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Le drapeau fantôme [microforme]

| PAR 1 À 4 un ANT | LOUIS FRECHETTE Vendu au bénéfice de l Hôpital Notre-Dame à la grande kermesse

du 2 juin 1884.

(r ‘1 MONTREAL ' TyYPOGRAPHIE DE LA PATRIE

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Nous sommes loin, bien loin.

Ces bruits sourds et confus Que le vent nous apporte à travers les grands fûts Qui percent les fourrés ou bordent la prairie, Ce sont les grondements du saut Sainte-Marie. Là, dans les lointains bleus qui bornent l'horizon, | Où paissaient autrefois l'élan et le bison, À | Par delà la forêt et la chute qui gronde, 4 | Se balancent les flots du plus grand lac du monde. ‘

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A droite, c’est la Pointe-aux-Pins, endroit fameux, 3 Où, sur le seuil sacré de leurs wigwams fumeux, k

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Les guerriers tatoués des peupiades indiennes Qui hantaient autrefois les forêts canadiennes Echangèrent souvent le calumet de paix.

Du côté sud, masqués par des taillis épais,

Le voyageur découvre, à deux pas du rivage,

Les restes d’un vieux fort nommé le fort Sauvage.

Foulons avec respect ces glorieux débris |

Louis-Quinze, en signant le traité de Paris,

— Honte qu’à tout jamais répudiera l’histoire, — Avait livré ce vaste et fécond territoire

Dépassant les trois quarts de l’Europe en ampleur, Comme un lopin de terre infime et sans valeur. Nous étions devenus anglais comme en un rêve |

Plus d’un siècle et demi d’héroïsme sans trêve,

De dévoñmeni sans fin, de travail incessant !

Tout un passé de gloire écrit avec du sang |

Un peuple, un continent, l'avenir, presque un monde, Prodigués au profit d’une débauche immonde l...

Le vieux drapeau français dut refermer ses plis,

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ja, ga

Et, fier témoin de tant de hauts faits accomplis, Faire place partout aux couleurs d'Angleterre.

Sur un seul point pourtant il se fit réfractaire ;

Ce fut au fort Sauvage. Un brave y commandait, Nommé Cadot. Malheur à qui se hasardaïit

A provoquer d’un mot cet homme à forte trempe | Il cloua simplement le drapeau sur sa hampe.

Un envoyé du roi d'Angleterre arriva :

Passe au large ! dit-il, j'en ai vu d’autres, va ! __Mais ce fort maintenant est un fort britannique.

__Vous dites ? fait Cadot, d’une voix ironique Eh bien, venez-y voir | j'ai trois petits canons Qui seront enchantés de vous dire leurs noms.

__Nous vous sommons, monsieur... L Et moi, je vous invite

À rebrousser chemin tous ensemble, et plus vite !

Au large, entendez-vous? ou sinon mes boulets

Yous auront bientôt fait saroir s'ils sont anglais.

__Commandant, lui dit-on, vous êtes un rebelle ;

Prenez garde !

__ Allons donc, vous me la baillez belle!

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Fit en riant Cadot; depuis quand votre roi De commander ici s’arroge-t-il le droit ?

Depuis qu'un souverain qu'on nomme roi de France Nous a cédé son titre à la prépondérance, Allons, vite ! amenez votre drapeau |

— Oui-da !

Le roi de France aurait vendu le Canada !

Eh bien, l’on ne vend pas les Français qu’il renferme. Si vous croyez pouvoir nousiprendre, allez-y ferme ! Car tant que je serai vivant,.et le plus fort, Mon drapeau flottera sur le donjon du fort, Allez !...

Durant six mois, Cadot, sombre et farouche, Fit ses provisions de combat et de bouche, Arma du mieux qu’il put sa-faible garnison ; Et puis il attendit, calme, et sur l'horizon Sans relâche tenant fixé son regard d’aigle.

Il lui fallut enfin subir un siège en règle,

Sitôt que le printemps facilita l'accès

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