‹ Le droit du seigneurChapitre 3 sur 26 · UN MOT · texte numérisé non relu

UN MOT

NOUS mettons la dernière main à une œuvre de longue haleine sur une époque voisine de la nôtre ; ce ri est pas sans une satisfaction mêlée d\m certain trouble que nous allons clore notre manuscrit, surtout si nous pensons à l'intérêt qiii s'attache aux années finales de Louis XIV (ijij), aux courtes années, mais si remplies, si vibrantes encore, de la Régence (iji)), aux commencements si épanouis, si chargés de promesses, si chaleureusement accueillis par l'opinion, de Louis XV, alors le Bien-Aimé^ le réparateur, sous Vadministration bienfaisante d'un prince de l'Eglise, le cardinal de Fleury ; — notre trouble est, on le voit, pleinement justifié, puisque les

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meilleurs esprits de notre temps, tin temps curieux s'il en fût, ont pris le siècle des favorites et du plaisir comme un objectif, comme une mine inépuisable de documents et de révélations, révélations de plus d'un genre, car ce siècle qu'un homme de beaucoup d^ esprit comparait à la boîte de Pandore, connût toutes les grandeurs, toutes les aberrations de l'esprit et des sens, toutes les séductions du goût et du loisir.

Sur un mince cristal rhyver conduit leurs pas;

Le précipice est sous la glace ; Telle est de vos plaisirs la légère surface :

Glissez mortels, — n'appuyez pas.

Le poète Roy, aujourd'hui complètement oublié, écrivait ces vers charmants vers 17 )o, ce qui na pas empêché les commentateurs et les citateurs d'attribuer le dernier vers à Voltaire, — à Voltaire, asse^ bien partagé en gloire et en génie pour dédaigner tim semblable aujnône, viais on ne prête qu'aux riches ! C'est le cas de dire avec le savant Edouard Fournier que les Crésus du Parnasse profitent de ces erreurs; le silence les accrédite, et l'on est tout

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surpris de les rencontrer dans des ouvrages sérieux.

'Puisque dans un temps de libre langage, le poète Roy pouvait écrire non sans malice :

Glissez mortels, — n'appuyez pas.

à plus forte raison pouvons-nous emprunter son beau vers devenu proverbe pour servir d'épigraphe à ce petit livret, simple souvenir d'histoire, simple rappel des traditions nationales. Le sujet est épineux de sa nature ; il ne faut pas appuyer, — nous n appuierons pas. Glissez, mortels, dirons-nous à notre sympathique éditeur et à nos honorables lecteurs; glisse^, mais cependant souvenez-vous : que l'analyse philosophique, tant légère soit-elle, vous accompagne en ce voyage fantaisiste ; que le sourire rabelaisien , V ironie de Beaumarchais , la pointe athénienne de Paul-Louis Courier, vous servent d'armes de précision, s'il le faut,, sans oublier toutefois ce vigoureux bon sens , cette verdeur gauloise, leur gaîté irrésistible, contagieuse, surprenante, leur allure à la fois si ro-

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inajîe et si franqiie\ si Von veut bien nous passer ces expressions ; — que votre réflexion se confonde avec un agréable^ avec un délicieux

* Langue romane, ou langue novo-Iatine ; cette langue descend en ligne directe du latin. Qiiand l'empire romain se disloca sous Veffort des bar" bares, la Gaule, — lise- la France, — l'Espagne et l'Italie, recueillirent l'héritage linguistique du monde subitement écroulé. La langue d'oc et la langue d'oïl sont des langues novo-latines. Les trois peuples se partagèrent une riche dépouille, le latin et le germain.

Le parler roman eid en propre son génie de la clarté, sa puissante individualité d'exactitude; il créa une conjugaison qui manquait aux Latins, le conditionnel. Les langues d'oc et d'oïl avaient deux rapports, le nominatif et le régime ; la déclinaison latine en possédait six. L'allure franque, ^ le mot ne s'explique pas, mais il rend notre idée, — de la nouvelle langue fut toujours merveilleuse ; cette belle langue française, — langue romane, ou novO'latine, — sans toutefois posséder la fermeté du latin, son élégante précision, sa souplesse et sa sobriété, se prête admirablement aux évolutions de l'intelligence, à l'histoire, à la poésie, à la philosophie, au théâtre, au conte, — où elle excelle, — au style épistolaire, aux Mémoires; enfin, cette langue romane est écrite dans les deux mondes; la science et la diplomatie ont reconnu sa supériorité. Les lettrés connaissent le mot si joli, fin et profond d'une femme de beaucoup d'esprit : « Je comprends (( mieux les ouvrages allemands, quand ils sont « traduits et annotés en français. » (M^^^ de Staël.)

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Optimisme, avec un laisser-aller au rire, à r abandon j à Vindulgencej à la curiosité, au pardon ; ces cinq vertus ne sont-elles pas celles du galant homme ? Le rire, V abandon, Vindulgence, la curiosité, le pardon , ne sont-ils pas le prestige de la femme ? Sans oublier Vamour , son âme et sa couronm d'immortalité.

Voyons donc le Droit du Seigneur, la prélibation, — un mot qui manque à la dernière édition, très récente, du dictionnaire de V Académie, — mais qui ne manque pas dans l'histoire, cette sténographie doublée d'une photographie, qui nous présente les mœurs du passé avec l'exactitude des mathématiques et tout le merveilleux détaillé du microscope. La science a fait sa révolution, elle aussi ; elle est servie par le bataillon sacré des penseurs, des chercheurs et des poètes, et, désormais, l'erreur, la mauvaise foi, le fanatisme, auront a compter avec la science, la Reine incontestée des temps modernes.

A côté du droit de préliber, — un néologisme du vieux temps, une empreinte de ses f ai-

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Messes et de ses péchés mignons , — nous placerons la ravissante légende de la Rosière de Salency, un souvenir moyen-âge, mais un souvenir heureux, d'une vwrale universelle, le soleil après Voyage, la brise après le vent du nord, l'ange après l'infernal déchu ; — car il faut le remarquer, dans l'histoire, il y a toujours l'ombre après le rayon, le crime après la vertu, le dévouenunt après l'égoïsme, le sacrifice après l'intolérance.

L'historien est l'esclave de l'histoire; mais nos deux récits seront , autant que possible, illuminés par le génie du sourire, la grâce du pardon.

fes?

(PRÉLIBATION)

QUELQUES %EOiC^RQUES SU% Loi L^'K^GUE

UNE bonne définition explique parfois merveilleusement les choses ; une définition exacte, aussi éloignée du pédantisme que de l'insuffisance, — deux écueils à éviter, — est un jalon qui permet à l'écrivain de mesurer la route qu'il va parcourir, d'observer les sentiers qui aboutissent à la voie principale, les mille et un détails du sujet, sans oublier les défectuosités, les fondrières, pour ne pas dire tout de suite les

précipices ; et ce serait pourtant le cas, — ou jamais.

L'amour de l'exactitude est grand aujourd'hui; la langue littéraire, sous la plume d'écrivains de premier ordre, est empreinte d'un méthodisme inconnu au commencement du siècle, alors que Chateaubriand, M""^ de Staël, deux sentimentalistes, faisaient de la phrase pour le plaisir d'en faire.

Les rêveries, aussi creuses que sonores, l'un n'allant guère sans l'autre, d'Oberman et de son école à la Jean-Jacques, vinrent encore accentuer le mièvrerie, la fadeur de l'idiome français; on eût pu se croire au xvii^ siècle, avec le ciselé de la tournure en moins, avec l'absence de l'élégance personnelle des charmantes conteuses, des belles épistolières, l'atticisme, le goût, les grâces naïves des poètes de ruelles.

Cette réaction devait être emportée, elle le fut, et il ne resta rien, — heureusement — d'une rhétorique affadie qui n'avait aucune correspondance directe avec le génie français, avec la passion du précis, du simple, de l'énergie contenue, du sentiment

vrai, toutes qualités de prime-saut, précieuses à coup sûr, et rares à rencontrer dans une seule langue. Ces qualités, est-ce qu'au xviii^ siècle, Diderot, un amant fiévreux delà clarté, Montesquieu, un analyste aussi lumineux que profond, Voltaire, un critique aussi fin gouailleur que hardi philosophe, ne leur donnèrent pas la plus haute expression, la sanction définitive de la gloire à laquelle les éloges de notre temps n'ont pas manqué ?

Une langue traduit, avec un bonheur de forme mélangé d'un certain trouble, les évolutions de l'intelligence, les évolutions tle la science; et Ton peut dire que la précision si remarquable de notre langue, — l'instrument diplomatique par excellence, dérive surtout des progrès énormes accomphs dans la langue scientifique. Jamais nos savants n'ont écrit un français aussi pur; il faudrait remonter jusqu'à l'illustre Bayle pour trouver des équivalents.

Il ne faut pas un seul instant confondre le poncif avec la netteté, la précision, l'exactitude, le fini de la forme ; autant nous re-

doutons le poncif, autant nous applaudissons aux efforts généreux de nos maîtres en Tart de penser, de nos maîtres en l'art d'écrire; — si Terentianus Maurus a pu dire dans son Carnunheroicum:

Pro captu lectoris habent sua fata libelli,

ce n'est pas moins la bonne qualité de la phrase, l'ampleur du vêtement de l'idée, que l'esprit du lecteur qui font le sort des livres. La destinée d'un livre dépend assurément du lecteur; elle dépend aussi, dans une large mesure, de la langue plus ou moins littéraire, plus ou moins sobre, plus ou moins exacte de son auteur.

Ces réflexions, jetées currente calamo au commencement de ce li\T:et, nous ramènent à la définition; nous avons fait l'école buissonnière; on se souvient toujours un peu de son métier d'écolier; et, parfois, pourquoi ne pas l'avouer? on fait d'exquises trouvailles dans cette battue aux champs.

TXÉWBEX. O TTIÉLI'B^TIO'K,. O 'DEFI'^^ITIO'K,,

Préliber est un néologisme ; l'Académie le passe soas silence ; néanmoins elle accorde une place que nous ne contestons pas au terme d'imprimerie TrélirCj lire une épreuve avant de l'envoyer à l'auteur. N'y a-t-il pas une intime corrélation de sens entre prélire et préliber? Lire avant, ou faire avant, ces deux sens n'ont-ils pas une étroite parenté? Mais ne nous brouillons pas avec l'Institut; l'exemple de Furetière est fertile en enseignements.

L'auteur qui effleure le premier une matière fait virtuellement acte de prélibation; — de même, quand un noble et puissant seigneur du moyen-âge usait de son droit, il faisait acte de prélibation; il prenait avant, de là le néologisme préliber.

Littré, vol. 3, page 1279, article prélibation, donne l'étymologie latine : prcelibationeni, d^ pralibare, préliber.

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Et plus bas, article préliber, Littré ajoute avec son sens droit, son ét3'mologie sûre, sa passion du mot et de ses différentes acceptions, hûn pr^Iibare^ déguster, effleurer des lèvres, de pr^e et libare.

Le côté ét}'mologique éclairci, et nous en remercions l'homme patient et chercheur qui nous a donné un si bon dictionnaire, voyons les auteurs qui ont traité le sujet, en commençant par le plus grand d'entre eux, une autre espèce de Droit du Seigneur.

Voltaire, qu'il faut toujours citer quand il s'agit d'exactitude, s'exprime ainsi dans son Essai sur les mœurs: « Prélibation, — « terme de féodalité. Droit de prélibation, — « droit de quelques seigneurs à passer avec « leurs vassales la première nuit des noces. « Les seigneurs avaient imaginé le droit de (( prélibation. »

Cette langue est claire. L'Académie ne tiendrait pas la plume avec une plus élégante clarté, avec une précision historique plus rigoureuse. Espérons que le mot féodal obtiendra sa grâce au palais Mazarin lors d'une prochaine refonte, ou dans le grand

dictionnaire historique ; mais ce grand dictionnaire sera l'œuvre des siècles, — aussi un éniinent linguiste a-t-il coupé au plus court ; et les immortels ont souri de bonne grâce en accueillant le savant Littré.

Le dictionnaire de T ancien régime et des ahis féodaux j édition de 1820, page 403, entre dans les explications suivantes :

« Prélibation (droit de). — Il est étonnant que dans l'Europe chrétienne on ait fait très-longtemps une espèce de loi féodale, ou que du moins on ait regardé, comme un droit coutumier, l'usage d'avoir

le * de sa vassale. La première nuit

des noces de la fille du vilain appartenait sans contredit au seigneur.

« Ce droit s'établit comme celui de mar-

* Les textes ont besoin d'être expurgés. Nous ne sommes plus ni au moyen-âge, ni au xviii® siècle ; la langue a perdu la mauvaise habitude de tout dire en termes salés, en termes pris sur le vif. Il faut qu'un livre, à plus forte raison une brochurette, puissent être laissés sur le bureau d'un père de famille. On doit pouvoir apprendre Thistoire sans redouter l'empoisonnement de l'imagination et du cœur. Ce n'est pas de la bégueulerie, — c'est de la probité littéraire.

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cher avec un oiseau sur le poing, et de se faire encenser à la messe. Les seigneurs, il est vrai, ne statuèrent pas que les femmes de leurs vilains leur appartiendraient; ils se bornèrent aux filles; la raison en est plausible.

« Les filles sont honteuses, il faut un peu de temps pour les apprivoiser. La majesté des lois les subjugue tout d'un coup ; les jeunes fiancées donnaient donc sans résistance la première nuit de leurs noces au seigneur châtelain ou au baron, quand il les jugeait dignes de cet honneur. *

« On prétend que cette jurisprudence commença en Ecosse; (jious éluciderons ce point chemin faisant , et en donnant les textes, les coutumes et les dates) je le crois volontiers; les seigneurs écossais avaient un pouvoir encore plus absolu sur leurs clans que

* Qiiand il les jugeait dignes de cet honneur... Ce membre de phrase mérite, lui aussi, les honneurs d'une remarque. Ce que nous ne comprenons plus, paraissait naturel au xiii« siècle. La révolution des mœurs est aussi profonde que la réxolution sociale. On voit que le Temps, ce haut et puissant seigneur, a passé parla.

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les barons allemands et français sur leurs sujets.

« Il est indubitable que des abbés, des évêques, s'attribuèrent cette prérogative, en qualité de seigneurs temporels ; il n'y a pas bien longtemps que des prélats se sont désistés de cet ancien privilège pour des redevances en argent, auxquelles ils

avaient autant de droit qu'aux des

filles.

« Ce droit s'appela longtemps le droit de adage. On y substitua depuis le nom de cuissage. On disait en htin jus cunni.

« Parmi les ecclésiastiques qui jouissent de ce droit, on distingue les évêques d'Amiens, les religieux de Saint-Etienne de Nevers, les nobles chanoines de Lyon, les abbés de Saint-Théodard, etc., etc., etc.; — c'était en qualité de hauts barons.

« Tandis que la loi, ou, pour mieux dire, l'usage, permettait aux nobles d'être adultères légalement, il est curieux de voir comment ce même usage ordonnait qu'on punît les vilains qui s'avisaient de l'être. En Dauphiné, l'adultère était conduit tout nu dans

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toutes les rues du lieu qu'il habitait et pa3'aitune amende de soixante sous. Dans le Lyonnais, la femme devait courir toute nue après une poule et l'attraper, tandis que son complice, également nu, ramassait et liait de quoi faire une botte de foin ; dans d'autres lieux on en était quitte pour une amende , mais aussi quelquefois il fallait passer par les verges. Les seigneurs féodaux ne connaissaient que le poignard ou le poison qui put réparer l'honneur du lit nuptial, et on en verra de fréquentes preuves en parcourant ce recueil. »

Revenant sur les abbés au moyen- âge, le dictionnaire féodal ajoute : « C'est à ce droit que Montauban en Querci doit son origine. Les abbés de Saint-Théodard exerçaient cette insolente tyTannie sur leurs sujets qui, honteux de leur assujettissement, réclamèrent la protection d'Alphonse, comte de Toulouse, leur seigneur suzerain. Ce prince ne pouvait porter atteinte aux droits des abbés de Saint-Théodard, mais il offrit aux habitants libres un local et des privilèges, s'ils voulaient venir s'établir près

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d'un château qui lui appartenait et qui était voisin de l'abbaye. Les malheureux acceptèrent avec empressement et jetèrent les premiers fondements de la ville de Montauban *.

« Quelques seigneurs de l'Auvergne avaient le droit de passer la nuit toute entière de la noce avec la mariée ; mais ce qui était singulier, c'est qu'ils pouvaient coucher une jambe nue et l'autre bottée et éperonnée. »

Dictionnaire de l'ancien régime et des abus féodaux, Paris, 1820, in-S».

La définition, éclairée par cette citation d'un ouvrage spécial fort estimé, vaut mieux que l'a peu près du langage, surtout dans un cas aussi épineux et qui prête si souvent, il faut dire trop souvent, aux sarcas-

■^ Voilà, on en conviendra, un curieux exemple. La pierre angulaire de la ville de Montauban serait donc une pierre de prélibation ? La grande cité du Querci devrait sa fondation au respect de la femme : nulle origine ne saurait être plus noble.

mes des souvenirs, au fiel de la moquerie gauloise. Tout Y oc et tout Voit de notre langue, fondus et condensés, valent-ils ces explications historiques? Rien n'est probant, rien n'est congruant — un excellent mot, style xvni% — comme l'histoire, quand il s'agit d'élucider une question, fût-ce un point de controverse, ou une simple définition. L'histoire est un flambeau : elle moraHse en instruisant.

Il nous reste acquis que l'acception française du mot préhbation est connexe avec l'acception, reconnue par l'Académie, du terme d'imprimerie prélire, lire avant, comme préUbation signifie faire avant, effeuiller avant, jouir avant, connaître avant, etc., etc.; — il n'est pas admissible, pas plus en littérature qu'en histoire, qu'il faille châtrer le passé pour rester dans la limite des convenances. L'histoire ne connaît guère les convenances ; elle ne peut pas les connaître : elle est simplement l'histoire, c'està-dire la vérité.

Néanmoins, nous comprenons notre temps, et nous l'aimons assez pour lui faire

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quelques sacrifices; il nous coûtera peu d'expurger nos citations, non par pruderie, non par système, mais uniquement par dignité personnelle, afin de rendre cette brochure accessible au plus grand nombre delecteurs....et de lectrices. C'est la femme, le plus souvent, qui fait le succès d'un livre ; la femme a un sens critique très fin, un flair que rien ne déroute ; elle n'est retenue par aucune question d'école, par aucune question de personnalité ; elle arrive fraîche, sans prétention et sans prévention, elle juge, elle analyse mieux que nous, abstraction faite de notre bagage d'école, de nos termes techniques, dont elle se soucie fort peu, préférant l'imprévu , la couleur locale , les grandes lignes, la conclusion qui se devine, la leçon morale qui ressort du récit.

Quand MoUère, ce grand génie de la Comédie, qui a eu la gloire de mettre une lampe au fond de la conscience humaine, consultait la bonne Laforét, il savait bien ce qu'il faisait. Laforêt ne comprenait rien à ces légers coups de burin qui transformaient

la phrase en merveille d'art et le vers en diamant de la plus belle eau, elle sentait avec son instinct du vrai, du beau, de la vie pratique, les scènes, les situations, les caractères, les nuances, les traits frappants, les mots entrant au cœur même du sujet, au cœur même des auditeurs; elle était tout cœur et tout oreilles, cette pauvre servante, et c'est l'immortel Molière qui lui a rendu ce témoignage : ce qui l'avait frappée frappait le public, ce qui lui avait déplu déplaisait au public, telle nuance qui avait attiré son attention attirait l'attention de la salle et provoquait les applaudissements; — bref, Laforêt aima, senit et comprit Molière, si mal compris et si cordialement détesté par Armande-GrésindeBéjart, sa femme; cette familière de la domesticité, mais alissi cette noble et dévouée familière du cabinet de l'illustre comique et du grand écrivain, lui rendit plus douce la vie du foyer, car Molière aimait avec passion, avec transports, avec larmes, celle qui profana son nom de son vivant et qui le prostitua après sa mort.

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Est-ce que cet exemple de la servante de Molière n'est pas une glorification du sens intime de la femme ?

Nous le pensons, nous le disons, et nous serions heureux si notre langue française, aussi bien partagée que la langue latine, eût le génie de libre-allure, et qu'elle bravât l'honnêteté dans les mots ; — il n'en est pas tout à fait ainsi, à notre re-

gret.

La définition du Droit du Seimeur méritera-t-elle grâce devant les femmes? C'est notre souhait. La générosité est d'essence féminine. L'indulgence est l'un des apanages les plus enviés de la femme. Elle voudra bien remarquer, — nous tenions en réserve cette raison de la fin, — que c'est plaider sa cause, la meilleure et la plus sainte des causes, que de parler de ses souffrances au moyen- âge, de ses rougeurs, de ses tressaillements, de ses décadences. La pudeur de la femme sera notre sauvegarde et son honneur!

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LES T)1FFÉ%E-X.TS 'K.OPXS 'D0XXÉ5 ^U T)%OIT IDE T'HÉLI'BE-ll O COUrmCES ^VEC L'I'X.DIC^TIO'N^ 'DES LOC^iLITÉS. O QUELQUES TETITS VE%S.

La prélibation, — un fait historique, n'en déplaise aux rigoristes, — a revêtu plusieurs caractères ; elle a porté des noms différents; son universalité est ainsi attestée. Quand un fait revêt l'authenticité, la permanence, la publicité, on peut, on doit le tenir pour certain : c'est une loi de la philosophie de l'histoire, avec laquelle il faut compter.

Voici les noms qui qualifient la prélibation; on le verra, il s'agit de plusieurs pays, de plusieurs langues, qui s'éclairent, se fortifient en se contrôlant.

En Allemagne : Reit-schot , reit-schoss, lyrc-wite, lecher-witej hger-geJdum.

En Angleterre, Pavs de Galles et d'E-

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cosse : Amohr, ainobyr, amachyr, gohrmcrchy giuabr-merched , mcrht, marcheîa, viarchetum, nia'mdenrent .

En Flandre et dans les Pays-Bas : Bednoody bumde, burnicde,..hathinodium.

En Italie : Ca^agio^fodero,

En France : Braconage, adage , cuïiage, couillage, culagitun, cachet, coquet, conchet, couchet, cuîssage, deschaussage, deschaussaille, jambage, guerson, julie, jus cumti, ciinnagimn, honnagium, etc., etc.; il y a d'autres noms latins qui désignent la Prélibation^ — mais on nous permettra de faire nos réserves... autorisées par la matière, sur la prétendue honnêteté du latin ; cette honnêteté ressemble beaucoup au cynisme, que vous semble -t-il, lecteur et lectrice de bonne foy ? O Juvénal, ô Perse, ô Tacite, j'implore votre pardon !

Le Droit du Seigneur trouve sa plus entière confirmation dans les faits observés dans nos vieilles provinces de Picardie, de Normandie, de Bretagne, de la Marche, de l'Angoumois, de l'Aunis, des îles anglaises.

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des Pavs-Bas, de l'Allemagne et de l'Italie. Une semblable unanimité résout la question mieux que les dissertations savantes, mieux que les chartes et les textes latins plus ou moins libres dans leurs expressions.

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