‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 10 sur 294 · XX ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTOUIQUE · texte numérisé non relu

XX ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTOUIQUE

Époque de crimes, qui est souillée par l'assassinat de Guillaume I" d'Orange, le supplice de Marie Stuart, l'assassinat du duc et du cardinal de Guise, l'assassinat de Henri III, le supplice de Bruno, l'expulsion des Maures, l'assassinat de Henri IV, le supplice de Barneveld, le supplice de Vaiiini , l'assassinat de Wallenstein.

Mais époque d'expansion sociale et d'émancipation intellectuelle. C'est le moment où l'Angleterre fonde ses premiers établissements dans l'Amérique septentrionale; où Amsterdam, ce grand conq)toir des temps modernes, s'agrandit; où les Russes élèvent Tobolsk, en Sibérie; où les Hollandais commencent à naviguer vers les Indes, et découvrent Spitzbergen ; où la Compagnie anglaise des Indes orientales prend naissance ; où les mêmes contrées voient s'ouvrir les comptoirs de la Compagnie hollandaise; où les Hollandais occupent les îles Moluques; les Français jettent les iondemcnts de Québec, au Canada; le navigateur anglais lludson fait la découverte de la baie (jui portera son nom ; les Jésuites pénètrent dans le Paraguay; Le Maire exécute son voyage autour du monde; les Hollandais fondent Batavia, dans l'Ile de Java; les vaisseaux européens circulent vers la cote occidentale de la Nouvelle-Hollande; l'île de Curaçao est conquise par les Hollandais; la France crée une colonie à la Martini(jue ; Abel Tasman découvre la terre Van-Diémen.

IEn philosophie, dans les sciences, le mouvement est plus prononcé encore. Nous sommes ici sur la limite du vieux monde.

L'aurore d'une ère plus libre se lève sur un monde nouveau. Dans le midi, l'hiquisition a étouffé toute apparence de vie. Le bourreau a arraché la langue de

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Vanini; Giordano Bruno, Dominis, ont été brûlés sur le bûcher. L'Église romaine a fait violence à la pensée, au profit de l'autorité d'Aristote. Il n'y a pas de méthode ; la véritable philosophie naturelle n'existe pas encore. Voici Bacon, voici Descartes; ils vont entreprendre leur grande guerre contre la routine; et Galilée, réduit par l'oppression qui restreint les bornes du monde moral à agrandir le monde physique, convie les penseurs de l'avenir h ne plus accepter les faits sans examen. Grofius, enfin, tant il est vrai que les grandes explosions de l'esprit humain sont inévitablement amenées par la force des choses et le progrès naturel des idées générales, ose opposer les mots jus/icc et humanité, aux clameurs des champs de bataille, et s'adressant à la conscience des rois et des peuples, fait descendre au milieu de tant de fougueux capitaines la sévère majesté du droit.

Hugues de Groot, plus connu sous le nom de Grotius, naquit le 10 avril 1583, à Delft, dans cette Hollande, terre d'industrie et de liberté, qui s'illustra aux xv!** et XVII® siècles ])ar sa résistance au despotisme de l'Espagne, et à l'ambition de l'Angleterre et de Louis XIV. Son père, Jean de Groot, savant estimable, bourgmestre de Delft, et curateur de l'université de Leyde, cultiva par des soins éclairés les heureuses dispositions du jeune Grotius. L'intelligence précoce de cet enfant, l'étonnante facilité de sa mémoire, son ardeur pour l'étude, attirèrent bientôt sur lui l'attention des littérateurs et des savants. Daniel Heinsius écrivit à son sujet ces paroles remarquables : « Les autres ne sont devenus hommes que par la suite ; Grotius est né homme fait. » Dès l'âge de huit ans il faisait des vers latins qu'un poète n'aurait pas désavoués; à quinze ans, en 1597, il soutint des thèses

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sur la philosophie, les inalhéiiiiitiques et la jurisprudence, avec un applaudissement général. Grotius avait eu pour maître le célèbre Joseph Scaliger. Entré de bonne heure au barreau, il n'avait pas dix-sept ans lorsqu'il plaida sa première cause. Mais cette carrière eut d'abord peu d'attraits pour lui. Passionné pour les sciences et pour la littérature, il s'arrachait avec peine à ces études séduisantes pour les travaux souvent ingrats de sa profession. Bientôt de plus vastes horizons s'ouvrirent à son activité. L'estime de ses concitoyens l'investit successivement du titre nouvellement créé d'historiographe des Provinces-Unies, et des fonctions d'avocat général du lise pour les provinces de Hollande et de Zélandc. Il n'avait que vingt-quatre ans lorsque cette place importante lui fut confiée. A vingt-cinq ans il épousa Marie de lleigesberg, lille d'un ancien bourgmestre de Véer, et qui devait jouer un rôle si touchant quelques années plus tard. Le Pensionnaire de Rotterdam, frère de l'illustre Barneveld, étant mort, Grotius fut choisi pour le remplacer. Déjà, dans sa première ieunesse , Grotius avait suivi en France Barneveld , nommé ambassadeur de Hollande. Présenté' à la cour de Henri IV, il avait mérité par son esprit et par sa conduite les éloges du Béarnais, qui le gratifia d'une chaîne d'or'. Les nouvelles fonctions de Grotius établirent de plus intimes rapports entre Hugues de Groot et le Grand Pensionnaire de Hollande. Ces deux hommes ne tardèrent pas à s'unir par les liens d'une estime et d'une affection mutuelles. Grotius s'associa aux destinées

* Grotius était alors âgé de moins de quinze ans. Il se Télicita dans une pièce de \ers latins d'avoir été présenté à Henri IV, et d'avoir « touché cetle main terrible dans les combats, ut (|ui ne dut le sceptre qu'à sa valeur. »

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