‹ Le duc d'Aumale 1822-1837Chapitre 21 sur 34 · FONTANA · texte numérisé non relu

FONTANA

Toast de M. Baille, président de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts de Poligny.

t Messieurs,

« Notre Société me charge de vous remercier des témoignages de bienveillante confraternité qu'elle ne cesse de recevoir de vous.

« Les vignerons nos collègues (et à Poligny nous sommes tous vignerons) ont eu la pensée de vous offrir, à titre d'hommage reconnaissant, quelques bouteilles de leur vin, ce qu'ils ont de meilleur et de plus vieux. Ce vin-là. Messieurs, il a son histoire : Henri IV lui a fait une réputation. Lors de son entrée dans notre ville, en 1595, il demanda un verre de vin du cru, le vida d'un trait et le déclara excellent. « Nous en avons encore « du meilleur », çepartit avec sa rudesse comtoise celui de nos compatriotes qui lui servait d'échanson, mais qui n'oubliait pas qu'il parlait à un ennemi. Le Béarnais se contenta de répondre avec son fin sourire gascon : « Vous le gardez sans ce doute pour une meilleure occasion î »

« Cette occasion d'offrir notre meilleur vin. Messieurs, jamais, depuis 1595, nous ne l'avons trouvée plus belle qu'aujourd'hui, puisqu'il nous est donné de le boire au sein de cette Société qui est l'honneur de la province et qui compte parmi ses convives un descendant du Béarnais, non plus notre ennemi cette fois, mais le défenseur de nos frontières! »

Réponse du duc d'AumaJe,

< Messieurs,

« Je remercie votre président, je vous remercie tous de votre bon accueil ; je vous remercie de m'avoir convié à cette

réunion avec un si cordial empressement. Je vous en sais d'autant plus de gré que j'ai le regret de m'être trouvé en désaccord avec vous, — désaccord amical heureusement et toujours courtois, — sorti d'une discussion historique qui, malgré votre unanimité à reconnaître dans le massif d'Alaise l'emplacement d'Alésia, ne vous a peut-être pas trouvés en parfaite concordance sur les détails, et qui d'ailleurs a provoqué des jugements si divers que l'on peut à ce propos répéter le dicton (c'est du latin, mais il n'y a pas de dames ici) : Quoi capita, tôt sensus,

« Quoi qu'il en soit, vous ne m'avez pas gardé rancune, et vous avez bien fait; car je n'ai jamais songé à détacher un fleuron de la couronne guerrière de cette vaillante province, dont plus que jamais aujourd'hui je dois savoir apprécier le mâle et patriotique courage.

« La rivalité des Éduens et des Séquanes n'a plus de raison d'être; elle est oubliée comme cette sanglante guerre des deux Bourgognes, dont nous reparlerons quelque jour si vous le trouvez bon, et qui a été terminée il y a deux cents ans pour ne plus recommencer. Rien, s'il plaît à Dieu, rien ne pourra rompre le lien indissoluble qui unit les Comtois à la France, à cette France dont nous sommes tous également les enfants et les serviteurs. >

EXTRAIT DU REGISTRE DES ACTES DE L ETAT CIVIL DU CONSULAT DE FRANCE A PALERME POUR L*ANNÉE 1897.

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