CHAPITRE Yir
Dreux.
Rien ne manquera sans cloute à la pompe des funérailles ; mais nous sommes sûrs que le faste du cortège ne fera pas naître des émotions plus poignantes et plus solennelles que le noble recueillement de la chambre mortuaire et les sanglots qui éclataient sur le passage du brancard porté par quelques sous-officiers, et sur lequel était étendue la dépouille mortelle du Princeroyal. Quel spectacle ! un Roi, une Reine, des Princes, des Princesses, un père, une mère , des frères et des sœurs , toute une famille royale , toute une famille affligée , des ministres, des maréchaux de France et la foule éplorée, tous à pied et tète nue
LE DUC d’oRLÉANS.
suivant ce corps, naguère florissant de jeunesse et de beauté, et maintenant ramassé sans vie dans Id poussière du chemin.
Le Roi voulait que l’exposition du cercueil du Prince-royal eut lieu au château des Tuileries, dans la salle du trône ; selon le vœu qu’en exprimait S. M., on l’aurait placé sur la première marche du trône, voilé de longs crêpes de deuil.
t)ans la contrée normande, il est une ville dont l’antique origine se pare d’un nom druidique, l>reux, cette cité qui, dans les âges suivants, vit des combats si fameux et si terribles , et fut tant de fois disputée par des chefs si vaillants et si féroces.
Sur les murailles de Dreux notre histoire a écrit des pages célèbres ; les comtes de Chartres et les ducs de Normandie se livrèrent, pour sa possession, de sanglantes batailles ; elle tomba aux mains des Anglais, et le roi de France , Charles V, l’acquit par échange. Dans les annales des démêlés dont
LÉ iVtC d’oÉLÉAÎÎS. «
Drenx fut l’objet , on trouve un fait singulier ; la maison d’Albret et les comtes de Nevers élevaient des prétentions sur ce comté; le procureur général intervint aü procès, il revendiqua, aü nom du roi, l’objet en litige, sous le prétexte qu’il avait autrefois appartenu à la couronne.
Dreux fit partie du douaire de Catherine de Médicis, et fut joint ensuite à l’apanage du duc d’Alençon, le dernier des fils de cette reine.
Les deux plus grands capitaines du temps se battirent devant Dreux ; Condé et le con-^ nétable de Montmorency s’y mesurèrent dans la journée dont l’hisÇoire a consacré le souvenir; c’était une guerre de religion.
En apprenant la défaite de l’armée catholique, Catherine de Médicis dit tranquillement. — c( Eh bien ! nous prierons Dieu en français ! »
Henri IV livra l’assaut à Dreux et s’en empara.
LE DUC d’ORLÉAXS.
Tels sont les monuments que l’histoire a groupés autour de cet endroit , qui est le lieu de sépulture de la famille d’Orléans.
La princesse douairière , duchesse d’Orléans , a fait élever sur l’emplacement de l’église collégiale une chapelle destinée à la sépulture des princes et princesses des maisons de Toulouse et du Maine, c’est la dernière demeure qu’a choisie la maison d’Orléans.
C’est là, dans ces sombres caveaux, que le Prince-royal reposera auprès de sa sœur, la princesse Marie, cet ange rappelé au ciel.
C’est le troisième de ses enfants que le père déposera dans le sépulcre.