‹ Le drapeau de la France: essai historiqueChapitre 48 sur 65 · Journal militaire officiel^ anaée 4848, n^ 3, p · texte numérisé non relu

Journal militaire officiel^ anaée 4848, n^ 3, p

Dès la veille, 7 mars, M. Arago avait fait, en ces termes, son meâ culpâ^ qui dut exciter une douce hilarité parmi les officiers et les marins de la flotte :

(c Le ministre de la marine et des colonies aux citoyens préfets maritimes^ chefs du service de la marine, commissaires de rinscription maritime, (Direction du personnel : bureau des mouvements. )

P^ris, le 7 mars 1848.

Citoyens, par ma dépêche du 5 de ce mois, je vous prescrivais de faire arborer, tant à terre qu'à bord des bâtiments armés, le drapeau de la République dont les couleurs devaient être disposées dans l'ordre suivant : bleu à la gaîne, rouge au milieu, blanc au battant.

Cet ordre se trouve annulé par un décret tout récent * du Gouvernement provisoire, lequel est ainsi conçu. .. (Voir plus haut,)

: Vous devez donc, citoyens, faire arborer de nouveau, s'il y a lieu; ou maintenir, suivant le cas, le

4. Ces mots tout récent confirment terriblement la date du 5 mars. M. Arago n^ose pas avouer cette date, qui est celle de la dépêche où il prescrivait des dispositions contraires.

pavillon ayant les couleurs ainsi disposées/Wet* à la gâîne, blanc au milieu, rouge au battant.

Recevez, etc.

Signé : F. AR AGO * »

La morale de toutes ces proclamations, déclarations, décrets, dépêches, ot^dres, circulaires du Gouvernement provisoire, est admirablement résumée dans cette note naïve du Journal de la gendarmerie nationale : « Cette nouvelle décision du Gouvernement provisoire annule celle que

nous avons insérée dans notre dernier numéro, page 4SI. Les couleurs du drapeau continueront à être disposées comme elles l'étaient sous l'ancien gouvernement * . >

Ainsi, après un moment de distraction, assez ridicule à la vérité» le drapeau cher à M. Dupin, rétabli dans sa gloire passée, redevint, comme il convenait, le drapeau de M. Crémieux et de M. Garnier-Pagès.

i. Bulletin officiel de la marine^ année 1848, n*» 42, p. 3t9-

2. Journal de la gendarmerie nationale^ n<^405, 46 mars 4848, p. 73.

Le drapeau rouge reparut, et la signification s'en précisa, lors dfe l'insurrection du mois de juin 1848. Néanmoins, il ne fut pas universellement adopté, même par les insurgés. Les uns sur leurs barricades arborèrent le drapeau rouge, les autres le drapeau tricolore ^ . La victoire du général Gavaignac assura celle des trois couleurs. Le second Empire les conserva. La troisième République les maintint officiellement sur ses étendards. Mais le drapeau rouge, arboré à Lyon, céda difficilement la place à son rival. Le 1 8 mars 1 871 , à Paris, le drapeau tricolore à son tour fut vaincu. Il ne semble pas, cette fois, que l'hésitation ait été bien longue dans les rangs des bataillons dévoués au Comité central et à la Com^ mune. Le drapeau rouge fut officiellement déployé sur les monuments publics comme le symbole de l'ordre nouveau des choses, des nouveaux pouvoirs. L'écharpe rouge fut l'insigne des fonctionnaires et des délégués de toute espèce. Sans

4. Cf. V Illustration, Journat universel^ n<»» 279-280, vol. XI. Samedis «««^-S juillet 1848, p. 273, gravure ^

rien affirmer à cet égard, il ne me souvient pas d'avoir lu, durant la période insurrectionnelle,

aucun décret pris spécialement sur ce sujet par la Commune de Paris proprement dite, c'est-àdire par la réunion des députés plus ou moins élus par les divers arrondissements pour siéger à THôtel-de-ville. Mais il y eut, je crois, des arrêtés de quelques municipalités ^ . Voici l'un de ces arrêtés qui fut placardé sur les murs du douzième arrondissement. Il en résulte que le drapeau rouge fut bien le drapeau officiel delà Com^ mune, quoique peut-être cette assemblée insurrectionnelle n'ait pas songé à promulguer elle-même un décret sur ce point. Tous ceux au surplus qui ont eu, comme moi, le regret de voir le triste spectacle, d'autant plus affligeant qu'il était souvent plus grotesque, que Paris offrit du-

4. Les municipalités étaient composées : 4<> des membres de la Commune, plus ou moins élus par l'arrondissement; 2* de délégués pris en dehors de la Commune. — Je vois avec éion* nemenl combien, pour des événements aussi récenls, Tordre et le classement dos faits commencent déjà à s'embrouiller dans les esprits. Je ne me suis jamais mieux expliqué et Tobscurité de Thistoire et la prompte formation de la légende.

rantdeux longs mois, s'accorderont à cet égard. Si, par impossible, les bataillons fédérés eussent vaincu, et que la populace de Paris eût, une fois

de plus, dominé la France, le drapeau rouge serait devenu le drapeau officiel de la nation, et on l'aurait arboré sur nos navires, au lieu du drapeau tricolore, primitivement issu d'une révolution parisienne, décrété par une Qommune insurrectionnelle de Paris, mais aujourd'hui rejeté par les plus fervents adeptes de la grande hérésie anti-catholique et anti-sociale qui est née avant lui sans doute, mais qui a grandi sous ses plis :

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