ENQUÊTE AGRICOLE DE 1866 LXVII
passé sur le blé, à l'instant des nuées d'individus fondent sur les champs, de manière que le propriétaire n'a pas même le temps de faire enlever la portion de blé qui n’a pas encore été râtelée. Voilà l'état de choses qui ne doit plus continuer de subsister et qui nécessite que la loi reçoive une nouvelle sanction.
M. de BÉHAGUE. Il sera certainement tout aussi difficile, beaucoup plus difficile même, aux conseils municipaux d'empêcher de glaner ceux qui n’en ont pas le droit que de supprimer le glanage. Vous dites que les populations ont à cet égard une certaine force que l'on doit respecter. Mais ce sont précisément ceux qui n'ont pas ledroit de glaner qui ont cette force.
Ce qu'il faut obtenir des Maires ou des Conseils municipaux, c’est d'empêcher les gens valides de glaner. Nous ne nous plaignons pas du glanage exercé par ceux auxquels cette faculté peut être accordée. Pour mon compte je suis tout prêt à ouvrir mes champs aux gens invalides. Ce qui est pénible, c'est de voir glaner, par exemple, les femmes des faucheurs et des moissonneurs, et ceux-ci laisser exprès de la glane derrière eux ; c'est de voir quelquefois ces femmes, au nombre de deux cents, rester là, assises, attendant le dernier coup de faulx pour se mettre à glaner et refusant à n'importe quel prix de travailler.
Nous sommes obligés, dans la localité que j'habite, de mettre des hommes derrière les faucheurs, parce que ni les femmes ni les enfants, personne enfin, ne consent à ramasser les gerbes à cause de l'avantage bien plus grand qu'on trouve à glaner.
Le maire de ma commune s'est complètement refusé à dresser une liste ; le Conseil municipal n'osa pas prendre cela sur lui : « Nous ne voulons pas le faire, disent les conseillers municipaux, on nous en voudrait ! »
Le préfet, sollicité par nous de faire un règlement général pour le département, a engagé les maires à ne délivrer des cartes de glanage qu'aux indigents, mais cette mesure n'a pas reçu son exécution : « Cela serait trop impopulaire », ont répondu les maires, et le préfet n’a pas voulu en prendre la responsabilité. Lorsque vient le moment de la moisson, il