ORDRE DE LA COLONNE EXPEDITIONNAIRE
« Son Altesse Royale le duc de Nemours rentre en France, après avoir partagé durant deux expéditions les fatigues et la gloire de nos soldats.
« L'armée avait déjà appris à connaître le prince à Constantine; son nouveau séjour dans ses rangs n'a pu que resserrer les liens qui l'unissent à elle.
« Son souvenir vivra dans les trois provinces, car il a fait la guerre avec les trois grandes divisions de cette armée... L'armée vivra aussi dans son cœur; Il dira au roi combien elle a mérité et peut mériter encore l'estime de la patrie qui est le mobile de ses actions.
(( M. le général de La Moricière reprend, sous mes ordres, le commandement général de la colonne expéditionnaire.
« Le gouverneur, Général Bugeaud.
Pour copie conforme :
« Le lieutenant-colonel chef de Vetat-major général, « A. PÉLISSIER. »
Comme toujours, le duc d'Orléans s'empresse de féliciter son frère.
« Voilà encore de la bonne besogne dans le sac, écritil... Hourra pour les vainqueurs de Tagdempt ! ><
La reine écrit le même jour, 1 1 juin :
« Nous sommes rentrés à six heures pour dîner : le soir, il est venu as-ez de inonde, entre autres Mme deMeulan, laquelle, lorsqu'on s'est levé pour prendre le thé, a dit. par forme de conversation, qu'on devait être très heureux de la prise de Tagdempt, dont M. Guizot lui avait lu la télégraphie. Alors il y a eu un cri général; j'ai fait courir Clémentine chez le père; celui-ci a fait courir après Faiu son secrétaire). La télégraphie était sur le bureau du père, qui croyait que c'était le bulletin du soir. Le père est accouru au salon et en a fait lecture à haute voix. J'ai remercié Dieu du fond de mou cœur, »
Le duc de Nemours, l'expédition terminée, quitte Mascara le 1er juin, repasse a Mostaganem, arrive à Alger le G et débarque à Marseille le 15 juin, pendant que le général Bugeaud, ainsi qu'il l'indiquait dans son rapport. repartait pour conduire un grand convoi a Mascara, rejetait les tribus révoltées dans le désert et faisait moissonner par ses hommes le froment semé par les Arabes. Sans doute, l'expédition de 1841 n'a pas l'éclat de plusieurs campagnes d'Europe, où même de certaines ••ampagnes d'Afrique, mais aucune de ces marches, au milieu d'un pays peu connu et d'alertes constantes, n'a été sans mérite et ne doit rester sans gloire pour ceux qui y ont participé. C'est la pensée très juste qu'exprime Bugeaud dans une lettre adressée à Guizot, et où l'on trouve aussi une allusion aux quelques « vivacités - que cet excellent, mais rude chef militaire, s'était permises vis-a-vis du prince commandant la 1M division :
•• Le plus grand service que vous puissiez me rendre
pour le moment, c'est de faire récompenser raisonnablement mon armée...
« On a cru que nous avions peu fait, parce que nous n'avions pas rédigé de pompeux bulletins pour de petits combats. Mais on devrait savoir que nous ne pouvons pas avoir en Afrique des batailles d'Austerlitz, et que le plus grand mérite dans cette guerre ne consiste pas à gagner des victoires, mais à supporter avec patience et fermeté les fatigues, les intempéries et les privations. Sous ce rapport, nous avons dépassé, je crois, tout ce qui a eu lieu jusqu'ici...
a Je comprends qu'il est délicat, pour vous, de toucher cette corde dans le conseil. Cependant il peut se présenter une circonstance favorable et naturelle de dire votre mot. Vous pouvez d'ailleurs en avoir un entretien particulier avec le roi. J'espère que Sa Majesté ne m'en veut pas pour avoir eu quelques petites vivacités avec Mgr le duc de Nemours, que j'ai du reste bien traité. »
Guizot, qui cite cette lettre dans les Mémoires de mon temps, ajoute :
« Je fis auprès du roi ce que désirait le général Bugeaud ; plusieurs de ses officiers obtinrent les récompenses qu'il avait demandées, et personne ne lui rendit, dans des circonstances diverses, plus de justice que M. le duc de Nemours, plus sensible que personne au mérite simple et au devoir bien accompli. »
Au milieu de ces expéditions, et pendant que des colonnes de troupes opéraient contre Abd-el-Kader, il v eut entre l'émir et l'évêque d'Alger, Mgr Dupuch, un accord pour l'échange des prisonniers français contre cent trente prisonniers arabes, hommes, femmes et enfants. Les négociations duraient depuis plus de sept mois, lorsque l'échange eut lieu aux environs de Bouffaiïk.
Le bey Sidi-Mohammed, « apercevant la voiture de Monseigneur, s'empressa de mettre pied à terre, et, laissant
derrière lui les cinquante cavaliers qui l'avaient accompagné jusqu'au lieu du rendez-vous, il s'avança vers Févêque, qui, de son côté, descendit de voiture. Tous deux se prirent les mains, qu'ils tinrent longtemps serrées ; enfin, après une longue conversation qui eut lieu dans le carrosse de Mgr Dupuch. ils se séparèrent, emmenant chacun la colonne de ses prisonniers.
g Un seul incident, qui aurait pu avoir des suites très -fâcheuses, troubla cet entretien : un coup de fusil partit derrière eux dans le moment où ils causaient avec le plus d'effusion, et, quelques instants après, le caïd des Had joutes, Sidi-Ali-ben-Einbarak, se présenta avec une perdrix qu'il venait de tuer et qu'il offrit à Monseigneur. Cette chasse intempestive causa une sorte d'alerte dans le corps nombreux de cavalerie arabe qui était resté en arrière : heureusement la cause fut connue presque aussitôt.
« Il est impossible de décrire l'impression produite par l'arrivée des prisonniers français à Bouffarik, où plusieurs trouvèrent des parents et des amis. Au moment d'atteindre la porte de la ville, ils entonnèrent une chanson composée à Tagdempt, par l'un d'eux, lorsqu'ils eurent pour la première fois l'espoir d'être en liberté1. »
La reine Marie-Amélie tint à remercier Mgr Dupuch pour son intervention heureuse et pour sa charité, et YAkhbar d'Alger publia la lettre suivante :
« Neuilly, ce 3 juin 1841.
« Monsieur l'Évéque,
« C'est de tout mon cœur que je vous remercie de votre bonne lettre du 11 du mois dernier, et de l'assurance que vous m'y donnez que mon vœu le plus ardent