Daniel, u f, p
Mais la cornette portée par Charles du Mesnil-
Simon, à la bataille de Fornoue, était-elle blanche? L'épitaphe ne le dit pas, et rien ne le prouve. Le mot cornette s'était substitué au mot pennon^ c'e^t tout ce qu'on peut conclure de ce texte. Le phçLnon carré de cérémonie porté aux funérailles de Henri IV, et qui était de velouts violet (bleu céleste) semé de fleurs, de lis d'or, est, nous l'avons vu, qualifié de cornette de France par André Favyn, en son Théâtre d^honneurK
Que la cornette royale ne soit autre chose que Tancien pennon royal, c'est l'avis du P. Daniel, et il est très-vraisemblable. Le pennon, lors de l'entrée de Charles VII à Rouen, était porté par son
valet tranchant, Havart ; Charles du Mesnil-Simon, porte-cornette, est qualifié, dans son épitaphe, de valet tranchant des rois Loys et Charles, et voici ce qu'on lit dans des lettres patentes du roi Louis XIV, de l'année 1685 : •€ La charge de notre porte-cornette blanche dont 'était pourvu
4. And. Favyn, t. II, p. 4853,4854. Notez que ce Phanon esl porté par le seigneur de Rodes^ premier écuyer tranchant et porte cornette du Roi,
le sieur marquis de Vandeuvre, ayant vaqué par sa mort, nous avons pris résolution de réunir à ladite charge celle de notre premier tranchant, lesquelles charges avoient été toujours possédées varune même personne, et d'en pourvoir notre cher et bien aimé Jean-Baptiste-Nicolas Desmé, écuyer, sieur de la Chesnaye, etc. »
<t Ce qui est énoncé dans ces provisions, ajoute le P. Daniel après avoir cité ce texte, que les deux charges avoient été toujours possédées par le même officier, se vérifie dans plusieurs personnes de la maison de Rodes sous les règnes de Louis XIII, de Henri IV et de Henri III, sous le règne desquels MM. de Rodes possédèrent en même temps ces deux charges ; le seigneur du Mesnil-Simon les possédoit aussi sous Charles VIII, comme on l'a vu dans son épitaphe, et il étoit un de leurs ancêtres par les femmes. »
Ces indications semblent en parfaite concordance avec la tradition historique. Nous avons vu que la première oriflamme, le Montjoie, 'drapeau royal et national sous Charleuiagne et ses successeurs, était porté, au x* siècle, I par les
grands sénéchaux, chefs delà maison du roi. L'oriflamme de saint Denis, à ce qu'il paraît, ne succéda pas, à cet égand, au Montjoie. Ce fut la bannière du roi, appelée depuis bannière de France qui probablement fut portée par le suppléant du sénéchal, le maître d'hôtel du roi, Dapifer^ et ensuite, sans doute, par quelque officier jadis placé sous ses ordres^, le grand chambellan par exemple, comme le pense Du Gange. Le^^wwon royal, exemplaire ré-
duitde la bannière, plus spécialement affecté à la personne du roi, fut porté par un officier inférieur, le premier écuyer ou valet tranchant, soumis également autrefois à la juridiction du grand maître d'hôtel. C'est ce que nous voyons sous Charles VII. La charge de porte-jpornette du roi ayant été presque toujours réunie à celle de premier valet tranchant, « il est, comme dit le P. Daniel*, très-naturel de conclure que 1 étendard
4. Daniel, ouvrage cilé, p. 519, 520. Cf. Du Gange, Dissertation IX. Des chevaliers bannerets, p. 40, col. 4. Glossaire^ Ed. Henschell, l. VII : « 11 est constant que les souverains avoient la bannière et le pennon, et à l'égard du roy de France sa bannière esioit en la charge du grand chambellan et son pennon en celle de son premier valet irenchant. »
auquel a succédé la cornette blanche est le pennon royal même, qui a changé de nom et de couleur, et pris le nonf de cornette blanche. >
Pour ce qui est du nom, nous savons que le changement se fît sous Charles VIII au plus tard. Mais quand et comment se fit le changement de couleur ? L'époque est difficile à déterminer. Le P. Daniel pense que l'auteur de ce changement fut François P*", et j'avoue que je suis très-disposé à adopter son avis. Il est certain que sous François P*" le drapeau blanc apparaît dans nos armées comme un signe de supériorité, de commandement. Ce prince, en créant un colonel-qénéral de Finfanterie, lui accorda la cornette blanche, pour marquer son autorité supérieure sur toute l'infanterie. A plus forte raison doit-on penser que la cornette royale, qui accompagnait le roi à l'armée €;jt ne quittait point -ce chef suprême, était blanche. La cornette du colonel-général, auquel le roi déléguait son autorité sur Pinfanterie, n'en fut, sans doute, qu'une émanation^
t^i. « J'oubliois à dîre qu'il (M. de Chastillon) fut le premier
Quapt h la cçiuse de ce changement de couleur, il me paraît extrêmement probable qu'il la faut chercher ici encore dans la croix blanche ^ qui prenant peu à peu l'avantage sur le fond bleu de r^ntique bannière jJe France, était, sous les les règnes de Louis XII et de François P% signalée, nous J'avons vu, par le président Chassaqée, comme la marque propre et distinctive des armées françaises. ^Soit que cette croix se soit introduite, comme te pense le P. Daniel et comme il est très-naturel de le croire, aussi bien sur le
qui introduisit les deux enseignes couronnelles blanches (auparavant il n'y en avoit point qu'une), desquelles au commencement furent créez de luy ses deux lieutenans, le capitaine Boisseronet Valleron. Bien estvray que M. de Tais en avoit bien deux ; mais Tune demeuroit en Piedmont, et l'autre en France, aiwsi que j'ay ouy dire. » ( Œuvres complètes du seigneur de Brantôme. Paris, Foucault, 1823, in-8<>, t. IV, p. 385. Discours des Couronnels^ art. 6. M. Ue Chastillon^ second colonnel général de Vinfanterie françoise.) — M. de Taix, premier colonel de Tinfanlerie, reçut cette charge du roi François 1" sur là fin de l'année 4543. Il fut contraint de s'en démettre au commencement de l'année 4549. Gaspard de Coligny, seigneur de Chastillon, lui -succéda, et occupa la charge de 4546 à 4552. Cf. Daniel, 1. 1, p. 268, 269, 270. Liv. IV, chap. VIli; et p. 524, 522, lîv. VI, chap. X.
pennon royal ou plutôt sur la cornette bleue^ que sur le pavillon national issu de l'antique bannière de France^ dont le pennon royal n'était primitivement qu'une réduction, soit que l'influence et le prestige de cette croix blanche du pavillon national se soient exercés sur la cornette royale, restée purement bleue aux trois fleurs de lis d'or, cette cornette devint purement blanche, et ce qui montrerait assez que c'est bien à la croix blanche qu'elle empruntait sa couleur, c'est que, contrairement à l'ancien pennon j le propre de cette cornette royale fut d'être, comme dit Galland, simple, non parsemée, sans ornement, sans mélange de couleur, ou fleurs de lysK
Pour ma part, sans que cette opinion ait naturellement plus de poids qu'une simple conjecture, je placerais volontiers l'avènement de cette cornette royale, purement blanche, à peu près à la même époque où le pavillon national j jusqu'alors bleu à croix blanche, devint mi-partie bleu et blanc.
4. Galland, ouvrage cité, p. 56. Cf. André Favyn, l. I, p, 242. Daniel, 1. 1, p. 508, :321..
On entend bien que ce pavillon national^ issu de l'ancienne bannière de France y était alors et sans doute depuis assez longtemps, plutôt un type qu'un étendard particulier et déterminé. La cornette blanche au contraire, remplaçant le petinon, était un drapeau spécial, affecté d'abord au roi seul, et depuis, mais par une délégation déterminée, à certains chefs à qui le roi déléguait une partie de son autorité militaire,' La cornette blanche était un pavillon de commandement,
« Il n'y avoit jadis, écrit André Favyn, que les princes souverains qui portassent cornette, laquelle ne doit estre chargée^ d'armes ou devise, ains seulement delà principale livrée du prince.. . Cette cornette ne doit estre portée qu'en la présence d'un prince souverain, soubs laquelle les autres princes et grands seigneurs ont de coustume ordinaire se ranger pour la conservation d'icelluy^ »
Sous cette cornette royale, comme sans doute autrefois sous le pennon, se rangeaient en effet, à