‹ Le drôle de corps; comédie en un acte et en prose. Représentée pour la premìere fois a Paris sur le Théâtre du Panorama, le 3 août 1822Chapitre 12 sur 29 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

Les Mômes , excepté NANETTE.

EUGÈNE

Mais contez-moi donc. . . Je suis d'une impatience. . . on veut vous marier 1*

aspas:e.

Oui, avec M. Pivoine, ce riche pépiniériste. . •

EUGÈNE

De la rue des Amandiers ... Je le connais ... un petit . . . la figure plate.''

ASPASIE

C'est cela même. Mon oncle. . . ÇLabussière, pendant ce temps ^ quitte sa place aoec malice et çient, sans rien dire , se placer à la droite d\<fspasie ; il tire un cornet de sa po~ che , le met à son oreille et se penche un peu comme pour entendre la conçiersation . Aspasie , se retournant , l aperçoit dans cette position, et s'interrompt pour dire à Eugène^ : Ah ! mon dieu! est-ce que votre ami est sourd ?

EUGÈNE , s" apercevant îi son four de la plaisanterie de Labussière .

Lui?. . . Oh! toujours sa maudite manie de.. . . Je vais m'emparer du cornet , moi .

// le lui arrache des mains.

LABUSSIÈRE.

Laisse-donc, laisse-donc.

EUGÈNE, mettant le cornet dans sa gibecière. Tune l'auras que quand je voudrai. Ma cousine , je vous donne M. de Labussière pour le plus drôle de corps que je connaisse, et je vous conseille de vous méfier de lui. LABUSSIÈRE, bas à Eugène .

Tu as tort de dire ça; je suis sûr que la petite cousine aurait donné dedans .

ASPASIE

Monsieur pourtant n'a pas l'air. . •

EUGÈNE

Non , il n'a pas l'air ; mais avec son sang froid imperturbable, il vous trompe le mieux du monde .

LABUSSIÈRE.

Wat, watt, water, whero, weroy, ou wam we[\, tait, ist, wery, good, leid, etc.

Il est donc anglais , votre ami .*

EUGÈNE

Anglais. . . . anglais de contrebande. ... il parle fi-ançais comme vous et moi. . . c'est. . .

LABUSSIÈRK, parlant très -vite, sans aire une phrase qui ait quelque sens ; on n'entend que par-ei par-là des rtiots hién ar-

iitulés .

Mademoiselle , ne croyez pas que. . . . parce que. ... de monsieur Eugène- . . . ition aiiii. ... les circonstances. . . . l'occasion. . . le respect. . . aux demoiselles.,, par exemple, je vais vous citer un irait.

ASPASIE

Monsieur, pardon. . . je n'entends pas.

LABISSIÈRE.

C'est que vous n'écoulez pas assez vîle. Je vous disais qu'une fois. . . . (// fait beaucoup de gestes, comme s'il racontait une hkloire sérieuse. C'est à l'acteur à arranger luimême ce qu'il a à dire; je crois même que , pour produire plus d'effet, Une faut av'oir rien de préparé. Il achève en disant : Vous comprenez bien, mademoiselle.

ASPASIE

{Par poUicssè). Oui , monsieur. {Bas à Eugène, en riant). Qu'esl-cC qu'il a dit?

EUGÈ>'E .

Rien du. tout. Comment, ne voyez-vous pas, ma cousine, mi''il abuse de votre complaisance? c'est un fou, je vous dis de ne pas l'écouler.

LABUSSIÈRE, ayant l' au" de se fâcher.

Oh! ma foi, si on ne peut pas rire avec toi , \c reprends mon fusil, mon chnpeau, et je te souhaite bien le bon soir.

(// prend son fusil qui était près d'un arhre , et sa casquette sur un Ijanc ^ mais, en marchant très-vite , il feint de se heurter contre une grosse hrancls d'arbre , et tombe tout de son long par terre.

ASPASIE, effrayée.

Ocîel!

EUGÈÎSB.

Ah mon dieu !

ASPASIE

Il s'est fait mal . . . venez donc l'aider.

EUGÈNE ; te nichant.

Tu t'es fait mal ?. . .

.Aspasie et Eugène le soutiennent chacun par un hras ; Lahussière marche en boitant , et affecte hi plus grande douleur.

LASussiÈrvi:.

Ah ! ol. . . oi. . c aouf. . . .

EUGÈNE

Est-ce que lu t'es blessé à la jambe ?

LABUSSIÈRE.

Af... oui. . . c'est ce. . . ohl je ne pourrai pas continuer ; le cœur me manque.

A.SPASIE.

Un verre d'eau. . . donnez-lui ua verre d'e-iu. EUGÈNE prend un verre sur la table ^ et oa près de la coulisse à gauche , en disant :

Un verre d'eau.

ASPASIE, à Eugène j lut prenant le verre. Donnez , donnez ... je vais à la maison .

LABUSSIÈRE .

C'est inutile. (W saute sur l épaule ^Eugène). Soutiensmol, Châlillon.

EUGÈ^NE,

Chàtilîon. . . eh que le diable t'emporte. Va , lu nous a fait une peur.

LABUSSIÈRE , courant et sautant.

Ah î . . . t'y voilà pris tout de même. EUGÈNE,

Oui, mais une autre fois casse-toi bras et jambe , ça me sera égal; je te laisserai là.

LABUSSIÈRE.

Allons, allons , ne te fâche pas Je vais rester tranquille Parlez de vos amours , de votre mariage , <le monsieur Pivoine. . . ohl par exemple, vous n'avez qu'à me le livrer, celiii-là , je me charge de lui faire voir du pays .

EUGÈNE

Ma foi, lu me donnes là une bonne idée. • . si ma cousine voulait. . .

(Nota). Il faut que cette scène soit jouée si naturellement qne le public lui-même soit dupe jusqu'au mot Chàtillon.

( iG)

A5PAS1E

Moi , je veiix bien lout ce qui pourra empêcher qu'il ne soit mon niari.

EUGÈNE

Vous dites qu'il vient demain ?

ASPASIE

Oui, demain matin.

El'GÈNE.

Labusslère qu'en penses - tu ? couchons à Mont-Rouge celte nuit?

LABUSSIÈRE.

C'est ça , et demain à la pointe du jour, je me met» en embuscade , je guette ma victime. . . Vous verrez.

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