‹ Le droit du seigneur, et la rosière de SalencyChapitre 12 sur 23 · ÉQUIVALENTS CONTEMPORAINS · texte numérisé non relu

ÉQUIVALENTS CONTEMPORAINS

LA fête de la Rose à Salency, car c'est ainsi qu'au moyen-âge se nommait la cérémonie vertueuse, va reposer la pensée de nos lecteurs, et aussi, pourquoi reculer devant cet aveu, la pensée de l'auteur, fatiguée par les tableaux navrants de la prélibation ; — cette antithèse, nous la déclarons voulue; il nous a plu de fournir une preuve nouvelle, qui paraîtra surabondante, des contradictions féodales; la démonstration n'y perdra rien, et nous éviterons quelques tristesses, quelques viols du droit,

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quelques angoisses : n'est-ce pas tout bénéfice ? — Cela ne vaut-il pas la peine de battre les buissons et de consulter à demi-voix la muse de l'histoire, dans une de ces adorables conversations où son épanchement familier tient plus de Tanecdocte que du récit confirmé par une charte, une ordonnance royale, un témoin ofiiciel du passé ? C'est toujours l'histoire, avec le charme du conte en plus, l'ennui du procès-verbal en moins.

Que de choses tombées depuis un siècle ! Que de ruines et de reconstructions !

Le poète l'a dit dans un magnifique lyrisme :

lis ont voulu, couvé, créé la délivrance ; Ils étaient les Titans, nous sommes les fourmis ; Ils savaient que la Gaule enfanterait la France; Quand on a la hauteur, on a la confiance; Les montagnes, à qui le rayon est permis, Songent, et ne sont point par Taurore trempées.

Frappez, écoliers, Avec les épées Sur les boucliers.

Levez vos fronts ; voyez ce pur sommet, la gloire, Ils étaient là; voyez cette cime, Thonneur,

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Ils étaient là; voyez ce hautain promontoire, La liberté ; mourir libres fut leur victoire ; Il faudra, car Torgie est un lâche bonheur, Se mettre à gravir ces pentes escarpées.

Frappez, chevaliers, Avec les épées Sur les boucliers.

(V. Hugo, VArt d'être Grand-Père, 1877,)

Une poésie aussi consolante, aussi virile, vaut bien les novissima verba des découragés. Porter les yeux sur l'avenir en tâchant d'améliorer le présent, tel est le rôle de l'écrivain, et

Ne pas vicier l'homme, être souffrant qui pense,

tel est le rôle de ceux qui touchent aux affaires publiques; les deux actions se complètent. — Et notre horizon semble plus étendu, quand nous Voyons l'histoire confirmer les prédictions du génie.

La Rosière de Salency se perd dans la nuit des temps, pour employer la vieille et ridicule expression des historiens collet-monté ; on croit que Saint-Médard, né à Salency, en fut l'instituteur. Le coutumier de 1770

196 La Rosière

ne partage pas cette opinion : a Cette opi-

<x nion ne me paroit point vraisemblable.

« On ne pouvoit avoir au sixième siècle

<x le goût d'une Fête aussi décente, aussi

« délicate. Je crois qu'on peut la regarder

« comme une de ces moralitis du quin-

<x zième ou seizième siècle, telles qu'il est

a encore d'usage d'en représenter dans

a quelques villages des Flandres. Une

m jeune villageoise, pressée par son sei-

« gneur, pria son père de lui couper la

« tête pour lui conserver l'honneur. Le

« Gentilhomme, pénétré d'admiration pour

« cette Lucrèce (? ?) prend un chapeau de

« fleurs, et le lui met sur la tête en disant :

« Or vous aurei pour décoration de chasteté

« cette noble couronne, etc. Le poète n'aura

« point pris sans doute l'idée de cette mo-

« ralité au village de Salency.

« Mais, tandis que la pudeur étoit ainsi « partout insultée dans la Picardie (le coutumier a parlé de la PréUbation au sujet du mandement royal de 1336), on cou- « ronnoit la modestie et la sagesse dans « un village de cette même Province qu'on

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nomme Salencyy près de Noyon. Le noble motif de cette fête nous sollicite d'en donner ici une courte description. Chez toutes les nations, on sçait punir les crimes. Les Chinois seulement ont, diton, des prix pour la vertu. La Picardie paroit disputer à la Chine une foible lueur de cet avantage.

« Tous les ans, le 8 juin, les habitants « de Salency choisissent trois filles entre eux qu'ils présentent à leur Seigneur, un mois avant le jour de la Fête. Ces filles doivent être nées de parens honnêtes :

la moindre petite tache seroit une exclusion. Le choix du Seigneur est annoncé d'avance, afin que les autres filles le puissent contester, s'il y a lieu. Le jour de la fête, le Seigneur du lieu, ou M. son Bailly, conduit la Rosière à l'Eglise après le dîner. Elle y est accompagnée d'une douzaine de filles vêtues en blanc avec un ruban bleu en baudrier sur l'épaule, dont la main est tenue modestement par autant de jeunes gens.

Elle y reçoit après l'Office des mains du

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« Curé ou du Célébrant, un chapeau de « roses entouré d'un ruban bleu, et d'un « anneau béni, comme le Symbole et le « prix de sa rare vertu. Elle y entend un « petit éloge de la virginité fait par le Pasce teur *. On la reconduit de là dans le « château du Seigneur avec la même cé- « rémoiiie, et quelques légers repas cham- « pêtres terminent la Fête. »

Dans un recueil comme il s'en fit beaucoup à cette époque (1820), le Genlisiana, par Cousin d'Avalon, nous trouvons une citation des œuvres si nombreuses et si mêlées de Stéphanie-Félicité-Ducrest de Saint-Aubin, comtesse de Genlis; elle a trait au sujet qui nous occupe.

Cousin d'Avalon s'exprime ainsi avant de céder la parole au chroniqueur féminin,

* Fort touchante, cette cérémonie; la remise du chapeau de roses, à Salency, rendait assez délicate la situation du pasteur ayant à faire Téloge de la virginité, car la prélibation, qui s'était étendue comme une lèpre dans toute la Picardie, formait un contraste douloureux. L'harmonie, toujours si nécessaire entre la parole et l'action, n'existait pas. C'est une des contradictions dont nous avons parlé.

DE Salency igg

pédagogue, bas-bleu, alternant d'autres élégances, des occupations plus mondaines, avec les soucis d'une éducation princière :

« Les anecdotes entrent dans le domaine « de l'écrivain qui écrit partout et sur tout. « Aussi Madame de Genlis ne se refuse « jamais de nous faire part de celles où « elle a joué un rôle, quoique peu impor- « tant. Celle de la Rosière de Salency prend « sous sa plume un intérêt assez grand « pour se faire lire avec plaisir.

Récit de M** de Genlis :

(c Je suis destinée à découvrir des choses (( intéressantes et faites pour avoir de la « célébrité, quoiqu'entièrement ignorées, a La manière dont j'ai appris l'existence (( des Rosières de Salency fut assez plaisante. « J'avais dix-huit ans. Salency est à quatre (( lieues de la terre que j'habitais depuis (c près de deux ans, et j'ignorais jusqu'au a nom de ce village, devenu si fameux « depuis.

Nous jouions la comédie ; l'un de nos

aoo La Rosièbk

« principaux acteurs , nommé M. de Maric gni, était en même temps magistrat de « Chauny et bailli de Salency. Un jour « que nous voulions le retenir à coucher, oc pour faire une répétition le lendemain, « il nous dit qu'il était obligé d'aller dans « un village voisin. — Et pourquoi? lui « demandai-je. — Oh! répondit-il, pour « cette bêtise qu'ils font là tous les ans, — « Qjielle bêtise? — Il faut que j'aille là en a qualité de juge, pour entendre, pendant « quarante-huit heures, tous les verbiages <r et tous les commérages imaginables.

« — Et sur quel sujet? — Une vraie 9 bêtise, comme je vous le disais. Il s'agit « d'adjuger, non pas une maison, ou un a pré, ou un héritage, mais une rose. — En disant ces paroles, le bailli se mit à <r rire de pitié, persuadé que je partagerais a le mépris que lui inspirait une coutume « si ridicule à ses yeux. Mais ce seul mot a une rose, me faisait pressentir qu'il s'agis- « sait de quelque chose d'intéressant. — « Comment, repris-je, une rose! vous a devez donner une rose ? — Eh ! mon

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a Dieu, oui; c'est moi qui dois déciaer « cette grave aflfaire. C'est une vieille «c coutume établie là dans des temps de <c barbarie ; il est étonnant que, dans un « siècle aussi éclairé que le nôtre, on n'ait « pas aboli une puérilité qui me fait- faire <c tous les étés dix ou douze lieues dans des ce chemins de traverse abominables! car il « faut que pour cette niaiserie je fasse deux « voyages. — Le don d'une rose ne me « paraît pas trop barbare; mais à qui donc « oflfrez-vous cette rose ? — A une paysanne « réputée la fille la plus sage du village, et « la plus soumise à ses parents. — Et l'on (( s'assemble pour lui donner publiquece ment une rose? — N'est-ce pas là une « belle récompense pour une pauvre créa- « ture qui manque souvent de pain ? — Et « quand la cérémonie aura-t-elle lieu? — « J'y vais demain pour entendre les dépo- « sitions, recueillir les sufirages et jprocla- « mer la Rosière^ et j'y retournerai dans un « mois pour ce qu'ils appellent le couran-' (( mment. — Oh! certainement je m'y a trouverai. — On peut voir cela une fois

ao2 La RotiiBi

« pour se divertir; cela vous fera rire. Ce « qu'il y a de plus drôle, c'est l'impor- « tance que ces bonnes gens mettent à « cette cérémonie, et la niorgue et la joie « des parents de la Rosière ce jour-là. On « croirait qu'ils ont gagné le gros lot. Cela <x vous amusera un moment; mais quand « il faut revoir cela tous les ans, c'est une « chose fastidieuse pour un homme raisonce nable.

« Cette explication n'était pas roma- « nesque; cependant elle ne m'en inspira « pas moins le plus ardent désir de voir « couronner la Rosière de Salency.

« Quelques jours après, M. Lepelletîer « de Morfontaine, intendant de la province, « vint nous voir ; il avait l'âme noble ' et « bienfaisante; je lui parlai de la Rosière, « et il fut décidé que nous irions présider « à son couronnement. En effet, nous a allâmes à Salency; nous couronnâmes « la jeune Rosière dans la chapelle de « Saînt-Médard, fondateur de cette fête.

« J'entendis un discours aussi touchant que « religieux prononcé par le curé ; je vis la

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« mère et le vieillard vénérable, père de « la Rosière, fondre en larmes pendant «' toute la cérémonie. Je dinai dans une « feuillée toute recouverte de guirlandes de roses. a Au dessert, nous chantâmes de charmants

a couplets faits par M. de G et par

ce quelques gens de lettres qui étaient avec <r nous, MM. de Sauvigny, Dorât et Feuce' try. Le soir, je dansai jusqu'à minuit au <r son des musettes sur des tapis de gazon, a avec les bons Salenciens, et je passai la a' plus délicieuse journée.

« La Rosière fut comblée^ de présents, a Mais ceux de M. de Morfontaine eflEacèa rent tous les autres ; en outre, il fonda a une rente perpétuelle de deux cents livres a pour la Rosière de Salency. Ce bienfait ne « me plut pas ; il me semblait qu'il flétrîsa sait un peu la rose, il ôtait la délicatesse m de l'hommage, il diminuait la pureté de <r la joie inspirée par le don. Sur la fin de « l'automne, nous retournâmes à Salency « pour marier notre Rosière, ce qui donna a lieu à de nouvelles fêtes champêtres, « dont le Mercure rendit compte, en rap-

ao4 La RoftituB

« portant les couplets chantés à cette occa* « sion. M. de Sauvigny fit imprimer un « joli petit poème en prose, intitulé la « Rosière de Salency ; il me dédia son ou- « vrage ; et ce fut ainsi que devint tout à « coup célèbre l'obscure Rosière de Sa- « lency. »

Ce délicieux Genlisiana, où respire une si franche naïveté, unie à une puissante couleur locale, nous conduit direaement à l'œuvre de Sauvigny : Ld Rose ou la Feste de Salency, ches Gauguery, à Paris, 1770^ charmant frontispice signé J.-M. Moreau, le Jeune, 1763, avec deux épigraphes, l'une d'Ovide, l'autre de Montaigne, pages XIV, — 74, reliure en parchemin recourbé sur les côtés, lettres arabesques au titre calligraphié ; nous devons la découverte de ce précieux exemplaire à un éminent chercheur, et, ce qui ne gâte rien, un chercheur toujours heureux, M. Edouard Rouveyre, notre sympathique éditeur.

A la date de 1766, sous le titre d^Eclaircissements sur la feste de la rose, Sauvigny donne la lettre suivante, qui fait l'histori-

DE Salemct 2ob

que de la rosière en termes d'une simplicité grande, ce qui ajoute des parfums aux bouffées printanières qui nous viennent de Sa-

lency.

« L'institution de la fête de la Rose est a très ancienne, on l'attribue à Saint Méflf dard, Evêque de Noyon, qui vivoit dans « le cinquième Siècle de notre Ère, du <r temps de Clovis. Ce bon Évêque, qui a étoit en même tems Seigneur de Salency, c Village à une demi lieue de Noyon, avoit oc imaginé de donner, tous les ans, à celles des Filles de sa Terre qui jouiroit de « la plus grande réputation de vertu, une « somme de 25 livres, et une Couronne « ou Chapeau de Rose ; on dit qu'il donna il lui-même ce Prix glorieux à l'une de ses <x Sœurs que la voix publique avoit noma mée pour être Rosière. On voit encore « au-dessus de l'Autel de la Chapelle de <i Saint Médard, située à une des extré- « mités du Village de Salency, un Tableau « où ce Saint Prélat est représenté en haff bits pontificaux, et mettant une Couronne de Rose sur la tête de sa Sœur

fto6 l^ RofliiRB

« qui est coëffée en cheveux et à genoux.

a Cette récompense, devint, pour les « Filles de Salency, un puissant motif de a sagesse ; indépendamment de Thonneur « qu'en retiroit la Rosière, elle trouvoit in- « £ûlliblement à se marier dans Tannée.

« Saint Médard, frapé de ces avantages, c perpétua cet établissement. Il détacha « des domaines de saTerre^ onze à douze a arpents dont il affecta les revenus au « payement de 25 livres, et des frais « accessoires de la Cérémonie de la a Rose.

« Par le titre de la Fondation, il fiaut non « seulement que la Rosière ait une conduite a irréprochable, mais que son Père, sa « Mère, ses Frères, ses Sœurs et autres « Parents jusqu'à la quatrième génération, c soient eux-mêmes irrépréhensibles; la a tache la plus légère, le moindre soupçon, a le plus petit nuage dans la famille, seroit « un titre d'exclusion. Il faut des quatre, a des huit, des seize quartiers de Noblesse « pour entrer dans certains Ordres, dans a certains Chapitres ; des quartiers de pro-

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« bîté^ de mérite réel, ne vaudroient-ils ce pas mieux que ces quartiers de Noblesse, « mérite de préjugé ? *

« Le Seigneur de Salency a toujours « été en possession, et seul jouit encore « du droit de choisir la Rosière entre trois « Filles natives du Village de Salency, « qu'on lui présente un mois d'avance.

« Lorsqu'il l'a nommée, il est obligé de la « faire annoncer au Prône de la Paroisse, « afin que les autres Filles, ses rivales, « ayent le tems d'examiner ce choix, et « de le contredire, s'il n'étoit pas conforme « à la justice la plus rigoureuse. Cet exa- « men se fait avec l'impartialité la plus tt sévère; ce n'est qu'après cette épreuve « que le choix du Seigneur est con- « firme.

« Le 8 Juin, jour de la Fête de Saint <c Médard, vers les deux heures après midi,

* On voit à cette boutade que le xviii* touche à sa un, — 1766^ — les hardiesses de langage se multiplient, et dans vingt-trois ans les derniers Etats généraux du Royaume vont s'ouvrir, — •

loS La Rosiékk

« la Rosière vêtue de blanc, fSrisée, poudrée, « les cheveux flottans en grosses boucles <r sur les épaules, accompagnée de sa c Famille et de douze Filles aussi vêtues « de blanc, avec un large ruban bleu en « baudrier, auxquelles douze Garçons du « Village donnent la main, se rend au châ- « teau de Salency au son des Tambours, « des Violons, des Musettes, etc. Le Seî- « gneur, ou son Préposé, va la recevoir « lui-même ; elle lui fait un petit compli- « ment pour le remercier de la préférence c qu'il lui a donnée ; ensuite le Seigneur, « ou celui qui le représente, et son Bailli, <r lui donnent chacun la main, et précédés « des Instruments, suivis d'un nombreux cortège, ils la mènent à la Paroisse, où « elle entend les Vêpres sur un Prie-Dieu a placé au milieu du Chœur.

« Les Vêpres finies, le Clergé sort pro- « cessionnellement avec le Peuple, pour « aller à la Chapelle de Saint Médard :

« c'est là que le Curé, ou l'officiant bénit la « Couronne, ou Chapeau de Rose, qui est « sur l'autel; ce Chapeau est entouré d'un

DE SaLENCY 209

(c ruban bleu * et garni sur le devant

« d'un Anneau d'argent. Après k Bénédic-

« tion et un Discours analogue au sujet, le

<c Célébrant pose la Couronne sur la tête

« de la Rosière qui est à genoux, et lui

« remet, en même tems, les 25 livres en

« présence du Seigneur et des Ofl&ciers de

<K sa Justice.

« La Rosière ainsi couronnée est recon-

<c duite de nouveau par le Seigneur ou son

<K Fiscal, et toute sa suite, jusqu'à la

« Paroisse, où l'on chante le Te Deum et

<c une Antienne à saint Médard, au bruit de

* € Louis XIII se trouvant, il y a cent cinquante « ans, au château de Varennes, qui appartient c aujourd'hui à M. le Marquis de Barbançon, près t Salency, M. de Belloy, alors Seigneur de ce f dernier Village, suplia ce Monarque de faire c donner, en son nom, cette récompense de la f vertu. Louis XIII y consentit, et envoya M. le c Marquis de Gordes, son premier Capitaine des c Gardes, qui fit la cérémonie de la Rose pour f Sa Majesté, et qui, par ses ordres^ ajouta aux t Fleurs une Bague d'argent et un Cordon bleu. c C'est depuis cette époque que la Rosière reçoit c cette bague, et qu'elle et ses compagnes sont c décorées de ce ruban. Tous ces faits sont conc statés par les titres les plus authentiques. » (Note de 1766.)

2IO La Rosière

« la mousqueterie des jeune gens du Vil-

« lage.

« Au sortir de TÉglise, le Seigneur, ou « son Représentant, mène la Rosière jus- « qu'au milieu de la grande rue de Salency, « où des Censitaires de la Seigneurie ont € fait dresser une Table garnie d'une nappe, <c de six serviettes, de six assiettes, de deux « couteaux, d'une salière pleine de Sel, « d'un lot de Vin clairet en deux pots, « (environ deux pintes et demie de Paris) « de deux verres, d'un demi lot d'eau fraîa che, de deux pains blancs d'un sol, d'un « demi cent de Noix, et d'un Fromage de <c trois sols. On donne encore à la Rosière, « par forme d'hommage, une flèche, deux « balles de paume, et un sifflet de corne, « avec lequel l'un des Censitaires siffle trois a fois avant que de l'offrir; ils sont obligés a de satisfaire exactement à toutes ces ser- <c vitudes, sous peine de soixante sois d'aa mende *.

• L'amende eût été plus onéreuse que la singulière et patriarcale dépense de table. Le Seigneur de Salency donnait à ses administrés un bon

DE Salenct an

<r De là toute TAssemblée se rend dans

« la Cour du Château sous un gros arbre

« où le Seigneur danse le premier branle

« avec la Rosière; ce Bal champêtre finit au

« coucher du Soleil. Le lendemain, dans

« l'après-midi, la Rosière invite chez elle

« toutes les Filles du Village, et leur donne

€( une grande collation, suivie de tous les

c( divertissements ordinaires en pareils cas.

« Voilà, Monsieur, l'origine et les détails « de la Fête de la Rose ; le récit seul vous (( aura sans doute intéressé. Il est donc en- « core un endroit sur la terre où un Cha- « peau de Rose est regardé comme le prix (( le plus honorable et le plus flatteur qu'on <c puisse donner à la Vertu ! Vous ne sauce riez croire. Monsieur, combien cet éta- <K blissement excite à Salency l'émulation « des Mœurs et de la Sagesse. Tous les « Habitants de ce Village, composé de cent <c quarante huit feux, sont doux, honnêtes, « sobres, laborieux. Ds sont environ cinq « cents, ils n'ont point de Charrue ; cha-

exemple de frugalité. Le couvert de la Rosière nous semble fort original.

212 La Rosièrb

« cun bêche sa portion de terre, et tout le «L monde y vit satisfait de son sort. On a m'assure qu'il n'y a pas un seul exem- « pie, pas un seul, dans toute la rigueur a du terme, je ne dis pas d'un crime com- « mis à Salency par un naturel du lieu, « mais même d'un vice grossier, encore a moins d'une foiblesse de la part du Sexe, « tandis que tous les Paysans des environs « sont aussi brutaux, aussi vicieux qu'ail- « leurs. Quel bien produit un seul établis- « sèment sage ! Eh ! que ne feroit-on pas « des hommes en attachant de l'honneur a et de la gloire au mérite et à la vertu ? Il « ne manqueroit plus à notre corruption a que de jeter du ridicule sur la Fête de la « Rose, et sur le plaisir pur qu'elle doit a faire aux âmes honnêtes et sensibles. » * Le coutumier picard, auquel nous re-

* Nous avons, en transcrivant la description de la fête, suivi Torthographe de Tépoque, sans omettre les majuscules qui sont le signe caractéristique de ces publications; une citation, pensons-nous, doit être faite aussi exactement que possible; la reproduction du passé ne peut qu'y gagner.

DE SaLENCY 21 3

venons, ne peut se défendre d'un souvenir; aussi, après avoir relaté la Fête, revient-il sur le passé en termes d'une rare vigueur : « Si le droit de prélibation et de <c marquette fut si commun dans toute la « Picardie pendant plusieurs siècles, il est a pourtant raisonnable de penser que les « Seigneurs d'un lieu où on se respectoit, a où on honoroit la pudeur et la retenue du a sexe, ne jouissoient point de cette infâme « prérogative. Les Gentilshommes de Sa- <c lency, qui répandoient des roses sur la a virginité, n'étoient point sans doute les a premiers à la mactorer, dès l'instant que a l'hymen la prenoit sous sa garde, comme « faisoient les nobles du Ponthieu. »

La supposition du coutumier lui fait honneur. En regard d'une protection aussi déclarée pour la vertu, se trouvent quelques règlements de prostitution, qu'il est curieux de connaître : <c Parmi quelques règlements « propres à nous donner une idée toujours a plus frappante des mœurs du quinzième «•siècle dans la Picardie, est celui de la «c commune de Montdidier en 1433, qui

214 La Roflifaii

a ordonne que femmes folks tiendront leurs. . . IL etître deux soleils, et rentreront dans la a ville au soleil couché.

« On nommoit Roi des Sibauds celui qui <c étoit chargé de conduire ces femmes folks a dans les lieux qui leur étoient destinés^ a qui étoient chargés spécialement de veille 1er à leur conduite, de maintenir la Po- « lice et les Règlements de leur état. Un «c Curé de N. D. et un gardien des Corde- « liers dans Abbeville s'acquittèrent suc- « cessivement de ces fonctions. On ne perce mettoit point cependant à ces courtisanes t< d'avoir des protecteurs en titre. Les Hot4r « liers, on les nommoit ainsi, vivans de <c femmes en iîiw//m^, étoient emprisonnés a à Montdidier, et, après leur avoir brûlé a les cheveux, on les bannissoit. »

Les siècles passent et les mœurs restent.

Les bouliers sont de tous temps. Nos magistrats de police correctionnelle connaissent la chose et ceux qui la pratiquent. Où le progrès s'infiltre avec le plus de lenteur, c'est dans les mœurs ; c'est pourquoi le poète dit qu'il ne faut pas ' icier l'homme, et ne

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pas ajouter à sa souffrance la torture du mauvais exemple. Q.ue de houllerie aujourd'hui encore!

Le chapeau de roses de Salency, la cérémonie de la messe, l'éloge de la virginité, le repas offert au château, le costume blanc et bleu, — est-ce que la poésie de l'histoire lie vous paraît pas délicieuse ?

Nous sommes, en effet, loin de la prélibation, et pour ne plus y revenir, car un sujet de cette nature laisse trop d'amertume au fond de l'âme.

La femme a du moins retrouvé, ne futce que pour un moment, le rayon qui devrait toujours éclairer son front, le sourire qui ne devrait jamais déserter ses lèvres, le langage confiant que la nature lui a donné comme vêtement de sa pensée intime, les mille charmes qu'elle répand dans la vie et dans le cœur de sa famille, de ses amis, de ses enfants. — La femme, être pétri d'amour, être pétri de larmes et de dévouement, les trois sont inséparables, retrouve à Salency la pudeur, la virginité, l'adoration, le calme, le bonheur.

2i6 La Rosiàrb

Souillée au contact d'une civilisation qui tendait à s'éterniser, la serve, enfant, jeune fille, jeune femme, épouse, mère, puise dans la cérémonie de Salency une plus haute, une plus noble idée de la vie ; son cœur s'ouvre aux généreuses impressions de la pitié, cette vertu favorite de nos mères et de nos sœurs ; elle oublie le labeur des champs, les misères du hameau, les servitudes du manoir, les lourdes redevances qui l'accablent, les graves soucis qui l'accompagnent du berceau à la tombe; — bref, la serve devient femme ; cette incarnation sociale est pleine d'une sérénité profonde, d'un idéal d'amour que ces âges de fer nous présentent trop rarement ; la nature parle avec toutes ses voix, elle se revêt de toutes ses mystérieuses splendeurs pour fêter le couronnement de la jeune fin e; et, de cette façon, l'histoire, qui n'est rien moins que poétique, nous offre un tableau ruisselant de poésie douce et familiale.

Ah ! que la femme soit bénie dans sa pensée, dans son action, dans son âme et

DE SalENCT 2X7

dans sa volonté, car elle a supporté, elle, faible, souffrante, en butte aux désespoirs, aux ennuis, aux mécomptes, aux tristesses, aux nombreuses influences de l'homme et de la société, de la famille et des relations, — elle a supporté fermement le fardeau des siècles, elle a tenu le front haut, son cœur a souvent chanté le sursum corda, elle a rempli sa grande mission de consolatrice et d'éducatrice; elle s'est souvenue, au milieu de ses larmes, qu'elle est puissance éternelle, qu'elle soutient l'édifice social, que la durée des nations dépend d'elle, que le bonheur des peuples est son œuvre, qu'elle peut détruire au même titre qu'elle peut édifier. Oui, qu'elle soit bénie, la noble femme de l'ancienne France, l'exemple des générations actuelles, qui l'ont déjà prise conmie modèle et comme sublime inspiratrice.

Aujourd'hui, le culte des rosières n'est pas abandonné; notre siècle, grand vulgarisateur, est aussi un fervent adorateur du passé nous n'ajoutons çqls féodal.

Plusieurs localités s'inscrivent en lettres

2i8 La RofliiKi

d'or sur la liste des respectueux copistes da passé. Après Salency, où la fête de la Rose n'a point encore perdu ses prérogatives, il faut citer Nanterre , déjà fameux par son corps de pompiers, Puteaux, Suresnes, Enghien, et, tout récemment, un arrondissement suburbain de Paris, Batignolles ; — la rosière de Batignolles nous manquait, soyons heureux, elle a reçu sa couronne de roses au grand émoi des jeunes et jolies filles, ses compagnes, qui attendent leur tour avec la cruelle appréhension d'avoir à coiflfer une sainte quelque peu redoutable : Sainte Catherine.

Qjie l'on vienne dire maintenant que le XIX® siècle est un siècle matérialiste; erreur grave, il couronne des rosières tout comme le bon vieux temps, et, à beaucoup d'égards, il vaut mieux que lui.

Les chaleurs plus ou moins sénégaliennes, selon le mot pittoresque d'un homme bien connu , ne font rien à l'affaire ; les intéressées se réunissent, vêtues de blanc et de bleu; l'officier municipal^ de son écharpe ceint , préside la fête ; la

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fanfare des braves pompiers prélude par des airs crânement enlevés, tout se passe pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

On ne s'en tient plus à l'idéal, au platonique bouquet de roses ; il y a du progrès, un progrès notable, nous y applaudissons.

Une somme, parfois assez rondelette, est mise à la disposition de la rosière, rougissante de pudeur et de plaisir ; c'est la dot, car le couronnement sert de prélude au mariage ; — et comment voulez-vous que ces mariages, commencés sous les auspices de la vertu, ne soient pas heureux ? Le diable n'a rien à voir dans ces unions ; c'est le nec plus ultra de la chose ; le souvenir reste, parfume et moralise.

Les journaux, — cette redoutable puissance de notre temps, — dans leur langage de faits-divers , sobre comme un chiflFre, ou circonstancié comme un guide Joanne, donnent quelquefois le piquant récit de ces fêtes. Lisez plutôt : « Le cou- « ronnement de la rosière de Montreuil a (X eu lieu hier lundi, en présence d'une

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« grande affluence de curieux. La cérémo- « nie était présidée par M. Chereau, maire, « assisté de MM. Lahaye et Bataille, ad- « joints, et de tout le conseil municipal, a Cette institution, qui ne date que de <c l'année 1852, est due à la munificence « de M. Alexis Pesnon, cultivateur. Une <c des conditions principales est la sui- « vante : A Nanterre, la rosière élue ne <c peut se marier qu'une année aprjès son « couronnement, et à Montreuil, elle est « obligée de se marier à l'instant même *.

« Une fois choisie, elle doit trouver un <c futur, qui, du reste, ne s'est jamais fait « attendre. — La rosière de cette année <c est Mademoiselle Mathilde Lardin, âgée a de 25 ans. (On coiffe sainte Catherine à « 27 ans, la pauvre rosière l'a échappé « belle !) Elle est très jolie et très mo-

* Notre siècle a rendu obligatoires bien des choses. Nous sommes désolés d'apprendre qu'au nombre de ces choses se trouve le mariage^ car, enfin, la prétention nous semble roide. Heureusement que l'obligation ne s'étend encore qu'aux rosières, et qu'elle est forcément restreinte ; sans cela, où irions-nous donc ? C'est à faire frémir les vieux garçons.

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« deste; elle exerce le métier de coutu- « rière, 47, rue du Millieu. Elle a épousé « hier, son cousin, Victor Lardin, âgé de «31 ans. — Après le mariage civil, M. le <( maire a conduit le jeune couple à l'église, <( où il lui a remis une belle bourse contece nant cinquante louis frappés cette année.

« Dimanche dernier avait eu lieu, à « Englîien, le couronnement d'une rosière, a — La rosière, élue par le conseil muni- « cipal ? ? se nomme Mademoiselle Maria « Prévost; elle est couturière. — M. le G préfet de Seine-et-Oise, en costume offi- « ciel, donnait le bras à Mademoiselle c( Maria Prévost, dont il était le parrain; <f la marraine était Madame Cartier^ dont (f le mari est juge d'instruction au tribuce nal de la Seine. — Le couronnement a « eu lieu à l'église. — Le cortège est rea venu à l'hôtel de ville, où le maire, (( M. A. Deniset, a remis à la rosière le « don fondé par le marquis de la Coussaye, « et qui consiste en une somme de ce 1,329 francs. »

(Le Soleil, n** 187, du 11 juillet 1878.)

223 La Rosière «

Et CCS fôtes, je vous prie, sont annoncées à grand renfort de réclames ; c'est ainsi qu'une feuille publique très grave, presque doctrinaire, indiquait la fête d'Enghien à ses lecteurs le 7 juillet : « Demain <r dimanche, 7 juillet, à Enghien, couron- « nement de la rosière. La charmante ville « d'Enghien vient d'organiser, cette an- « née, avec un éclat exceptionnel, la fête a de sa rosière. Tout Paris assistera à « cette solennité que doit présider M. le « préfet de Seine-et-Oise. Concerts de (( symphonie, harmonies par la musique c( du 119* de ligne, représentation au « théâtre des Fleurs du jardin des Roses, « bal, grand feu d'artifice sur le lac, emc( brasement général des massifs et de l'île « par les nouveaux bengales, retraite aux a flambeaux. — La compagnie du Nord, « pour cette fête, a organisé des trains spé- « ciaux qui partiront d'Enghien à chaque <c demi-heure et le dernier à minuit. »

{République française, n^ 241 9-) Que nous sommes loin du moyen-âge

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et de la prélibation ! Comme on respecte davantage la femme ! Comme l'éducation par l'exemple est généreuse ! D'ordinaire ce sont les couturières, les blanchisseuses, les fleuristes, les lingères, qui ont le monopole de la Rose, soit dit en passant, sans méchanceté ; ces gracieuses filles, qui seront demain des épouses, des mères, reçoivent des conseils, des caresses, des félicitations ; les fonctionnaires les plus haut placés, maires, préfets, adjoints, honorent de leur présence les fêtes de la famille, les fêtes de la vertu ; tout le monde y trouve son compte, la société, la morale, le plaisir; la condition de la femme est meilleure, plus douce, plus digne.

L'amour a des ailes, — le moyen-âge les lui coupa ; son caprice, son ardente émotion, sa rêverie, son idéal, aussi nécessaires à la vie des sociétés que leurs lois écrites, que leurs monuments des sciences, des lettres, des arts, que leurs chefs-d'œuvre en tout genre, furent méconnus, foulés aux pieds ; — l'amour, triste, découragé, baisa au front la pudeur ; ils se consolèreut

124 ^ ROSIÉAK

en unissant leurs esp<ïrances^ leurs douleursy leurs larmes.

Notre siècle, plus tolérant^ plus rapproché de rhumanité, comprenant mieux la femme, l'enfant, la famille, qui portent l'avenir conune le bourgeon le fruit, a su rendre à l'amour, un instant renié, ses ailes, l'émotion, la rêverie, le caprice, l'idéal, en un mot son prestige, son charme, sa puissance. On peut étouffer le chant de l'amour dans le cœur de rhomme; mais il est étemel comme la nature, étemel comme les immenses pavillons d'azur qui la recouvrent, les cieux parsemés de rayons, de soleils et d'étoiles !

Nous ferons humblement observer à nos lecteurs, aux critiques et aux bibliophiles que notre intention n'était pas d'écrire au long l'histoire de Salency; jugée à ce point de vue, notre œuvre serait incomplète au premier chef, et nous serions coupable sans excuse.

Une simple opposition, voilà notre but.

La Rosière de Salency est le pendant du Droit du Seigneur y — c'est la vertu opposée

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à quelque chose qui n'était pas précisément cela; c'est, d'ailleurs, une antithèse historique que nous déclarons voulue; elle est assez frappante pour que l'on s'y arrête.

N'est-il pas permis de transporter dans la littérature les contrastes, les oppositions révélés par l'étude de l'homme à travers les siècles ? Notre droit reste, pensons-nous, entier.

Les amateurs et les bibliophiles trouveront de curieux renseignements dans les coutumiers et dans les ouvrages suivants :

Fêtes des bonnes gens de Canon et des rosières de Briquebec, Avignon, 1777, in-8°; cette édition est remarquable par une vignette de Moreau. — Rare.

La Rosière et la fête de Salency, par de Sauvigny, Paris, 1770, avec un frontispice de Moreau. — Rare.

La Rosière de Salenci, comédie par Favart, Paris, 177 1, in-8° avec musique.

Faut-il avouer toute notre pensée? Peutêtre écrirons-nous, dans son ensemble, ses détails et circonstances, la Rosière de Salency; — nous ne prenons aucun engage-

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