AVANT-PROPOS. VII
^ pennis ainsi au lecteur de remonter aux sources que ' Grotius avait interrogées.
L'opportunité de donner une nouvelle édition du ' droit de la Guerre et de la Paix de Grotius ayant été reconnue par quelques-uns des organes les plus accrédités de la science ; et la bienveillance de l'un des hommes dont les amis des sciences morales et po- ' liliques conserveront toujours le souvenir, parce qu'il ' a été à la fois un éditeur plein d'intelligence, un homme dégoût, et môme un auteur distingué ^ m'ayant confié le soin difficile de faire enfin connaître Grotius par une traduction exacte et fidèle ; je me suis mis à l'œuvre avec la conscience de la faiblesse de mes moyens et des obstacles de l'entreprise.
J'ai choisi le texte de l'édition de Gronovius, publiée à Amsterdam en 1712, parce qu'après l'avoir rapprochée des autres éditions, j*ai reconnu qu'elle était la plus complète, la plus conforme dans toutes les parties de l'œuvre à celles qui Tavaient précédée, et à celles qui l'ont suivie.
Pénétré de l'idée que le devoir du traducteur est de faire abstraction de lui-même, et de faire connaître l'auteur tel qu'il est, non tel qu'on aurait désiré qu'il fût, je me suis attaché à suivre de très-près le texte ; préférant toujours l'exactitude à l'élégance du style, et ne craignant jamais de répéter un mot, lorsque ce mot se trouvait répété dans l'original. J'ai poussé même le scrupule jusqu'à sacrifier les exigences légitimes d'un style régulier, en me servant tantôt du mot nous, tantôt du mot ye, suivant que Grotius faisait alternativement usage de ce « haïssable » pronom possessif. Le
^ M. GuWhumw.
Vni AVANT-PROPOS.
sentiment de ma responsabilité m'a porté enfin à un( grand irrévérence : j'ai osé, pour suivre « le protestan illustre, » dépouiller les Apôtres et les Pères de rÉglis( de leur qualificatif de a saints. » C*est ainsi que j'ai di incivilement : Paul, Augustin, Ambroise, au lieu d( saint Ambroise, saint Augustin et saint Paul. J'en demande humblement pardon aux personnes pieuses qu croient que le qualificatif supprimé par moi, ajoub quelque chose à la grandeur de ces sublimes défenseur de notre foi.
Lorsque le style de Grotius a résisté par sa concisioi au tour de la phrase française, je me suis efforcé di ne pas abandonner pour cela le texte; j'ai sacrifié va lontairement les lois de ma langue maternelle ; e comme il fallait un commentaire, j'ai emprunté à Bar beyrac sa paraphrase, que j'ai rejetée dans les notea Souvent aussi j*ai expliqué, mais dans les annotations les phrases trop concises par des périphrases de Gra novius.
Si j'ai suivi l'original tel qu'il est imprimé dans l'ex cellente édition de Gronovius, quant au texte lui môme, quant aux notes marginales — que j'ai reprc duites dans le corps de mon texte, entre parenthèses — et quant aux notes qui terminent les pages ; les re marques relatives aux éditions diverses et aux va riantes ne m'ont pas trouvé indifférent. Je les i fidèlement recueillies- et consignées dans mes annota tions.
J'ai traduit avec respect, et je le dirai même, av< amour pour cette grandiose antiquité classique, tout< les citations si abondamment multipliées par Grotiu Barbeyrac les avait souvent modifiées ou étendues quelquefois aussi les avait-il rétablies suivant les text<
î AVANT-PROPOS. IX
' originaux. M. de Gourtin avait eu la faiblesse de les \ traduire en fort mauvais vers. Je m'étais dit, à cette occasion, avec le Misanthrope de Molière, que
« J'en pourrais, par malheur, faire d'aussi méchaais, » Mais je me garderais de les montrer aux gens. »
J*ai puisé largement dans les notes de mes laborieux devanciers. Gronovius, Cocceius, Barbeyrac, m*ont fourni plus d*une annotation utile; mais j'ai dû rejeter souvent des dissertations gui ne répondaient plus au goût de notre temps. Lorsque Barbeyrac, par exemple, s'est longuement préoccupé d'analyser les sentiments qui avaient porté David à épargner les jours de Saûl, je l'ai laissé dans la caverne, et j'ai couru à mon auteur. Je crois que le lecteur m'en saura gré.
Barbeyrac a relevé beaucoup d'inexactitudes dans les citations et les renvois. J'ai profité de son travail de révision; mais j'ai voulu relever aussi ses propres inexactitudes, et j'ai revu moi-môme la plupart des citations. Je me suis servi pour ce travail de nos éditions et de nos traductions des classiques les plus récentes. C'est ainsi que j'ai consulté les Lettres familières de Cicéron dans l'édition de Goujon (de la Somme); le Denys d'HcUycamasse de E. Gros, édité par Brunot- Labbé; la Morale et la Politiqm d'Aristote de Thurot, éditées par Firmin Didot; les Œuvres complètes de Pétrone, éditées en 1862 par Garnier frères; les Œuvres complètes de Lucrèce, éditées par la même librairie en 1861 ; les Œuvres complètes de Sénèque le Philosophe, éditées par L. Hachette en 1860; les Satiriques latins, publiés parle même éditeur en 1864; le Salluste, édité par Garnier en 1860; Texcellente Edition de Tacite^ traduite par Bximonf; les Œuvres complètes de Quiute-
tt.