PREFACE DE LA TROISIEME EDITION XXXVII
dwidus doit forcément exercer^ sinon la totalité, du moins une part prépondérante de la puissance politique. Méconnaître ce fait, c'est aller contre l'évidence ; et c'est préparer ou l'anarchie ou la dictature.
Si, quand on dit que l'atelier remplacera le gouvernement, on veut dire que ceux qui participent à la production organiseront et réglementeront cette production, que leur rôle se bornera à cela, qu'il n'ij aura plus de puissance politique, mais seulement une direction de la production économique, ce sera alors l'anarchie et le retour à la barbarie. On peut rêver une société où il n'y ait pas d'autorité politique. Une société pareille a-t-elle jamais existé ? Pourra-t-elle jamais exister ? Sans doute, pour reprendre une formule de J.-J. Rousseau, s'il y avait un peuple de dieux, il pourrait vivre sans gouvernement. Mais nous sommes sur la terre et non au ciel, et dans les sociétés terrestres, l'existence d'un gouvernement politique est indispensable. Assurément il apporte avec lui bien des maux ; mais s'il n'existait pas, il y en aurait davantage encore ; et les syndicalistes le savent bien.
C'est pourquoi je suis disposé à croire que lorsqu'ils crient à tous les échos la formule retentissante : « L'atelier remplacera le gouvernement », dans leur pensée cela signifie qu'il faut hâter le jour où les ouvriers concentreront en leurs mains toute la puissance politique, en un mot, qu'il faut préparer
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la dictature du prolétariat au sens holcheviste. J'ai déjà dit que pareille tyrannie ne pourra jamais s'instituer en France. J'ajoute qu'elle est impossible dans un pays quelconque parvenu à la conception démocratique. La masse des individus se dresserait contre ceux qui prétendraient imposer la puissance tyrannique d'un groupe quelconque. Si à la faveur de la violence et de la force brutale quelques meneurs syndicalistes parvenaient à s'emparer du pouvoir^ leur règne serait de courte durée, parce que le nombre imposerait bientôt sa volonté. Si Lénine et sa bande ont pu, depuis quatre années bientôt, imposer leur dictature à la Russie, c'est que le peuple russe est bien loin encore d'avoir une conscience démocratique et nationale.
Je ne nie pas d'ailleurs que dans l'organisation politique de V Etat moderne, à côté de la représentation du nombre, une représentation politique doive être assurée aux différents groupes sociaux, non pas seulement aux syndicats ouvriers, mais à tous les syndicats, ou plus exactement à toutes les classes professionnelles organisées syndicalement. Mais cela est aux antipodes de la formule syndicaliste bolcheviste : « L'atelier remplacera le gouvernement. »
La forme nouvelle de la doctrine syndicaliste, ou, pour parler comme M. Maxime Leroy, la technique