On ne rapporte d'ailleurs aucune preuve de l'institution de cette cornette blanche sous Charles VIP. Mais d'où vient que ce mot cornette, dont le sens propre est un ornement de tête, une coif- ' fure, . a signifié un étendard ? Le P. Daniel exprime à cet égard une idée au moins spécieuse, et
4. Galland, ouvrage cité, p. 49-58. Du Cange, Dissertation XVIIL Benélon, Commentaire sur les enseignes, p. 292 et suiv. Rey, t. Il, p. 560-580, liv. XII, chap. VI et dernier. La confusion qui s'était opérée dans Tesprit de Galland entre la bannière de France, la croix et la cornette blanche, n'a pas peu contriBué à embrouiller la question pour les auteurs qui l'ont suivi. Benéton, ancien gendarme de la garde du roi, tenait beaucoup*^ à faire remonter à Charles VII le drapeau blanc de s(Jn corps. Le P. Daniel me semble avoir singulièrement élucidé les ténèbres amassées par Galland.
que je crois juste. « La cornette, dit-il, en matière de guerre fut d'abord une espèce d'ornement qui se nn^ettoit quelquefois sur le casque, principalement dans les cérémonies publiques, où Ton paraissoit en habillement de guerre. Je crois qu'on appela ainsi cet habillement de tête, parce qu'il étoit mis pardessus le casque ou par dessus la salade, comme les cornettes des femmes étoient mises alors par dessus leur bonnet,
et comme en divers endroits nos paysannes le mettent encore aujourd'hui. En effet, ce taffetas 'se mettoit sur le casque de derrière comme ces cornettes de paysannes. De plus comme le mot de pennon étoit suranûé depuis qu'il n'y avoit plus de chevalerie bannerette dans les armées, et que cette cornette militaire des casques étant étendue, parait avoir eu une figure approchante d'un étendard, on changea le nom de pennon royal en celui de cornette royale*. >
Mathieu d'Escouchy^ décrivant l'entrée de